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galet Nouvelle traduction du Notre Père : commentaire de Mgr Bataille

Lors de l’Assemblée plénière de mars 2017, les évêques ont décidé que la nouvelle traduction du Notre Père serait appliquée dans toute forme de liturgie publique à compter du 1er dimanche de l’Avent 2017, à savoir le 3 décembre prochain.
A lire "Trois degrés dans la tentation, trois traductions du Notre Père, texte de Mgr Bataille"
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Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation,
Et ne nous soumets pas à la tentation
mais délivre-nous du Mal.

Amen

Trois degrés dans la tentation, trois traductions du Notre Père, texte de Mgr Bataille

Mgr Sylvain Bataille, évêque de Saint-Étienne (*) Qui peut échapper à la tentation  ? Elle se situe au cœur de toute vie chrétienne, de toute vie spirituelle. Elle est une expérience quotidienne, si simple et si complexe, si banale et si grave. Elle apparaît dès les débuts de l’humanité, avec le drame du premier péché aux conséquences innombrables. Jésus lui-même a été confronté à la tentation pour que nous puissions la vaincre en lui. Il invite ses disciples à demander la force de pouvoir y résister mais dans la prière du « Notre Père » la formulation de cette demande est difficile à traduire. Littéralement, on pourrait dire  : « Ne nous conduis pas à la tentation/à l’épreuve ». Trois formulations différentes se sont succédées pour exprimer en français cette demande importante. On peut les rapprocher des trois degrés de la tentation.

« Ne nous soumets pas à la tentation »

Le premier degré est le fait d’être tenté, d’être confronté à un mal qui s’est déguisé en bien et qui est attirant. Jésus lui-même est conduit au désert par l’Esprit pour être tenté, pour vaincre le Tentateur, nous disent les Évangiles (Mt 4, 1  ; Mc 1, 12  ; Lc 4, 1). En lui nous avons vaincu, en lui nous pouvons vaincre aujourd’hui. Les saints ont aussi souvent vécu cette épreuve de la tentation avec beaucoup d’intensité  : les tentations contre la foi de Sainte Thérèse de Lisieux, les tentations contre l’espérance de Sainte Teresa de Calcutta, les tentations contre la pureté de Saint François d’Assise... Dans la prière du Notre Père, le mot utilisé pour désigner la tentation signifie aussi épreuve. La confrontation à l’épreuve de la tentation fait nécessairement partie de toute vie depuis le péché originel. Un mot, une image, une idée… peuvent susciter des pensées, des peurs, des attraits qui risquent de nous conduire au péché. Inversement, ces tentations qui surgissent en nous sont aussi le lieu d’un plus grand amour, d’une décision du cœur pour Dieu (CEC 2848), le lieu où nous refaisons très concrètement les choix fondamentaux de notre existence. Saint Jacques souligne  : « Heureux l’homme qui supporte l’épreuve avec persévérance, car, sa valeur une fois vérifiée, il recevra la couronne de la vie promise à ceux qui aiment Dieu. » (Jac 1, 12). En résistant à la tentation, nous devenons plus forts pour renoncer au mal et choisir le bien, nous devenons meilleurs, car Dieu nous accompagne de sa grâce  : « L’épreuve qui vous a atteints n’a pas dépassé la mesure humaine. Dieu est fidèle  : il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces. Mais, avec l’épreuve, il donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter. » (1 Co 10, 13).

La confrontation avec la tentation est cependant risquée. Elle fait peur et nous cherchons sagement à l’éviter. C’est ce qu’il y avait de juste dans la formule  : « Ne nous soumets pas à la tentation ». D’une certaine manière c’est un acte d’humilité, de reconnaissance de notre fragilité. Cette traduction a cependant été abandonnée car elle pouvait laisser penser que c’est Dieu qui nous tend des pièges. Voilà encore un mensonge du Tentateur qui veut nous faire douter de l’amour du Père  : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise  : “Ma tentation vient de Dieu”, Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne » (Jc 1, 13).

« Ne nous laisse pas entrer en tentation »

Le deuxième degré est celui où l’on « entre en tentation ». C’est le moment où, dans le combat spirituel, on a commencé à perdre du terrain. Sans poser encore d’acte, on s’attarde sur la question, on commence à entrer en résonance avec le mal et à chercher des justifications ou la « bonne » manière pour passer à l’acte. Le mal trouve des complaisances dans notre nature blessée, attirée par le péché. C’est le moment où l’on prépare dans sa tête un bon mot assassin, où l’on rumine une vengeance, où l’on imagine des plans malhonnêtes, des plaisirs malsains, où l’on prépare des mensonges pour se « protéger », où l’on laisse aller son regard, où l’on laisse s’installer un doute sur la foi, l’espérance, l’amour de Dieu. « C’est du cœur que proviennent les pensées mauvaises  : meurtres, adultères, inconduite, vols, faux témoignages, diffamations. C’est cela qui rend l’homme impur » nous rappelle Jésus (Mt 15, 19-20) et il nous met en garde avec beaucoup de fermeté  : « Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. » (Mt 5, 28-29)

