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LIBAN : journal de bord de septembre de Mgr Mounir

Publié le 11 septembre 2020

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Lettre aux Amis du 10 septembre 2020 de Mgr Mounir, évêque de Batroun au Liban.
Il donne des nouvelles du 6 au 10 septembre 2020.

Lettre aux Amis du 10 septembre 2020

Dimanche 6 septembre 2020

9h45 : Je suis à Beyrouth pour célébrer la Messe à Saint Antoine de Padoue de Gemmayzé, accompagné d’une délégation de jeunes du diocèse (du Mouvement Marial des Congrégations et du Mouvement Marial Apostolique). Père Dany Jalkh, curé, nous attendait avec les fidèles que les circonstances ont permis de venir. Nos jeunes ont aidé à chanter la Messe comme pour les grands jours.  

Dans mon homélie

« Avec grande émotion je suis avec vous ce matin, au nom de votre évêque qui m’a permis de venir partager votre drame, vos épreuves, vos souffrances, mais aussi votre foi et votre espérance. Je suis là pour prier avec vous pour le repos de vos victimes, la guérison de vos blessés et pour le retour des sans-abri. Je suis là pour vous dire comme a dit Jésus à la femme pécheresse : votre foi vous a sauvés !

Nous avons vécu avec vous, même de loin, la catastrophe qui s’est abattue sur vous le 4 août, vous qui êtes les voisins les plus proches du port, et nous avons apprécié combien le Seigneur était présent en chacun de vous, car la double explosion aurait dû causer des milliers de victimes. Or des milliers de jeunes accourus de tout le Liban, et les nôtres parmi eux, sont venus vous donner une main et vous exprimer leur solidarité. Sa Sainteté le pape François, lors de l’audience générale de mercredi dernier, s’est arrêté, a embrassé le drapeau libanais et, en versant des larmes précieuses, vous a dit : ‘n’abandonnez-pas vos maisons et votre héritage ! Ne brisez pas le rêve de ceux qui ont cru en l’avenir d’un pays beau et prospère. Votre pays  représente plus qu’un Etat. Le Liban est un message de liberté et un exemple de pluralisme, aussi bien pour l’Orient que pour l’Occident ‘. Et deux jours après, son envoyé spécial au Liban le Cardinal Parolin vous a répété : ‘N’ayez pas peur ! Nous reconstruirons avec vous Beyrouth’.

Il nous reste aujourd’hui de hausser la voix et de s’adresser aux responsables en leur disant : ‘Dieu le Père vous aime, vous aussi, comme Il a aimé Zachée et la femme pécheresse, vous pardonne tous vos péchés et désire votre salut. Repentissez-vous donc, tant que Dieu vous offre l’occasion, réparez vos offenses et dédommagez ceux que vous avez volés et rendez le quadruple à ceux à qui vous avez fait tort; car vous aussi vous êtes les fils d’Abraham et vous avez votre place au Royaume ». 

Après la Messe, je suis resté avec mon groupe de Batroun écouter les doléances des fidèles de  la paroisse. Ils nous ont répété ce que les autres nous avaient dit jeudi dernier lors de notre tournée.

Nous avons constaté que :

1-      Très peu de familles (7 familles sur 400) restent sur les lieux, alors que les autres vont chercher refuge en dehors de Beyrouth chez des membres de la famille ou des amis, et reviennent le jour réparer leurs maisons.

2-      Les habitants du quartier sont dégoutés des promesses vides de la part des ONG ou des associations officielles, et de la distribution des colis alimentaires, de pain et de l’eau. Ils attendent plutôt des subventions pour réparer leurs maisons ou leurs appartements pour revenir y habiter avant la saison des pluies. Ils se demandent : où sont parties les aides internationales qui arrivent au Liban ?

3-      Le coût des restaurations est très élevé vu la crise économique et monétaire et la dévaluation de la Livre libanaise face au dollar et tout est coté en dollar. Ceci en plus que la zone est classée patrimoine historique, et il est difficile d’obtenir le permis de restaurer sous conditions….

Nous avions décidé, après notre tournée de jeudi, de contribuer, selon nos pauvres moyens, à aider des familles, l’une après l’autre, à restaurer leurs maisons ou appartements et leur donner la possibilité de revenir y habiter.  

 

A Dimane, Sa Béatitude le Patriarche Raï secoue le Premier ministre et l’invite à former au plus vite son gouvernement :

« Monsieur le Premier ministre désigné, formez un gouvernement d’urgence, réduit, qualifié et fort, qui se démarque par son sérieux, et composé de ministres compétents ; un gouvernement qui ait confiance en soi et obtienne la confiance du peuple, sa seule garantie. La période cruciale que traverse le Liban, frappé par une multitude de crises, oblige la mise sur pied d’un gouvernement qui vienne du peuple et travaille pour le peuple. Il ne doit pas être lié à une monopolisation des portefeuilles et ne doit pas consacrer la politique du partage des quote-parts ni l’hégémonie d’une partie spécifique. La période cruciale que nous traversons nécessite la formation d’un gouvernement qui négocie de manière responsable avec le Fonds monétaire international, lance des réformes efficaces et tient le Liban à l’écart des conflits. Il   devra assurer la reconstruction de Beyrouth et du port et mette un terme à l’exode des familles et des jeunes générations ». 

Etant parti de l’évangile du jour, « la Femme pécheresse » (Luc 7, 36-50), Sa Béatitude dit que le repentir de la femme pécheresse, le pardon obtenu et la transformation de sa vie sont un appel à nous tous, et en particulier à la classe politique. Cette dernière ne peut continuer son mode de vie après l’explosion du port de Beyrouth et la dégradation aggravée de la situation économique, monétaire, sociale et vitale des citoyens ; ce qui nécessite la formation au plus vite d’un gouvernement qui soit à la hauteur de l’événement ». 

 

Depuis Paris, le ministre français des Affaires étrangères M. Jean-Yves le Drian, est revenu à la charge lors d’une interview à la presse, en affirmant :

« Les Libanais doivent mettre en œuvre des réformes. Tout le monde sait les réformes qu’il faut faire et la France doit ensuite parallèlement aider à la reconnaissance de ces réformes par la communauté internationale. Chacun est dans son rôle ; nous, nous sommes dans un rôle d’ami et je constate aussi à cet égard que la communauté internationale a valorisé, soutenu les efforts du président Macron que ce soit les Nations Unies ou le pape ».

