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LIBAN : journal de bord de Mgr Mounir Kairallah au 18 octobre 2020

Publié le 27 septembre 2020

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Suivez les évènements du Liban grâce au journal de bord que Mgr Mounir Kairallah, évêque du diocèse de Batroun, diocèse jumelé avec celui de Saint-Etienne, publie au fil des semaines dans sa "Lettre aux amis".

 

Dimanche 18 octobre 2020

De nouveau Sa Béatitude le patriarche Raï hausse le ton et accuse directement les responsables et les politiques de « crime » ! Dans son homélie dominicale, s’adresse à la classe avec des mots très sévères : « Responsables et politiques, qui d’entre vous a le luxe de s’offrir du temps pour pouvoir retarder les consultations parlementaires et la formation du cabinet ? Qui d’entre vous a la prérogative de jouer avec la Constitution, le Pacte national, l’accord de Taëf, le système, la vie de la nation, et avec le peuple ? Ôtez vos mains et libérez le gouvernement. Vous êtes responsables d’un crime, celui de placer le pays dans un état de paralysie totale, en plus des conséquences de la pandémie du coronavirus. Personne n’est innocent du sang du Liban qui coule ». Après cette interpellation, il n’y a plus moyen de se dérober ! Les responsables politiques n’ont qu’à répondre positivement aux consultations parlementaires de jeudi prochain pour la désignation du Premier ministre ; et ils n’ont ensuite qu’à faciliter la formation du gouvernement de salut national ; le peuple n’en peut plus ! L’évangile de ce dimanche nous invite à méditer la parabole des dix vierges (Matthieu 25,1-13). Et la leçon que nous donne Jésus est : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ». Quand nous sommes les invités de l’Epoux au Festin du Royaume, et nous vivons dans l’espérance de ce rendez-vous, peu nous importe le jour ou l’heure ! Il ne nous reste qu’à témoigner de cette espérance. Saint Pierre nous dit alors : « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3,15).

Samedi 17 octobre 2020

La révolution populaire fête son premier anniversaire ! Des manifestations sont organisées dans les grandes villes du Liban : Beyrouth, Tripoli, Sayda, Nabatiyeh, Jal El Dib … mais loin de l’élan des premiers jours et des premiers mois. Une certaine déception est notée chez bon nombre de jeunes qui sont découragés face à des dirigeants politiques acharnés à ne donner aucune importance à la révolution et aucune concession et à ne pas bouger pour démarrer les réformes urgentes en vue de remédier aux crises cumulées et redresser la situation catastrophique de leur peuple. « Au départ nous étions enthousiastes, selon une manifestante, mais avec l’entêtement des politiciens, nous sommes fatigués et rien n’a changé ». 

Le geste le plus symbolique a été celui du « flambeau de la révolution » allumé devant le port de Beyrouth à 18h07 (heure exacte de la double explosion qui a ravagé la capitale le 4 août dernier) par quatre torches venues des quatre coins du pays. Il résulte cependant que la révolution se poursuit mais le chemin est encore long vers l’édification d’un nouveau Liban « débarrassé d’une gouvernance délétère et sectaire ». Je ne peux omettre certaines réactions de certains responsables occidentaux appuyant la révolution :

Le secrétaire d’Etat américain, M. Mike Pompeo, a écrit sur Twitter : « Il y a un an, le peuple libanais est descendu dans la rue, réclamant des réformes, une meilleure gouvernance, et la fin de la corruption endémique qui a siphonné l’énorme potentiel du Liban. Son message est clair et sans équivoque. Continuer d’agir comme si de rien n’était est inacceptable ».

La nouvelle ambassadrice de France, Mme Anne Grillo, qui vient de prendre ses fonctions à Beyrouth, a souligné sur Twitter qu’il « est de la responsabilité des forces politiques libanaises de répondre maintenant aux aspirations des Libanais. Il y a un an, des milliers de Libanaises et Libanais, de toutes les régions, descendaient dans la rue. Ils demandaient des réformes pour une société plus juste, un meilleur vivre ensemble et des perspectives concrètes d’avenir », assurant que « la France est toujours prête à accompagner ce changement ».