Pour ne pas entrer en tentation, pour échapper au péché en pensée, il faut donc mener le rude combat de la vigilance du cœur (CEC 2849), de la pureté intérieure, avec les deux principales armes que sont la prudence et la prière. La première est une sagesse très concrète et humble  : en connaissant ses propres fragilités, par un bon travail de discernement, il est plus facile d’éviter ce qui conduit aux chutes. Saint Ignace souligne l’importance de l’examen de ses pensées pour savoir repérer ce qui vient du bon esprit et du mauvais. Plus la tentation est combattue dès son apparition, plus il est facile d’en triompher. Il est plus simple d’éteindre un feu de brindilles qu’une forêt embrasée. La pénitence vient aussi fortifier cette capacité intérieure à résister au mal. Cependant l’arme la plus importante est la prière, nous dit Jésus  : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation  ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 41). La nouvelle formulation de l’avant-dernière demande du Notre Père fait écho à cette demande  : « Ne nous laisse pas entrer en tentation », ne nous laisse pas entrer en résonance avec le mal, car c’est déjà le péché et cela conduit à des péchés plus graves encore. Le Catéchisme de l’Église Catholique souligne que la distinction entre ces deux premiers niveaux de la tentation doit faire l’objet d’un véritable discernement. « L’Esprit Saint nous fait discerner entre l’épreuve, nécessaire à la croissance de l’homme intérieur en vue d’une “vertu éprouvée”, et la tentation, qui conduit au péché et à la mort. Nous devons aussi discerner entre “être tenté” et “consentir” à la tentation. Enfin, le discernement démasque le mensonge de la tentation  : apparemment, son objet est “bon, séduisant à voir, désirable”, alors que, en réalité, son fruit est la mort. » (CEC 2847).

« Ne nous laisse pas succomber à la tentation »

Le troisième degré est celui où l’on succombe à la tentation, où l’on a laissé s’installer le désir d’un mal, certes déguisé en bien, mais c’est un faux bien et un vrai mal. En posant l’acte mauvais, nous péchons contre Dieu, nous abîmons notre relation aux autres et nous nous blessons davantage. Nous sommes alors plus fragiles, moins capables de choisir et de faire le bien. C’est l’ancienne traduction de notre Père  : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation ». La demande est très juste, mais ce n’est pas exactement ce que dit le texte de l’Évangile qui indique davantage la tentation dans son origine, ce qu’exprime mieux la nouvelle traduction. Une fois le péché commis, si la conscience n’est pas complètement anesthésiée, vient le moment de la prise de conscience. Le mal se révèle pour ce qu’il est, il laisse triste et seul, avec le regret de l’acte posé, mais il est trop tard, le mal est fait. Si on n’est pas dans l’aveuglement intérieur ou le déni, surgit alors une nouvelle tentation  : celle du désespoir. Cependant Jésus reste Sauveur, il nous tend la main et compte sur chacun de nous  : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » (Lc 22, 31-32). Pour que le mal n’ait pas le dernier mot, Jésus nous offre son pardon, tout spécialement dans le sacrement de réconciliation. Il est le moment de vérité qui libère du mensonge de la tentation et le moment de la miséricorde car « Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jn 3, 20).

« Mais délivre-nous du Malin »

La vie est un combat spirituel, un combat qui nous dépasse et où le Démon, le Tentateur, est bien présent, nous dit Jésus. Toute l’expérience spirituelle le confirme. Saint Pierre invite à la prudence  : « Soyez sobres, veillez  : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui avec la force de la foi, car vous savez que tous vos frères, de par le monde, sont en butte aux mêmes souffrances. Après que vous aurez souffert un peu de temps, le Dieu de toute grâce, lui qui, dans le Christ Jésus, vous a appelés à sa gloire éternelle, vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. » (1 Pi 5, 8).

Le Tentateur trouve beaucoup de complaisance dans nos cœurs malades et compliqués (cf. Jr 17, 9), d’où l’importance de la dernière demande du Notre Père  : « Délivre-nous du Malin ». Pour devenir un vrai sportif, il faut beaucoup s’entraîner. Alors, progressivement, les performances s’améliorent et l’on trouve plus de joie dans l’exercice. Ne rêvons pas de devenir un vrai et solide chrétien en échappant à la tentation. Au contraire en consentant à cette mort à nous-mêmes, à nos désirs destructeurs, en y renonçant au plus tôt, nous pouvons fortifier notre cœur, nous développons nos capacités à vivre selon Dieu. C’est ce que nous rappelle le temps du Carême, un temps d’entraînement au combat spirituel. Par-delà, c’est tout l’enjeu de notre vie chrétienne  : avec la grâce de Dieu, à la suite de Jésus qui ne se laisse jamais détourner de l’amour du Père, guidés comme lui par l’Esprit, nous pouvons grandir dans l’amour de Dieu et des autres, dans la joie du don de soi. C’est le chemin de la vie, il est beau, mais exigeant et dangereux. Les écueils sont nombreux, pour que nous ne soyons pas emportés par ces épreuves, supplions  : « Seigneur, ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Sur le site La croix.com