 

Mardi 8 septembre 2020

Le Premier ministre italien, M. Giuseppe Conte, est en visite rapide au Liban. Cette visite est accueillie avec satisfaction par les Libanais qui se sentent unis aux Italiens, comme aux Français, par des liens historiques religieux, culturels, économiques et parentaux.

Déjà avant lui, le gouvernement italien avait envoyé, au lendemain de l’explosion du port, le ministre de la Défense M. Lorenzo Guerini qui avait donné le coup d’envoi de l’opération humanitaire « Emergenza Cedri » dans le cadre de laquelle un hôpital de campagne aux capacités avancées a été mis en place à Beyrouth et un détachement du génie militaire a été dépêché pour aider aux opérations de déblaiement. Il a été suivi du ministre des Affaires étrangères M. Paolo Gentiloni.

M. Conte a fait le tour traditionnel des responsables de l’Etat, puis il a tenu à rencontrer la population de Beyrouth et à faire un tour dans le port dévasté

Dans une interview à l’Orient-le Jour, il a déclaré :

« Ma visite fait suite à deux autres effectuées par des membres du gouvernement italien au Liban depuis la tragique explosion au port de Beyrouth. Elle constitue un témoignage concret de la solidarité italienne envers le Liban et son peuple, auxquels nous sommes depuis toujours unis par une profonde amitié et un partenariat historique… Le Liban a urgemment besoin d’un gouvernement qui jouit de la confiance de la population et avec lequel la communauté internationale peut travailler pour la reconstruction. J’espère que le processus en cours pour la formation d’un nouveau cabinet pourra se conclure prochainement et qu’un programme urgent de réformes sera mis en place pour répondre aux aspirations légitimes du peuple libanais. Je partagerai ce message avec tous mes interlocuteurs officiels… La communauté internationale est engagée à fond pour aider le Liban à se lancer dans un processus politique qui devrait l’aider à régler la crise, surtout la crise de confiance ».  

 

Au Vatican, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat et envoyé personnel du Pape François, parle de ses impressions après son voyage au Liban. Il s’est confié à l’agence italienne ANSA et au Site Zénit déclarant :  

« La visite a été vraiment très, très émouvante. J’ai été profondément touché. Il y a deux aspects que je voudrais souligner. Le premier, c’est la destruction ! Quelqu’un l’a qualifiée d’apocalyptique. Je pense que c’est l’adjectif qui convient à la situation. Il y a eu une bombe, je ne sais pas si c’était une bombe atomique ou non, mais dont la force, m’a-t-on dit, a même été assourdie par la présence de la mer ; l’explosion a été, d’une certaine façon, absorbée par la mer, mais là où elle est tombée, elle a causé d’énormes destructions.

Et j’aimerais également souligner le sentiment de douleur, le sentiment de souffrance que j’ai vu lors de mes rencontres avec les familles des victimes. Il y avait une femme qui a perdu trois membres de sa famille, son mari, son frère et son beau-frère qui faisaient partie du groupe de pompiers envoyés sur place après la première explosion.

La deuxième chose dont je voudrais parler, c’est la grande volonté de redémarrer, de recommencer dès que possible. J’ai donc perçu la douleur, la perplexité causées par ce malheur qui ajoute encore aux nombreux problèmes qui touchaient déjà le Liban, mais j’ai compris qu’il y a un grand désir de repartir. Et j’ai été très heureux de voir la proximité de l’Eglise. L’Eglise est vraiment proche des gens ».

Et à la question d’un possible voyage du pape au Liban, il a répondu :

« Un grand nombre de personnes ont demandé que le pape se rende au Liban. Je suppose que si elles l’ont demandé, cela signifie que les conditions, y compris la sécurité, devraient permettre au pape d’y aller. Maintenant, le problème, c’est la Covid-19. Un voyage ne sera pas possible tant que cette situation durera ».

 

Jeudi 10 septembre 2020

Encore le Port de Beyrouth ! C’est Incroyable !

A 13h30, Un incendie d’est déclaré dans un entrepôt de pneus et d’huiles de moteurs, dans la zone franche du port. Le feu s’est propagé à une vitesse vertigineuse et une épaisse fumée noire a recouvert le ciel de Beyrouth le plongeant de nouveau dans une ambiance apocalyptique. Les Beyrouthins sont pris de panique craignant une réédition du scénario de la catastrophe du 4 août.

Les pompiers et la Croix Rouge sont vite accourus sur les lieux, alors que l’armée  appelait les employés du port et les habitants des quartiers environnants à quitter les lieux.

La raison de cet incendie ? Encore « des travaux de soudure dans un hangar », disent les responsables. Mais ils nous prennent pour des idiots ?!

Le président de la République Michel Aoun convoque à Baabda une réunion urgente du Conseil Supérieur de la Défense à 19h00, alors que le feu est presque maîtrisé.

« L’incendie d’aujourd’hui peut être un acte de sabotage ou le résultat d’une erreur technique, d’une ignorance ou d’une négligence, et dans tous les cas, la cause doit être connue le plus tôt possible et les auteurs doivent rendre des comptes », a déclaré le président Aoun, lors de cette réunion.

  1. Fabrizio Carboni, directeur du Comité International de la Croix-Rouge au Proche et Moyen-Orient, s’est exprimé dans l’après-midi déclarant : « Images choquantes du port de Beyrouth. Le hangar en feu contient des milliers d’unités alimentaires et un demi-million de litres d’huile. L’étendue des dégâts reste à déterminer. Notre opération humanitaire risque d’être sérieusement compromise ».

Depuis Paris, l’Elysée a fait dire que « la présidence suivait la situation de près ». « La France a des moyens sur place, nous sommes évidemment prêts à répondre aux besoins si nécessaire ».

Pour terminer cette journée, et en attendant toujours la formation du nouveau gouvernement, je ne peux que m’arrêter sur l’évangile de ce jour en Luc 17, 20-33 sur la venue du Règne de Dieu :

« Les Pharisiens lui demandèrent : Quand donc vient le Règne de Dieu ? Il leur répondit : le Règne de Dieu ne vient pas comme un fait observable. En effet le Règne de Dieu est parmi vous. Puis il dit à ses disciples : On vous dira : Le voilà, le voici. Ne partez pas, ne vous précipitez pas … Et comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de l’homme : On mangeait, on buvait, on prenait femme, on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, alors le déluge vint et les fit tous périr. Ou aussi comme il en fut aux jours de Lot : On mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ; mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit tomber du ciel une pluie de feu et de soufre et les fit tous périr. Il en ira de la même manière le Jour où le Fils de l’homme se révélera. … Qui cherchera à conserver sa vie la perdra et qui la perdra la sauvegardera ».

