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galet Homélie de Mgr Lebrun pour les funérailles de Mgr Joatton

Célébration des obsèques de Mgr PIERRE JOATTON

Cathédrale Saint-Etienne
le 27 novembre 2013
2 Co 8, 7.9.13-15 ; Ps 111
Jn 4, 5-26

Homélie

« Si tu savais le don de Dieu » (Jn 4, 10).

Frères et sœurs, chers amis, quand le Père JOATTON devient prêtre en 1957, il offre à chacun de ses frères et sœurs les quatre évangiles. Il prend soin d’écrire de sa main, en exergue, cette simple phrase de JÉSUS « Si tu savais le don de Dieu ». Manière discrète de proposer, de suggérer … Si tu savais le don de Dieu ! Nul doute que sa vie sacerdotale, sa vie tout court, fut marqué par le dialogue que nous venons d’entendre. C’est une scène on ne peut plus humaine à laquelle nous assistons. JÉSUS est fatigué par la route. Il est seul et a naturellement soif : Donne-moi à boire (Jn 4, 7).

Mais, dans la vie humaine, les choses ne sont pas toujours naturelles et simples. Parmi les complications, il y a les frontières, ou les inégalités entre hommes et femmes. Le Père JOATTONen sait quelque chose, lui qui fut attentif à la vie des hommes et, singulièrement, de ceux dont la vie est plus compliquée. Pour franchir la double frontière de la condition de femme et d’étrangère, JÉSUScommence par partager sa soif. Puis il se dévoile comme celui qui est la source, qui peut donner l’eau vive de telle sorte qu’elle devienne en l’autre source de vie éternelle. A une seule condition : « si tu savais le don de Dieu ». Pour franchir toute frontière, y a-t-il d’autre chemin que celui de la soif des hommes, de partager la soif de l’autre ? Pour guider toute pastorale, y a-t-il d’autre chemin que d’avoir soif avec, avec les migrants, avec les quartiers populaires comme avec tous. Nous n’oublions pas sa propre maladie au début de son ministère d’évêque où il a été malade avec les malades.

Quand le Père JOATTON propose la solidarité comme fondement du renouvellement de notre diocèse avant toute réorganisation, il commence par la soif des hommes, il l’éprouve.

L’évêque n’a guère d’autre mission que de proposer ce dialogue, dans une attention à la vie commune des hommes. L’évêque, c’est-à-dire personne sauf s’il est en communion avec toute la communauté diocésaine, peut alors dire : « Si tu savais le don de Dieu … ». Ainsi, JÉSUS attise la soif de vraie vie chez la Samaritaine : Donne-la moi, cette eau : que je n’ai plus soif, dit-elle, dans une foi naissante ou renaissante (Jn 4, 15).

Qui est cette femme que nous appelons la samaritaine ? JÉSUS, voyant sa foi, va plus loin, s’enfonce dans son humanité : Va, appelle ton mari, et reviens. – Je n’ai pas de mari (4, 16). Qui est la samaritaine aux cinq maris qui n’en sont pas ? Nous comprenons qu’elle est ni plus ni moins notre humanité en quête d’un amour vrai, d’un amour juste, d’un amour fidèle, d’un amour unique.

Notre humanité, quand elle se tourne vers le trop d’argent, vers le trop de divertissement, vers d’autres drogues ou faux-dieux, notre humanité rencontre des amours passagères, des faux-semblants d’amour. Le Pape FRANÇOIS, à sa manière et comme BENOÎT XVI, nous avertit ces jours-ci que cela existe aussi dans notre Eglise, les amours passagères. Il y a des amours passagères aux allures spirituelles.

Au contraire, PIERRE JOATTON a mis son caractère un peu têtu au service d’obstinations centrales : la priorité de la personne et la priorité du Christ qui ne font qu’une seule priorité, la simplicité et la pauvreté, vrais chemins d’Evangile, la confiance et la communion.

Notre Samaritaine est notre humanité qui combine en elle-même le moins bon et le meilleur, comme chacun d’entre nous. Le meilleur, c’est son désir de vérité et sa quête de Dieu : Nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem(4, 20). – L’heure vient(4, 21) !

L’heure vient, répète Jésus, l’heure vient -et c’est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père(4, 23). L’heure est, pour JÉSUS, son rendez-vous avec le Père, le rendez-vous de la croix. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime(Jn 15, 13),dit et fait JÉSUS. Telle est l’adoration véritable : l’amour, la seule boisson qui peut étancher notre soif, qui peut étancher la soif de Dieu. La soif de Dieu c’est la soif des hommes pour Dieu mais aussi la soif que Dieu a en nous regardant.

Sur la croix, JÉSUS dira une deuxième fois : J’ai soif. Il le dit en même tems à l’humanité et à son Père. C’est dès maintenant que nous pouvons répondre à son appel par le don de nos vies. Ne nous payons pas de mots : donner sa vie c’est simplement un peu plus d’amour. PIERRE JOATTON s’est donné à notre Loire, à notre Eglise, s’arrachant à la Croix-Rousse à laquelle il n’a pas pu revenir longtemps. Qu’est-ce que donner sinon aimer ? Qu’est-ce qu’aimer sinon donner ? Donne-moi à boire !

Nous rendons grâce à Dieu pour l’amour, pour tout l’amour donné et reçu parPIERRE JOATTON depuis ses parents jusqu’aux quartiers populaires ou la fête des peuples, en passant par ses frères, ses sœurs et toute sa famille, par ANTOINE CHEVRIER et ses professeurs de mécanique ou de théologie, par ceux et celles qui l’ont servi de plus près, successivement et jusqu’à ses derniers instants, par les prêtres, les diacres, particulièrement ceux qu’il a ordonnés, les nombreux laïcs qu’il a envoyés en mission, tous ceux qu’il a confirmés, les fidèles rencontrés simplement comme les responsables de la vie politique, sociale, économique ligérienne, sans oublier les hommes et les femmes de Lyon, de Charnay ou d’ailleurs.

L’heure est venu aussi pour PIERRE de se donner entièrement à Celui qu’il a servi, qui l’avait appelé à le suivre, dans la foi de MARIE et des apôtres. Nous croyons que le moment de la mort est notre heure la plus importante, notre face à face avec l’amour définitif, la communion des trois personnes divines, notre nouvelle et définitive naissance à la lumière.

Frères et sœurs, dans l’espérance de Marie et des apôtres, demandons à Dieu de répondre à l’appel de PIERRE qui avait soif de justice et de paix ; dans l’espérance de MARIE et des apôtres, demandons à Dieu de continuer sa mission en disantà nous-mêmes qui avons soif et au monde qui a très soif : Si tu savais le don de Dieu !

+DOMINIQUE LEBRUN





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Publié le : 28.11.2013 10:40 - Mis à jour le : 28.11.2013 22:45