Habiter le patrimoine
Abbé Bruno Martin
Chancelier du diocèse*
L’incendie de Notre-Dame de Paris, en 2019, a révélé l’attachement des Français à leur patrimoine religieux, mais aussi la fragilité des monuments. Et pour un grand chantier comme celui de Paris, combien de chapelles et de petites églises attendent les crédits qui les sauveront de la ruine ! Il y a cependant, au sein des municipalités comme à travers de nombreuses associations de sauvegarde, un effort considérable pour restaurer et mettre en valeur les éléments du patrimoine religieux, dont les « Etats généraux » de 2023-2024 ont montré toute l’importance. Dans beaucoup de nos villages, l’église reste le monument principal, unique, et tous les habitants sont attachées à « leur » église, quand bien même ils ne la fréquentent pas, ou que pour les grands moments de l’existence.
Lorsqu’elles sont ouvertes (et merci à tous les bénévoles grâce auxquels c’est possible) nos églises offrent à tous, sans conditions, des espaces de paix, de silence, de bienveillance. Je me rappelle le maire d’une petite ville, qui avait fait beaucoup d’efforts pour restaurer une chapelle d’une réelle valeur patrimoniale, me faire remarquer que c’était surtout pour lui le seul espace ouvert à tous de sa commune ! Ces espaces de gratuité dont nous avons tant besoin, et qui peuvent ouvrir les cœurs à la présence de Dieu et à la foi.
Cependant les pierres ne parleront pas toutes seules. Notre patrimoine peut être aussi un rébus indéchiffrable pour ceux qui n’ont pas le moindre élément de culture religieuse. Et s’il est bon de prévoir des panneaux explicatifs (pas trop, sinon ils ne sont pas lus !), rien ne remplacera jamais la présence vivante de personnes susceptibles d’accueillir, de répondre aux questions, d’orienter vers l’essentiel.
Il y a plus encore. Sans des communautés chrétiennes pour les habiter, nos églises et nos chapelles ne deviennent que des musées, des architectures que l’on peut admirer mais qui sont aussi vides que des temples romains ou que le Parthénon.
« Qu’est-ce qui fait la beauté de ces pierres, pour que nous puissions les célébrer ? », disait saint Bernard dans un sermon pour la dédicace d’une église. « C’est vous. C’est vous qui en faites la beauté, parce que vous êtes vous-même des temples de l’Esprit-Saint ». Si nous n’habitons pas nos églises, elles ne seront que des pierres muettes, si admirables qu’elles puissent être. Alors notre première action pour préserver notre patrimoine religieux sera de veiller à ce qu’il soit habité par les pierres vivantes que nous sommes.

* Le P. Bruno MARTIN a été pendant trente ans le président de la Commission d’Art Sacré (CDAS) du diocèse
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