Réussirons-nous à comprendre que tout est éphémère dans cette vie mondaine et qu’il peut être perdu en quelques secondes ?    

Réussirons-nous à comprendre que nous avons tous à nous repentir, à nous convertir, à changer notre style de vie et à porter notre croix avec le Fils de l’homme, Jésus Christ, pour mourir avec Lui et mériter avec Lui la résurrection à une Vie nouvelle ?

C’est toute notre espérance que nous mettons dans les mains du Seigneur.

+ Père Mounir Khairallah, Évêque de Batroun

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Lettre aux Amis du 5 septembre 2020

Dimanche 30 août 2020

8h30–13h30 : Je suis en visite pastorale dans deux petites paroisses de montagne (Rachkeddé et Sourate) pour encourager les fidèles en ces temps difficiles et en pleine recrudescence de la propagation du virus Corona Covid 19 qui nous oblige à rester confinés. Et pourtant, ils  sont venus nombreux mais en prenant toutes les précautions nécessaires. Ils ont besoin, comme moi d’ailleurs, d’une bouffée d’oxygène spirituel pour reprendre le courage de l’espérance.   

L’évangile de ce dimanche dans notre liturgie maronite nous invite à aller avec Jésus « chez Marthe et Marie » (Luc 10, 38-42).

Je voudrais imaginer Jésus entrer ce dimanche dans l’une de nos maisons délabrées de Beyrouth : Il nous trouvera en train de nous « affairer à un service compliqué » ; mais il trouvera aussi qui se mettra « assis au pied du Seigneur » pour l’écouter nous donner confiance en Notre Père céleste dans la tourmente, pour prier avec Lui disant : « Père si Tu veux écarter de nous cette coupe … Pourtant que ce ne soit pas notre volonté mais la tienne qui se réalise » (Luc 22,42) et pour le supplier de raccourcir notre chemin de croix au Liban ! Il écoutera notre supplique et nous dira comme Il a dit à Marie : « Une seule chose est nécessaire. C’est bien vous qui avez choisi la meilleure part en votre foi et votre espérance; elle ne vous sera pas enlevée ».     

20h30 : Le président de la République le général Michel Aoun s’adresse aux Libanais, dans un discours télévisé suivi d’un dialogue en direct avec le journaliste Ricardo Karam, à l’occasion de la commémoration du premier centenaire de la déclaration du Grand Liban (faite par le général Henri Gouraud le 1er septembre 1920). Il a affirmé entre autre :   

« Pour que le 1er septembre 2020 complète le 1er septembre 1920, et parce que je suis convaincu que seul un État civil est capable de protéger le pluralisme, de le préserver en le transformant en unité réelle, je demande que le Liban soit déclaré État civil. Je m’engage à appeler au dialogue les autorités spirituelles et les dirigeants politiques afin d’arriver à une formule acceptable par tous et pouvant être mise en place à travers des amendements constitutionnels appropriés ». « Il est temps d’améliorer, d’amender ou de changer le système libanais, appelez-le comme vous le voulez. Mais le Liban a besoin d’un nouveau système de gestion de ses affaires, basée sur la citoyenneté et un Etat civil ». « Le système communautaire basé sur les droits des communautés et des quotes-parts a été bon à une certaine époque. Mais aujourd’hui, il constitue un obstacle contre toute avancée ou progression, contre les réformes et la lutte contre la corruption. Il est devenu le terreau de la sédition, de la provocation et des divisions ».  

Le président Aoun retrouve ainsi une idée chère au Patriarche Elias Hoyek qui concevait le Liban en 1920 comme un Etat civil où les communautés vivraient dans le respect mutuel de leur diversité. Et c’est ce que le Patriarche Béchara Raï ne cesse de réclamer.

Cette affirmation du président Aoun est prise tout de suite par la presse française, qui rapporte cependant que « le président Aoun appelle à déclarer le Liban Etat laïc » (et non Etat civil, et pour nous la nuance est importante), à la veille de l’arrivée au Liban du président Macron qui a déjà exigé de la classe politique libanaise d’aller vers un nouveau contrat politique et social qui réviserait le système confessionnel

Plus tôt la journée, le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, qui  avait pris l’habitude depuis un bon moment de faire ses interventions télévisées avant toute apparition du président Aoun, a affirmé que son parti « est disposée à discuter d’un nouveau pacte politique au Liban, proposé par le président Macron ». « Nous sommes ouverts à toute discussion constructive sur le sujet mais à la condition que ce soit la volonté de toutes les parties libanaises ». « Ces derniers jours, nous avons entendu de la part de responsables français des critiques sévères contre le système confessionnel libanais. Nous sommes ouverts à toute discussion constructive à ce sujet, pour aboutir à un nouveau pacte politique, mais ce débat doit être le fruit de la volonté de toutes les composantes politiques du pays. Nous devons respecter les appréhensions des autres ».

 

Lundi 31 août 2020

A 9h00 : Le président Michel Aoun entame au palais de Baabda les consultations parlementaires devant amener à la nomination du Premier ministre, en commençant par les anciens Premiers ministres qui avaient déjà déclaré dans la nuit qu’ils proposeraient le nom du Dr Moustafa ADIB de Tripoli. Les différents blocs parlementaires sont passés successivement à Baabda ; mais on savait déjà qu’il y avait un consensus sur le nom du Dr Adib.

A 13h30 : le Directeur général de la présidence de la République annonce que le président Aoun vient d’appeler Dr Moustafa Adib pour lui signifier, en présence du président du Parlement M. Nabih Berry, comme le veut la Constitution, les résultats des consultations (90 voix sur 120 pour Adib, seul le bloc des Forces libanaises avait nommé M. Nawwaf Salam) et sa nomination comme Nouveau Premier ministre du Liban

Dr Moustafa Adib est né (curieusement) le 31 août 1972 à Tripoli, deuxième capitale du Liban. Marié avec une française et père de cinq enfants.

Titulaire de diplômes en droit et en sciences politiques de Montpellier – France, il a débuté sa carrière en l’an 2000 comme professeur de droit public international à l’Université libanaise et dans d’autres universités au Liban et en France. En 2004, il devient président du Centre d’études stratégiques pour le Moyen-Orient, au sein duquel il a conduit de nombreuses études dans le domaine politique. Il est président de l’Association libanaise de droit international (ALDI).

