30 ans du martyre des moines de Tibhirine
Jean-Louis REYMONDIER, diacre
Coordinateur du projet Tibhirine
« S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays. »
Extrait du testament spirituel du frère Christian de Chergé.
À l’occasion du trentième anniversaire de leur enlèvement et de leur martyre, les frères de Tibhirine rejoignent notre Église diocésaine et nous accompagnent, chacun, sur notre chemin de Carême.
La commémoration de leur martyre ne nous renvoie pas simplement vers un événement passé. Les sept moines et leurs douze compagnons Bienheureux martyrs d’Algérie nous provoquent à marcher avec eux, à la suite du Christ, sur le chemin qui conduit de la Passion à la Résurrection.
En marchant à leurs côtés, le Carême nous introduit au cœur du mystère pascal. C’est un temps de conversion, une invitation à entrer dans le mystère de la Croix : non pas l’échec de Dieu, mais l’accomplissement ultime de son amour.
Pendant la “décennie noire” qui a meurtri l’ensemble du peuple algérien les moines de Tibhirine n’ont recherché ni le martyre ni l’héroïsme ni la gloire. Ils ont librement choisi de rester dans ce pays, malgré la violence, car il était devenu leur terre. Leur décision, mûrie dans le discernement, fut un authentique chemin de Carême, un chemin sur lequel ils nous guident encore. »
Leur décision, longuement discernée, fut, elle aussi, un vrai temps de Carême sur lequel ils nous accompagnent encore. Avec les douze autres martyrs béatifiés avec eux le 8 décembre 2018, ils nous proposent de renoncer à la peur, de consentir à la fragilité et de faire confiance jusqu’à l’abandon.
Leur mort violente n’est pas une dépossession, mais l’ultime offrande d’une existence déjà donnée. Leur martyre fait écho à la parole de Jésus : « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne » (Jn 10,18).
Dans leur chapelle, jusqu’à la nuit du 26 au 27 mars 1996, date de l’enlèvement, les frères priaient devant la Croix de Tibhirine. Contemplant cette icône du Christ en majesté, les yeux ouverts, debout dans la victoire de l’amour, Frère Christian de Chergé, le prieur de la communauté, y reconnaissait « le geste invaincu de l’Amour embrassant le monde ». Vêtu de blanc, couleur de la Transfiguration, et drapé de rouge, signe de royauté, le Christ y est représenté ressuscité ; une inscription en arabe proclame : « Il est ressuscité ». Ainsi, au cœur même de la Croix, resplendit déjà la lumière de Pâques. « C’est l’amour, et non les clous, qui le retenait fixé à ce gibet », écrira encore frère Christian.
Trente ans après leur Pâque, les moines de Tibhirine nous invitent à entrer plus profondément dans ce mystère : laisser le Christ transformer nos peurs en confiance, nos replis en ouverture et nos ténèbres en espérance, afin de devenir, au cœur des fractures du monde, témoins de cette espérance.


