L’ambassadeur britannique à Beyrouth, M. Chris Rampling, a affirmé dans un message sur les réseaux sociaux que « pour beaucoup de Libanais, l’espoir émergent du soulèvement populaire s’est transformé en désespoir après une année ayant posé des défis inédits, dont la pauvreté, la pandémie et la tragédie inqualifiable du 4 août. Pendant ces derniers mois nous n’avons pas vu une seule avancée sérieuse de la part des autorités en ce qui concerne la transparence, et le futur est trouble ».

Parmi tout ce qui a été écrit ce samedi, j’ai noté en particulier, dans l’Orient-le Jour, une analyse intitulée « vers un réalisme de combat », du professeur Joseph Maila ancien recteur de l’Université catholique de Paris et ancien vice-doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’USJ, professeur de relations internationales à l’Essec (Paris). Une analyse réaliste qui fait apparaître les maux du système politique et de la classe dirigeante obstinée dans sa corruption ; mais aussi l’espérance d’un avenir des effets de la révolution portée par les jeunes ; en saluant au passage l’initiative du Patriarche Raï.

Il dit entre autre :

« Jubilatoire, la révolution commencée il y a un an laisse aujourd’hui un goût amer à ceux qui avaient nourri les espoirs d’un déclassement rapide d’une classe politique dévoyée et la fin d’un système en bout de course à force de dénaturation et de compromissions. Voici venu à présent le temps du réalisme, certes de combat. À l’évidence, le ‘ grand soir’ n’est pas au rendez-vous. La solidarité d’intérêt d’une classe politique rompue aux ficelles de l’atermoiement a tenu. Elle s’est accompagnée de répression brutale et d’impunité. Elle a résisté à la colère populaire et a traité, comme elle a toujours su le faire, les revendications populaires par l’indifférence et son corollaire, le mépris…

Cette capacité de mobilisation populaire, bien que considérablement affaiblie aujourd’hui, a mis à nu le statut moral d’une ‘élite’ politique dominante, désormais aux yeux de tous sans loi ni mœurs… Cette déchéance symbolique de la classe dirigeante libanaise, sans avoir force effective de transformation sur le terrain, a sapé la crédibilité de nombre d’hommes politiques associés au système de la corruption et de l’immoralité publique ambiante… Désormais, le système politique frauduleux en place est avéré…

Le réalisme postsoulèvement conduit à reconnaître que la déconfessionnalisation, pas plus que le départ d’un personnel politique élu, ne sera soudaine ou entière. Le vieux coexistera avec le neuf longtemps. Le communautarisme, si tel est pour beaucoup le facteur responsable de la crise, ne disparaîtra pas de sitôt, même cantonné dans une Chambre haute, pas plus que la transparence et la fin de la corruption ne se réaliseront du jour au lendemain…

C’est le moment de s’orienter dans la réflexion sur le rôle du Liban dans son environnement. Qui veut faire du Liban un ‘Centre pour le dialogue des cultures’ ne peut pas arrimer l’avenir libanais au modèle politique prôné par un régime étranger de nomenclature religieuse moyenâgeuse. C’est là que se situe l’apport courageux et bienvenu du patriarche maronite appelant à une neutralité bien comprise, c’est-à-dire à la nécessité de tenir la souveraineté du pays à distance des aventures régionales.

L’année de la révolution commencée et interrompue n’aura pas été vaine. Elle aura eu le mérite de montrer que questionner les dirigeants dans leurs comportements et leurs pratiques n’est pas un effort inutile, mais bien le commencement d’une entreprise de refondation de la société politique. N’oublions pas que les Libanais sont entrés en révolte face au scandale provoqué par les comportements délictueux de leurs dirigeants.