De 2000 à 2004, il a été directeur de cabinet de Najib Mikati, alors ministre des Travaux Publics. En 2011, il a été directeur de cabinet de M. Mikati au moment de son deuxième mandat à la tête du gouvernement. Puis tiré de son poste de professeur à l’Université libanaise pour être nommé, hors cadre, ambassadeur du Liban en Allemagne en 2013.

Et de l’Allemagne qu’il est appelé à être Premier ministre à un moment crucial de l’histoire du Liban.

Que dire de cette nomination ? Il est tôt de juger. Mais on peut déjà avancer, à son avantage qu’il est nommé par les anciens Premiers ministres (sunnites) et la majorité des députés sunnites qui le soutiendront, et la majorité des autres blocs parlementaires qui ont acquiescé ! Il est un universitaire, un homme d’Etat et un diplomate reconnu pour sa compétence, sa loyauté, sa transparence et son ouverture. Il faut compter aussi sa formation française qui fait de lui un homme d’analyse et de méthode.

Et à son inconvénient, on peut dire qu’il risque d’être à la solde de ceux qui l’ont nommé, donc qui les couvrira par la suite, avec son gouvernement, de tout jugement pour leur passé (car ils font partie de la classe politique corrompue),  et de ne pas être tout à fait indépendant et libre de ses décisions qui seraient, pourtant, décisives pour l’avenir du  Liban et pour la crédibilité de son gouvernement. Ils le chargent donc de mettre en marche immédiatement les réformes exigées à condition de ne plus revenir en arrière pour demander des comptes et juger ceux qui ont pillé le trésor public et l’argent des citoyens !   

Attendons de voir.  

Tout de suite après sa nomination, et à l’issue de son entretien avec le président Aoun, le nouveau Premier ministre a fait une courte déclaration :

« En ces circonstances, notamment après la double explosion meurtrière de Beyrouth le 4 août dernier, le temps n’est plus aux paroles, aux promesses ou aux espérances. Le temps est à l’action, avec la coopération de tous, pour que le pays se rétablisse et pour que le peuple retrouve la confiance en l’avenir, car l’inquiétude est grande ». « L’opportunité qui s’offre à nous est mince. Nous voulons former une équipe de travail homogène, formé d’experts et de personnes compétentes, et lancer rapidement, en coopération avec le Parlement, les réformes nécessaires face à la crise économique et financière, avec comme point de départ un accord avec le Fonds monétaire international ».

Il a ensuite rapidement quitté Baabda pour se dirigé vers les quartiers de Gemmayzé et de Mar Mikhaël, dévastés par la double explosion du 4 août.

Aux journalistes qui l’ont suivi, il a affirmé qu’il voulait « effectuer cette visite par solidarité avec les Beyrouthins ». « Il n’y a pas de mots pour exprimer l’ampleur de la dévastation ».

« Nous espérons que la reconstruction se fera le plus rapidement possible et que les résultats de l’enquête sur les causes de l’explosion puissent être présentés rapidement devant l’opinion publique ».

Certains habitants de ces quartiers ont accepté de parler brièvement avec lui alors que d’autres ont refusé de lui adresser la parole et ont scandé « Révolution ! » à son passage.

21h00 : le président Emmanuel Macron arrive au Liban pour une deuxième visite en trois semaines ! Son avion atterrit à l’aéroport de Beyrouth. Il est Accompagné du ministre des Affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian, et du ministre des Solidarités et de la Santé, M. Olivier Véran. A son arrivée il a écrit sur Twitter le message suivant, émouvant et encourageant pour les Libanais :

« Libanais, vous êtes comme des frères pour les Français. Je vous en ai fait la promesse : je reviens à Beyrouth pour faire le point sur l’aide d’urgence et bâtir avec vous les conditions de la reconstruction et de la stabilité ».

Il a été accueilli par le président le général Michel Aoun, avec qui il a eu un entretien au salon d’honneur. Puis il a déclaré aux journalistes :

« Je suis heureux de revenir, comme je l’avais promis, au Liban et d’être ici ce soir à Beyrouth, comme je m’y étais engagé le 6 août dernier. Revenir d’abord pour rendre compte de l’aide internationale, de l’aide humanitaire qui a suivi l’explosion et sur laquelle je m’étais engagé … J’aurai l’occasion demain de me rendre au port pour faire le point sur ce sujet et l’ensemble des projets. On regardera également les éléments de coopération d’urgence en matière sanitaire en allant notamment à l’hôpital Rafic Hariri, car je n’oublie pas que le Liban est touché aussi par le Covid-19. J’aurai l’occasion aussi d’aborder les sujets d’école, d’éducation, de reconstruction (…) et de revenir sur le soutien au peuple libanais. (…).

« Nous aurons l’occasion demain de, non seulement commémorer les cent ans du Grand Liban, mais aussi d’en tirer toutes les leçons et de nous projeter vers l’avenir. Et enfin, et peut-être surtout, l’objectif de cette visite est de faire le point d’étape sur la situation politique. Ma position est toujours la même : l’exigence sans ingérence ».

Il a donc donné son programme très chargé de demain. Il a ensuite salué la nomination du nouveau premier ministre et affirmé qu’il voulait s’assurer « que c’est bien un gouvernement de mission qui sera formé au plus vite pour mettre en œuvre les réformes que nous connaissons au service des Libanaises et des Libanais ». Il a tenu à énumérer  ces réformes, qu’il transmettra par écrit demain comme feuille de route aux responsables politiques : « La réforme des marchés publics, de la justice, lutte contre la corruption, la réforme de l’énergie et de l’électricité, la réforme du port, une meilleure gestion de la Banque centrale et du système bancaire. Autant de réformes indispensables sur lesquelles de mon côté je me suis engagé, pour que, si elles sont prises par un gouvernement de mission, la communauté internationale, et en premier chef la France, puisse s’engager en soutien du Liban et des Libanais ».

Il a quitté l’aéroport en direction de Rabieh, non loin d’Antélias à l’Est de Beyrouth, avec un retard d’une heure et demie, où il était attendu à dîner par « l’icône de la chanson libanaise et du monde arabe » la chanteuse Fayrouz qu’il a avait tenu à visiter en premier lieu pour « vénérer le symbole d’unité du Liban et des Libanais en sa personne et confirmer son rôle culturel pour le Liban et le monde arabe. Le dîner est annulé, mais la rencontre fut très amicale et appréciée, alors que Fayrouz avait refusé la présence des Médias ; car elle est enfermée chez elle depuis quinze ans en signe de deuil pour la situation dégradante du Liban.

Le président Macron est enfin redescendu à Beyrouth pour y rencontrer M. Saad Hariri.  