LA NOUVELLE TRADUCTION

« Ne nous soumets pas à la tentation » devient « ne nous laisse pas entrer en tentation ». La décision de modifier la prière du Seigneur n’allait pas de soi : d’abord parce qu’elle est la prière la plus mémorisée par les fidèles, ensuite parce que la traduction en usage a fait l’objet d’un consensus oecuménique. Il fallait donc de sérieuses raisons pour ce changement

Fidélité au texte grec

Il faut d’abord dire que ce verset est très complexe à traduire. Les exégètes estiment que derrière l’expression en grec du texte de Mt 6, 13 et Lc 11, 4 se trouve une manière sémitique de dire les choses. Aussi, la formule en usage depuis 1966, « ne nous soumets pas à la tentation », sans être excellente, n’est pas fautive d’un point de vue exégétique. Mais il se trouve qu’elle est mal comprise des fidèles à qui il n’est pas demandé de connaitre les arrière-fonds sémitiques pour prier en vérité la prière du Seigneur. Beaucoup comprennent que Dieu pourrait nous soumettre à la tentation, nous éprouver en nous sollicitant au mal. Le sens de la foi leur indique que ce ne peut pas être le sens de cette sixième demande. Ainsi dans la lettre de Saint Jacques il est dit clairement : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : "Ma tentation vient de Dieu", Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et luimême ne tente personne » (Jc 1, 13). D’où la demande réitérée d’une traduction qui, tout en respectant le sens du texte original, n’induise pas une fausse compréhension chez les fidèles.

Fidélité à l’esprit de l’Évangile

Cependant le problème n’est pas qu’une question de mots. La difficulté est celle d’exprimer et d’entrer dans le mystère de Dieu dans sa relation aux hommes et au monde marqué par la présence et la force du mal. Le récit de la tentation de Jésus est éclairant. Il nous est rapporté par les trois Évangiles de Matthieu, Marc et Luc, et toujours selon la même séquence, aussitôt après le baptême de Jésus dans le Jourdain. Jésus vient d’être manifesté comme le Messie et le Fils que Dieu donne à son peuple, celui sur qui repose l’Esprit Saint.

Puis, conduit pas l’Esprit, Jésus part au désert où il sera tenté par Satan. Le baptême inaugure son ministère, et l’Esprit qui demeure sur lui le conduit d’emblée au lieu du combat contre le mal. Ce combat, il le mène en délivrant les hommes de la maladie, des esprits mauvais et du péché qui les défigurent et les éloignent de Dieu et de son royaume. Cependant, au début de ce ministère, Jésus va livrer combat avec le tentateur lui-même. Combat redoutable, car c’est au coeur même de sa mission de Messie et de Sauveur des hommes, de sa mission de fils envoyé par le Père, que Satan va le tenter.

Une décision pastorale

On le voit, il ne s’agit pas ici simplement de l’épreuve à laquelle Dieu peut soumettre ses fidèles. Épreuve différente de celle vécue par le peuple d’Israël lors de traversée du désert. Il est dit qu’au désert, Dieu a éprouvé la foi et la fidélité de son peuple, en lui donnant chaque jour la manne à manger ; épreuve de la foi, car au jour le jour, chacun devait s’en remettre en toute confiance à la parole de son Seigneur, se souvenant qu’il est celui qui l’a fait sortir d’Égypte pour lui donner la liberté et le conduire vers une terre où ruissellent le lait et le miel. La tentation de Jésus et la prière du Seigneur nous renvoient à une autre épreuve, celle du combat à mener contre celui qui veut détourner les hommes du chemin d’obéissance et d’amitié avec Dieu leur Père. La nouvelle traduction, « Ne nous laisse pas entrer en tentation », écarte l’idée que Dieu lui-même pourrait nous soumettre à la tentation. Le verbe « entrer » reprend l’idée ou l’image du terme grec d’un mouvement, comme on va au combat, et c’est bien du combat spirituel dont il s’agit. Mais cette épreuve de la tentation est redoutable pour le fidèle. Si le Seigneur, lorsque l’heure fut venue de l’affrontement décisif avec le prince de ce monde, a lui-même prié au jardin de Gethsémani : « Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi », à plus forte raison le disciple qui n’est pas plus grand que le maître demande pour lui-même et pour ses frères en humanité : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Jacques Rideau – Ancien directeur du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS), Directeur au Séminaire français de Rome





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Publié le : 01.12.2017 09:05 - Mis à jour le : 01.12.2017 11:30