Leur révolution fut en quelque sorte morale avant de devenir politique. Il ne faudrait pas l’ignorer, mais continuer à œuvrer pour que cet élan premier porté par les jeunes Libanais devienne le sens et le socle de la construction d’un État de justice et de liberté ».  

C’est exactement l’espérance que nous portons toujours grâce à nos jeunes qui nous poussent à agir sans tarder pour un retournement de la situation en vue de l’édification d’un Etat de droit.

Il me revient à l’esprit la réponse de notre concitoyen l’académicien Amin Maalouf au journaliste de l’Orient-Le Jour qui lui demandait le 1 octobre 2020, à la sortie de son nouvel ouvrage « Nos frères inattendus » (Grasset), « Au final, êtes-vous optimiste ou pessimiste sur l’avenir du Liban ? » :

« La lucidité ne doit pas mener au désespoir. Même quand on ne voit pas de lumière au bout du tunnel, il faut continuer à croire qu’il y a une lumière, et qu’un jour on la verra. C’est une règle que j’ai adoptée il y a bien longtemps, et qui me revient à l’esprit dans les moments les plus éprouvants ».

Vendredi 16 octobre 2020

Les Français, mais aussi les Libanais, sont indignés face au crime de cet après-midi : un enseignant d’histoire-géographie, Samuel Paty père de famille de 47 ans, est décapité près du collège où il enseignait, dans un quartier calme de Conflans-Sainte-Honorine, dans la banlieue ouest de Paris, pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet. Son assaillant, Abdoullakh Anzorov, est un réfugié russe d’origine tchétchène de 18 ans. Il a été ensuite abattu par la police. Les réactions de toutes parts condamnent fermement cet acte criminel horrible et remettent sur le tapis la question de la laïcité et de la liberté d’expression. Une affaire à suivre. 

Jeudi 15 octobre 2020

Une journée record pour le Corona virus : 1.550 cas de contamination et la barre des 500 morts franchie. Au quatrième jour d’un nouveau bouclage de près de 170 villes et localités à travers le Liban, décrété par le ministre de l’Intérieur, pour tenter d’enrayer la propagation du coronavirus, le ministère de la Santé a enregistré ces dernières 24 heures le nombre record de 1.550 nouveaux cas de Covid-19. Le nombre de cas cumulés depuis l’apparition de la pandémie au Liban le 21 février s’élève donc désormais à 58.645, dont 501 décès. Au total, 25.694 patients se sont rétablis, alors que 625 personnes sont encore hospitalisées, dont 195 en soins intensifs.

Mercredi 14 octobre 2020

10h30 : Le premier round des négociations entre Israël et le Liban pour délimiter la frontière maritime commence au siège de la Force intérimaire des Nations unies (FINUL) à Naqoura (poste frontalier) sous l’égide de l’ONU et avec la médiation des États-Unis qui ont qualifié cette initiative d’« historique ». 

La délégation libanaise est formée de quatre personnes – deux militaires – le général Bassam Yassine qui occupe actuellement le poste de chef d’état-major adjoint pour les opérations et qui préside la délégation, et le colonel Mazen Basbous qui a occupé le poste d’adjoint du commandant des forces maritimes – ainsi que deux civils – Wissam Chbat, président sortant du conseil d’administration de l’Autorité de l’énergie (LPA, principalement chargée de suivre le dossier des hydrocarbures off-shore au Liban) et Nagib Massihi, un expert en droit international et spécialiste du dossier des frontières maritimes qui collaborait avec le commandement de l’armée dans le domaine de la cartographie, représentent le Liban.

La délégation israélienne est composée de six membres, dont le directeur général du ministère de l’Energie M. Udi Adiri, un conseiller diplomatique du Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef de la direction des Affaires stratégiques de l’armée.

Sont présents aussi M. jan Kubis coordinateur spécial de l’ONU pour le Liban et M. David Schenker Secrétaire adjoint du département d’Etat américain.