 

Mardi 1er septembre 2020

La journée de la commémoration du premier centenaire de la Déclaration du Grand Liban commence pour le président Macron à 9h30 dans la forêt des Cèdres de Jaj (une des plus anciennes du Liban où on a tiré les cèdres destinés à la construction du temple du roi  Salomon à Jérusalem), dans les hauteurs de Jbayl-Byblos, où il est arrivé en hélicoptère pour une petite cérémonie au cours de laquelle il a planté un cèdre.

Il s’est ensuite envolé pour Beyrouth où il s’est rendu dans le secteur dévasté du port pour s’entretenir avec des représentants de l’ONU et des ONG locales sur le porte-hélicoptères « Le Tonnerre » (arrivé le 14 août). A l’issue de la rencontre, il a déclaré : « Il faut qu’on continue à mobiliser toute la communauté internationale (…) Je suis prêt à ce qu’on réorganise, autour peut-être de mi-fin octobre, une conférence internationale de soutien avec les Nations unies ». « Je suis tout à fait prêt même à l’accueillir à Paris (…), qu’on puisse à nouveau demander un soutien à tous les Etats pour financer les besoins sur le terrain ». 

Après un tour dans les quartiers dévastés d’Achrafieh où il a écouté les doléances des citoyens, il s’est rendu au palais présidentiel de Baabda où le président Aoun a offert un déjeuner en son honneur en présence de tous les leaders politiques et des ambassadeurs des pays européens et de certains pays arabes.

Au cours du déjeuner, M. Macron a prononcé un discours, émouvant et imbibé de l’histoire de l’amitié franco-libanaise, qui restera pour l’histoire. J’ai réussi à obtenir l’enregistrement de ce discours qui n’a pas été diffusé à la presse. Voici le texte intégral :

« Merci Monsieur le Président, merci à vous tous, de nous accueillir aujourd’hui avec cette délégation composée de plusieurs ministres, de parlementaires, de fonctionnaires, de militaires, d’humanitaires, d’artistes, d’entrepreneurs, vu la richesse qui est la nôtre et la volonté d’être au côté du Liban aujourd’hui.

Vous l’avez rappelé, Monsieur le Président ; c’est un bel anniversaire, c’est un centenaire qui se tient quelques jours à peine après la terrible explosion du 4 août dernier. Vous rappeliez les termes de Gouraud lors de la fondation du Grand Liban, espoir et fierté. Dans ce discours très court, il appelait chacun à servir au-dessus des ses intérêts particuliers ; ce qui est d’ailleurs le principal message de son discours ; et il est d’une actualité aussi virulente que cruelle. Je ne sais ce que donneront les prochaines semaines et les prochains mois. Je sais une chose : c’est que si cet appel à dépasser les intérêts personnels n’est pas exaucé, même cent ans après, la promesse sera trahie, parce que votre pays est une promesse. Une promesse pour lui-même, un pays frère et ami pour le nôtre.

Et cette amitié ne se justifie pas simplement à travers des dates, des engagements, des destins croisés, même si c’est énorme, à travers tant de destins de femmes et d’hommes, artistes, intellectuels, entrepreneurs, contemporains ou passés ; c’est parce qu’il y a quelque chose dans ce message que le Liban est dans le cœur de la France, un amour inconditionnel de la liberté, un attachement à l’égalité entre les citoyens, et un attachement à ce qu’on appelle le pluralisme ; et c’est au fond l’idée de dire que lorsqu’on a décidé d’être citoyen d’un même pays quelque soit son clan, quelque soit sa famille, quelque soit sa religion, quelques soient ses intérêts, on est avant tout citoyen de ce pays, et dans un rapport à l’universel.

Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, tout particulièrement dans cette région, le message du Liban est encore plus important qu’il y a cent ans , car vous en êtes sans doute parmi les derniers dépositaires, alors que ce qui n’a pas été réussi par d’autres avant dans des temps plus faciles le soit aujourd’hui par vous parce que c’est vous dans des temps plus durs presque impossibles. Nous, nous serons là avec la même amitié, la même fidélité ; fidélité dans cette histoire et dans ce qui l’unit ; c’est une exigence de la souveraineté et de l’amour inconditionnel de la liberté.

Voilà ce que je voulais vous dire en cette journée. Elle n’est pas une simple célébration, mais je l’espère profondément le début d’une nouvelle ère

Vive le Grand Liban, vive le Liban, vive l’amitié entre le Liban et la France ».  

Dans l’après-midi, il a visité l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth, un établissement en première ligne dans la lutte contre le Covid-19. 

Puis il est revenu à la Résidence des Pins pour rencontrer les responsables politiques du Liban qu’il avait rencontrés lors de sa première visite. Mais avant ce rendez-vous, il a tenu à rencontrer, à 18h30, notre Patriarche maronite le Cardinal Béchara Raï qui lui a remis le « Mémorandum sur le Liban et la neutralité active », en présence du ministre des Affaires étrangères M. Jean-Yves le Drian et l’ambassadeur de France au Liban M. Bruno Foucher et le Directeur général de l’Oeuvre d’Orient Mgr Pascal Gollnisch.

A 19h00, il a rencontré les leaders politiques en leur consignant « la Feuille de route de la France – Le programme du nouveau gouvernement » qui contient les lignes directrices des réformes à effectuer, « une condition sine qua non pour que le Liban obtienne l’aide internationale promise ».

Je les résume comme suit :

1)      La lutte contre le Covid 19 et la protection sociale.

2)      L’urgence de remédier aux conséquences de l’explosion du 4 août au niveau de l’aide humanitaire internationale et de sa gouvernance dans la transparence, ainsi que la poursuite de l’enquête indépendante sur les causes de l’explosion.

3)      Les réformes urgentes : le secteur de l’électricité et de l’énergie, le Capital Control, la gouvernance publique et une meilleure gestion de la Banque centrale et du système bancaire, l’indépendance de la Justice.

La lutte contre la corruption et la contrebande et la réforme des douanes (des mesures à prendre en l’espace d’un mois). 

La réforme des marchés publics et la coopération entre les secteurs public et privé (des mesures à prendre en l’espace d’un mois).

Les finances publiques : le vote d’une loi, en l’espace d’un mois, qui rectifie les comptes publics et revoie les dépenses de 2020 ainsi que la préparation du budget de 2021.

4)      Les élections : le nouveau gouvernement réformera la loi électorale de sorte à impliquer la société civile et organisera des élections législatives dans un délai d’un an au maximum.

Ce n’est qu’à 22h30, qu’il a tenu sa conférence de presse avant de quitter le Liban.

 

Mercredi 2 septembre 2020

9h30 : Nous sommes à Dimane pour la réunion mensuelle de l’Assemblée des Evêques maronites sous la présidence de Sa Béatitude le Patriarche Raï.

Après la prière, Sa Béatitude nous met au courant de sa rencontre avec le président français M. Macron. Il a dit notamment :

« Entouré de son ministre des Affaires étrangères M. Jean-Yves Le Drian, de l’ambassadeur de France au Liban M. Bruno Foucher, et du Directeur général de l’Oeuvre d’Orient M. Pascal Gollnisch, le président Macron nous a accueilli à la Résidence des Pins, là où le général Henri Gouraud avait prononcé, il y a cent ans, la Déclaration du ‘Grand Liban’ réclamé par le Vénérable Patriarche Elias Hoyek au Congrès de Versailles à la fin de la Première Guerre mondiale. Je lui ai présenté le ‘Mémorandum sur le Liban et la neutralité active’, et je lui ai demandé si la France appuie la neutralité du Liban. Il m’a répondu : oui, nous sommes avec la neutralité qui fait partie de la mission et du rôle du Liban dans la région.

Je lui ai parlé ensuite de nos appréhensions majeures :

La première concerne les réfugiés syriens. Nous considérons qu’ils sont des citoyens syriens et ils ne doivent pas perdre leur nationalité, leur appartenance et leur pays. Il faut qu’ils rentrent et qu’ils regagnent leur terre. Le président Macron a avancé des raisons politiques comme conditions au retour des réfugiés.

La deuxième concerne l’éducation. Vu le rôle séculaire de l’Eglise dans l’Education et la Culture en partenariat avec la France, le Liban compte sur l’aide de la France pour permettre aux institutions scolaires et universitaires de réparer les dégâts et reprendre leur mission au service des citoyens libanais et non libanais. Le président Macron a promis de redoubler l’aide de la France dans ce domaine.   

La troisième concerne le Hezbollah. Les armes du Hezbollah sont illégales et devaient être remises à l’Etat selon les accords de Taëf (1989) et la nouvelle Constitution. C’est un facteur de déséquilibre national qui empêche les Libanais de se rencontrer autour d’une même table pour discuter de leur avenir. Le président Macron a répété la position de la France qui est celle de considérer le Hezbollah comme parti politique et représentatif d’une partie des Libanais au Parlement et au Gouvernement, mais qui refuse catégoriquement les armes du Hezbollah comme étant illégales et devraient être remises à l’Etat, le seul chargé de défendre le Liban.

Ma quatrième concerne le nouveau contrat politique réclamé par nous-mêmes et dernièrement par le président Macron. Notre crainte réside dans le fait qu’on discute,  sous la table, un nouveau système politique basé sur une trilogie de chrétiens, sunnites, chiites. C’est une formule de pouvoir que nous refusons catégoriquement car elle renforce le confessionnalisme ; alors que nous réclamons, depuis le Patriarche Hoyek en 1919, la mise en place de l’Etat civil et la promotion de la citoyenneté. Le président Macron a répété ce qu’il avait dit à Baabda hier que la France est attachée au pluralisme du Liban qui « est au fond l’idée de dire que lorsqu’on a décidé d’être citoyen d’un même pays quelque soit son clan, quelque soit sa famille, quelque soit sa religion, quelques soient ses intérêts, on est avant tout citoyen de ce pays, et dans un rapport à l’universel ».

11h40 : Alors que nous discutions de la situation de notre peuple, et particulièrement de la population de Beyrouth, toujours aussi critique à la suite de la double explosion du 4 août, nous avons reçu du Vatican la surprise de l’appel de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II pour « une journée universelle de prière et de jeûne pour le Liban vendredi prochain 4 septembre » à la fin de son audience générale et l’envoi de son Secrétaire d’Etat le Cardinal Parolin au Liban. La nouvelle nous a soulagés et nous a réconfortés dans nos épreuves. Le Pape, le Vatican et l’Eglise, comme d’ailleurs la France de manière spéciale et les pays amis, ne nous abandonnent pas à notre triste sort. Nous avons alors recommandé à tous nos prêtres et religieux d’organiser cette journée de prière et de jeûne dans nos diocèses et nos couvents.

Voici le texte intégral du mot du Pape François qui se retrouve d’ailleurs avec les messages du Saint Pape Jean-Paul II et du président Emmanuel Macron :

 « Chers frères et sœurs,

A un mois de la tragédie qui a touché la ville de Beyrouth, mes pensées vont encore au cher Liban, à sa population particulièrement éprouvée.  Et ce prêtre qui est ici à l’audience, a apporté le drapeau du Liban.   Saint Jean Paul II l’avait dit il y a trente ans à un moment crucial de ce pays. 

Moi aussi aujourd’hui je répète, face aux drames répétés que chacun des habitants de cette terre connaît, nous prenons conscience de l’extrême danger qui menace l’existence même du pays. Le Liban ne peut pas être abandonné à sa solitude.

En plus de cent ans le Liban a été un pays d’espérance même durant les périodes les plus sombres de son histoire. Les Libanais ont gardé leur foi en Dieu et démontré leur capacité de faire de leur terre un lieu de tolérance, de respect, de convivialité continue, unique dans cette région. Le Liban représente plus qu’un Etat ; le Liban est un message de liberté et un exemple de pluralisme, aussi bien pour l’Orient que pour l’Occident. Et pour le bien même de ce pays mais aussi du monde entier, nous ne pouvons pas permettre que ce patrimoine soit perdu. 

J’encourage tous les Libanais à continuer à espérer et à retrouver la force et l’énergie nécessaire pour repartir.  

Je demande aux dirigeants politiques libanais et aux leaders religieux du pays de  s’employer avec sincérité et transparence dans l’œuvre de reconstruction, laissant tomber les intérêts de parties et en considérant le bien commun et l’avenir de cette nation. Je renouvelle aussi l’invitation à la communauté internationale à soutenir ce pays pour l’aider à sortir de la grave crise, sans être impliquée dans les tensions régionales.

Tout particulièrement je m’adresse aux habitants de Beyrouth durement éprouvés :  Reprenez courage, frères, la foi et la prière soient votre force ; n’abandonnez-pas vos maisons et votre héritage ! Ne brisez pas le rêve de ceux qui ont cru en l’avenir d’un pays beau et prospère.