Cette première réunion a été qualifiée de préliminaire, le Liban avait obtenu de ne pas prendre des photos officielles. Elle s’est tenue à huis clos et a duré une heure. Quatre  allocutions ont été prononcées en ouverture : celle du général Yassine,  celle de M. Jan Kubis, celle du secrétaire d’Etat adjoint américain pour le Moyen-Orient, David Schenker, et celle du chef de la délégation israélienne, Udi Adiri, Les participants devaient ensuite s’entendre sur le programme des futures rencontres et le mécanisme de négociations. Ils ont décidé que le prochain round aurait lieu le 26 octobre.

Ce mercredi, la médiation a été assurée par David Schenker, arrivé mardi à Beyrouth pour participer à la réunion d’ouverture des négociations à la tête d’une délégation de sept membres. Le diplomate John Desrocher (ex ambassadeur des USA en Algérie et en Irak)  prendra ensuite la relève. La délégation de l’ONU compte, elle, trois membres.

Dans son allocution, le général Bassam Yassine a dit notamment : « Nous sommes ici pour discuter et négocier le tracé de nos frontières sur la base du droit international, de la trêve signée en 1949 et des accords franco-britanniques de Paulet-Newcombe (signés en 1923 et qui tracent la frontière entre le Liban et la Palestine historique à l’époque des mandats français et britannique), qui dessine une ligne partant sur terre de Ras Naqoura et qui se prolonge en mer selon la technique de la ligne médiane ».

De leur côté, le département d’État américain et le bureau du coordinateur spécial de l’ONU pour le Liban, Jan Kubis, ont affirmé dans un communiqué conjoint que les parties ont tenu des pourparlers « productifs » et « réaffirmé leur engagement à poursuivre les négociations plus tard ce mois-ci ».

A peine terminée cette première séance, La délégation libanaise s’est rendue au palais présidentiel de Baabda et le général Yassine a informé le président de la République, le général Michel Aoun, « de la teneur des négociations lors du premier round. La délégation fera de même au terme de chaque étape des pourparlers ».

Il faut dire que le président Aoun n’a pas tenu compte des critiques du tandem chiite Hezbollah-Amal concernant la composition de la délégation libanaise voulant seulement des militaires.

20h20 : M. David Schenker est reçu, à sa demande, par Sa Béatitude le Patriarche Béchara Raï à Bkerké. Une visite surprise, la première après le démarrage des négociations et précédant d’autres visites officielles, qui dit long sur le rôle joué par le Patriarche Raï ces derniers temps et sa reconnaissance par l’administration américaine.

J’ai su par la suite qu’il a mis Sa Béatitude au courant des négociations de Naqoura de ce matin et il a tenu à réaffirmer l’appui de son pays au projet de neutralisation du Liban proposé par le Patriarche.

20h40 : Un communiqué de la présidence de la République annonce le report des consultations parlementaires pour la désignation du Premier ministre qui devaient avoir lieu demain jeudi. En voici le texte :

« Le président libanais Michel Aoun a décidé de reporter les consultations parlementaires contraignantes qui devaient avoir lieu jeudi 15 octobre au jeudi 22 octobre à la demande de certains blocs parlementaires en raison de l’émergence de problèmes qui nécessitent d’être résolus ».

La raison de ce report revient peut-être au refus des deux blocs chrétiens du Courant Patriotique Libre et des Forces libanaises de soutenir la candidature de Hariri, et aussi le bloc de la Rencontre consultative (sunnite).

  1. Berry et Hariri refusent ce report ; mais le président de la République tient à l’équilibre islamo-chrétien dicté par le Pacte national dans la décision gouvernementale.

Il faut noter que ce mercredi fut marqué par la « Journée de la colère » des travailleurs libanais mobilisés dans tout le pays.