Chers pasteurs, évêques, prêtres, consacrés, hommes et femmes laïcs, continuez à accompagner vos fidèles. Vous évêques et prêtres, je vous demande zèle apostolique ; je vous demande pauvreté, pas de luxe, pauvreté avec votre peuple pauvre qui souffre.   Donnez l’exemple de pauvreté et d’humilité. Aidez votre peuple et vos fidèles à se relever et à être protagonistes d’une nouvelle renaissance. Soyez tous des artisans de concorde et renouez au nom de l’intérêt commun avec une véritable culture de la rencontre, du vivre ensemble dans la paix, dans la fraternité, ce mot si cher à Saint François, la fraternité. Que cette concorde soit un renouveau de l’intérêt commun. Sur ce fondement on pourra assurer la continuité de la présence chrétienne et votre contribution  au pays, au monde arabe et à toute la région, dans un esprit de fraternité entre toutes les traditions religieuses qui existent au Liban.

C’est pour cette raison que je souhaite inviter à vivre une journée universelle de prière et de jeûne pour le Liban vendredi prochain 4 septembre. J’ai l’intention d’envoyer un représentant ce jour-là au Liban pour accompagner la population. Le Secrétaire d’Etat partira au Liban en mon nom. Il ira pour exprimer ma proximité et toute ma solidarité. Offrons nos prières pour tout le Liban et pour Beyrouth. Nous sommes aussi proches avec l’engagement de la charité

Comme dans d’autres occasions semblables, j’invite aussi les frères et sœurs d’autres confessions de traditions religieuses à s’associer à cette initiative dans les modalités qu’ils estimeront les plus opportunes. Et tous ensemble, je vous demande de confier à Marie, Notre-Dame de Harissa, nos angoisses et nos espérances ; qu’elle soit Elle à soutenir ceux qui pleurent leurs proches et à donner du courage à tous ceux qui ont perdu leurs maisons et une partie de leur vie. Qu’Elle intercède auprès du Seigneur Jésus afin que la terre des Cèdres puisse renaître et diffuse le parfum du vivre ensemble dans toute la région du Moyen-Orient.

Maintenant je vous invite, vous tous, à vous mettre debout en silence et à prier pour le Liban en silence ». 

 

Jeudi 3 septembre 2020

09h40 : Je suis à Beyrouth avec le groupe du service de la charité du diocèse qui poursuit sa mission dans la paroisse de Saint Antoine de Padoue dans les quartiers sinistrés. Je suis accompagné par le vicaire général Mgr Pierre Tanios, P. François Harb coordinateur du groupe du Service de la Charité, Dr Charles Zaiter Médecin Maire représentant l’Union des municipalités de Batroun, M. Elie Samarani architecte président de Caritas diocésaine, M. Jospeh Ajaltouni directeur provincial des Conférences de Saint Vincent de Paul, M. Ziad Wakim ingénieur civil représentant les jeunes du Mouvement marial.  

Le curé, Père Dany Jalkh, nous accueille dans son église provisoirement remise en état d’accueillir les fidèles alors que le complexe paroissial, que nous avons visité, est toujours en état sinistre. Après avoir prié ensemble pour les victimes, les blessés et les sinistrés, Père Dany nous a expliqué que 7 familles seulement, sur les 400 familles que compte sa petite paroisse de ce Beyrouth dévasté, logent le soir sur les lieux, alors que les autres viennent le jour pour essayer de déblayer leurs maisons ou appartements et de commencer les réparations. 

Nous sommes partis ensuite, avec le Père Dany, à la rencontre des gens, de ses paroissiens, pour les écouter dire leurs doléances en visitant leurs maisons :

« Nous avons tout perdu ! Et ce que l’explosion du 4 août n’a pas détruit, des malfaiteurs sont venus voler ce qui restait dans nos maisons ! ». « Un mois après le désastre, nous n’avons pas les moyens de réparer nos maisons ou nos appartements. Un grand nombre d’agents de ONG sont venus enquêter sur notre situation en remplissant des formulaires, mais nous n’avons toujours pas de réponses, ni de financement ». « Nos maisons, comme celles du quartier, sont classées monuments historiques. Nous ne pouvons pas y toucher sans la permission de la Direction générale du Patrimoine qui n’a cependant les moyens pour financer les restaurations ».

« Nous ne voulons pas vendre nos maisons et nous ne voulons pas les quitter. Mais que l’on nous aide à y rester et à réparer avant la saison des pluies ». « Nous rendons grâce au Seigneur pour la présence du Père Dany au milieu de nous ».  

A la fin de notre tournée, vers 12h10, nous sommes revenus à l’église pour faire le point avec le Père Dany sur l’aide que nous pouvons apporter. A vrai dire les coûts des réparations sont énormes, mais nous essayons d’assurer une proximité avec les habitants et leur assurer un petit financement mais surtout une main d’œuvre volontaire pour les travaux de réparation. Dimanche prochain je reviendrai célébrer la Messe à Saint Antoine avec des jeunes volontaires de Batroun de toutes les spécialisations et je lancerai une permanence pour assurer l’accompagnement spirituel, social, psychique et familial de ceux que le Père Dany désignera.

Dans l’après-midi, L’envoyé de Sa Sainteté le pape François le Cardinal Secrétaire d’Etat Pietro Parolin arrive à Beyrouth. Il se dirige immédiatement vers le Centre ville, à l’évêché maronite où il est accueilli par S. Exc. Mgr Paul Abdessater, en présence du Nonce apostolique au Liban S. Exc. Mgr Joseph Spiteri ainsi que du Directeur général de l’œuvre d’Orient Mgr Pascal Gollnisch. Ils commencent la visite de la ville dévastée. A la cathédrale maronite de Saint Georges, le Cardinal Parolin rencontre les chefs religieux, chrétiens et musulmans, de la ville. Le Cardinal prononce un mot au nom du pape :

« Nous sommes encore choqués de ce qui s’est passé.  Nous demandons à Dieu de donner sa paix à toutes les victimes… Nous prions pour que Dieu nous fortifie afin de prendre soin de tous ceux qui ont été affectés et pour reconstruire Beyrouth ».  « Le pape François m’a demandé de venir vous rencontrer ».

« Vous n’êtes pas seuls !… Nous sommes à vos côtés en silence et dans la solidarité… A vos côtés, nous trouvons le courage de crier ensemble : “assez”. Notre souffrance peut nous aider à purifier nos intentions et à renforcer notre résolution à vivre ensemble dans la paix et dans la dignité ».

« Ensemble nous pouvons vaincre la violence et toutes les formes d’autoritarisme, en promouvant une citoyenneté inclusive fondée sur le respect des droits et des devoirs fondamentaux ». « Personne ne devrait manipuler les rêves des jeunes générations, mais plutôt faciliter leur participation active dans la construction de la société ». « Puissiez-vous continuer à offrir un exemple de solidarité sincère, fidèle aux traditions libanaises de résilience, de créativité et de soutien mutuel ». Et de répéter l’appel du pape François à la communauté internationale : « Ne laissez pas le Liban seul ! Le Liban a besoin du monde, mais le monde aussi a besoin de l’expérience unique de pluralisme, de convivialité dans la solidarité et dans la liberté, qu’est le Liban. »

Il a ensuite effectué des visites de solidarité aux cathédrales grecque-orthodoxe où il est accueilli par le métropolite Elias Aideh, et grecque-catholique où il est accueilli par le métropolite Georges Bacouni, ainsi qu’à la mosquée Mohammad el-Amine.

A 20h30 : Le Cardinal Parolin est à Notre-Dame du Liban à Harissa pour présider la célébration eucharistique au nom du Pape François. Et face à une assemblée de  jeunes, dont beaucoup en ce moment pensent à l’émigration, (certains avancent le chiffre de 300.000 demandes de visa !), Son Eminence lance : 

 « Vous n’êtes pas seuls dans vos épreuves, le monde entier se solidarise aujourd’hui avec vous ». « Encore très peu, le Liban se transformera en verger, et le verger en forêt », citation du prophète Isaïe. « Je vous invite à reprendre des forces, à tenir bon, à espérer ». Il a ensuite a répété les mots prononcés par le pape la veille en annonçant la Journée de prière et de jeûne : « Reprenez courage, que la foi et la prière soient votre force. N’abandonnez pas vos maisons et votre héritage, ne brisez pas le rêve de ceux qui ont cru à l’avenir d’un pays beau et prospère ».

 

Vendredi 4 septembre 2020

La journée de prière et de jeûne recommandée par Sa Sainteté le pape François est  suivie dans tout le Liban et à tous les niveaux, mais aussi dans le monde, selon les informations qui nous arrivent un peu de partout. Le Cardinal Parolin a adressé un message vocal enregistré de sa voix au nom du pape François :

« Le pape François invite à faire confiance à la fidélité de Dieu, en priant : Seigneur, nous croyons que tu veilles sur ta Parole, pour la réaliser, et nous espérons, contre toute espérance ou tout malheur. Nous Te remercions pour ton amour qui s’est exprimé par la solidarité de nombreuses personnes. Nous Te confions notre pays, le Liban, son peuple, ses leaders religieux et politiques et ses jeunes, afin qu’ils réalisent sa vocation de message de paix et de fraternité à laquelle tu l’as appelé. Amen. »

10h00 : Le Cardinal Parolin commence sa deuxième journée par une visite au président de la République le général Michel Aoun à Baabda où il a insisté sur l’importance de « préserver l’identité du Liban ». Il est descendu à Beyrouth où il s’est arrêté pour « un moment de prière devant les hangars tordus du port de Beyrouth », à l’issue duquel il a déposé une couronne de fleurs contre la rambarde bordant le trottoir. Il a ensuite visité les deux hôpitaux du Rosaire et de Geitaoui où il a félicité  les religieuses et le personnel des deux hôpitaux les considérant comme « les véritables héros de la catastrophe, puisqu’ils ont oublié de panser leurs propres plaies, pour continuer à servir leurs frères et sœurs ». Il a également annoncé qu’une somme de 400 000 euros sera remise à chacun des deux hôpitaux, collectés par L’Œuvre d’Orient. Il a visité aussi l’école du Sacré-Cœur des Frères des Ecoles Chrétiennes à Gemmayzé.

13h00 : Le Cardinal Parolin est arrivé à Bkerké où il était attendu par les Patriarches catholiques du Liban pour une rencontre suivie d’un déjeuner à la table de Sa Béatitude le Patriarche Cardinal Raï. En conversation avec les journalistes, le Cardinal Parolin a répondu à la question de « la neutralité active du Liban » : « C’est une question à l’étude ;  mais il importe que le Liban soit mis à l’abri des conflits externes et il importe essentiellement au Vatican que le Liban préserve son identité et son rôle au Moyen-Orient et dans le monde  comme modèle de vivre ensemble, de pluralisme et de liberté ». Concernant les craintes nourries par les chrétiens du Liban pour leur avenir, il a affirmé : « Je crois que les chrétiens ne doivent avoir aucune crainte. Notre présent et notre avenir sont entre les mains de Dieu. L’expression “ne crains pas” se retrouve souvent dans les Saintes Écritures. Je n’ai fait que le répéter durant mon court séjour. J’ai pris la mesure de vos souffrances. Les destructions que j’ai vues sont inimaginables. Mais j’ai touché du doigt aussi votre volonté de reconstruction et votre désir de repartir. Je suis sûr qu’avec l’aide de Dieu, toutes les épreuves seront surmontées. Le Liban n’est pas seul. Toute l’Église est à ses côtés ».

Après le déjeuner, il s’est rendu dans le quartier de la Quarantaine et s’est arrêté à la caserne des pompiers de Beyrouth qui ont donné dix victimes. Face aux familles endeuillées, le Cardinal était profondément ému ; il a parlé « de gestes qui vont plus loin que les paroles, et de la prière qui traverse toutes les barrières. le Dieu de toute miséricorde est aussi le Seigneur de l’histoire », a-t-il ajouté. Et s’adressant aux religieux et religieuses qui lui ont consigné une lettre adressée au pape François pour « lui transmettre nos cris, nos larmes et nos souffrances de l’enfantement au pris de beaucoup de vies de nos jeunes, ainsi que nos remerciements filiaux », il a dit :

« Vous avez la capacité de vous en sortir et de trouver le chemin, peut-être avec des compromis. Mais vous pouvez le faire avec la grâce de Dieu. Vous l’avez fait par le passé. Les moments de crise sont aussi des moments d’opportunité pour la foi, la croissance et la solidarité. Je transmettrai vos sentiments au pape. On espère qu’il pourra venir et vous réconforter personnellement par une visite ».

Puis il a quitté pour l’aéroport en direction de Rome.

Tous les Libanais vivent dans l’espoir que la visite du pape François se réalisera un jour prochain, comme ont fait ses prédécesseurs Jean Paul II et Benoît XVI à des moments critiques de l’histoire du Liban !

+ Père Mounir Khairallah, évêque de Batroun

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