Des centaines de travailleurs, notamment de nombreux conducteurs de transports en commun et camionneurs, ont répondu présent à l’appel au débrayage lancé par la Confédération Générale des Travailleurs au Liban (CGTL) afin de protester contre les répercussions de la crise économique et financière et de rejeter toute levée des subventions sur les produits de première nécessité, particulièrement le carburant. Afin de marquer leur colère, les contestataires ont bloqué une série d’axes routiers à travers le pays au moyen de véhicules et organisé plusieurs sit-in devant des lieux considérés comme stratégiques. 

Lundi 12 octobre 2020

  1. Saad Hariri, qui avait annoncé il y a six jours sa candidature à la présidence du Conseil, a commencé ses contacts et consultations pour accélérer le processus de désignation d’un Premier ministre et la formation du gouvernement. C’est inédit qu’un candidat à la présidence du Conseil commence ses consultations avant même sa désignation par les parlementaires.

Dans l’après-midi, il a été reçu par le président de la République le général Michel Aoun à Baabda. A sa sortie, il a déclaré :

« Il n’y a plus de temps à perdre. Il faut former un cabinet sans la présence des forces politiques pour quelques mois, conformément à l’initiative française. Je suis convaincu que l’initiative du président Macron est la seule et dernière opportunité pour enrayer l’effondrement du pays et reconstruire Beyrouth … Tous les gouvernements qui ont été formés sur les bases traditionnelles ont échoué à réformer et ont mené le pays vers le grand effondrement… les réformes évoquées dans la feuille de route de la Résidence des Pins constituent la déclaration ministérielle du nouveau cabinet. La formation d’un tel gouvernement va permettre à M. Macron de mobiliser la communauté internationale pour investir au Liban. Mes positions rejoignent celles du chef de l’Etat. Cela m’encourage à aller de l’avant ».

En début de soirée M. Hariri a été reçu par le président du Parlement M. Nabih Berry. A sa sortie une heure plus tard, M. Hariri a annoncé  sur un ton positif : « M. Berry était clair dans son engagement à respecter les réformes prévues dans l’initiative française, et ceci est rassurant ». Ce que M. Berry a confirmé en déclarant : « Nous avons indiqué à M. Hariri que nous sommes positifs à l’égard de l’initiative de Paris, comme nous l’avons toujours été ».

Allez croire !!! Comment croire une classe politique corrompue qui a perdu toute crédibilité ???

  1. Hariri, considérant suffisants ses deux entretiens personnels, a tenu à annoncer qu’une délégation de sa part, formée de trois députés du Courant du Futur, s’entretiendra dans les prochains jours avec tous les blocs parlementaires « pour assurer qu’elles restent engagées par l’initiative de la France ».

Dimanche 4 octobre 2020

10h00 : Depuis Dimane, Sa Béatitude le patriarche Cardinal Raï a appelé, dans son homélie dominicale, la dernière avant de regagner demain son siège d’hiver à Bkerké, les responsables à « trouver une brèche dans le blocage généralisé – politique, économique et financier du Liban – sans attendre les échéances de l’étranger ».

« Nous sommes dans une situation de blocage, sans gouvernement, sans plan de relance, sans réformes, sans respect de la Constitution, sans honte, et cela doit nous obliger à trouver une brèche sans attendre les échéances étrangères ». « Attendre les aides de l’étranger prouve nos multiples allégeances, envers l’Occident comme l’Orient ». « Nous appelons à former le plus rapidement possible un nouveau gouvernement qui concrétise les aspirations des citoyens. Et nous exhortons les responsables à ne pas chercher à exploiter le coma constitutionnel, les affaires courantes ou la pandémie de coronavirus, pour créer une situation de fait accompli. Nous espérons que les autorités libanaises, qu’elles soient religieuses, politiques ou partisanes, se rassemblent autour des critères de la Constitution et du Pacte national afin de réagir face aux douleurs et besoins des gens et de sortir de la crise profonde ».

12h00, Place Saint Pierre à Rome : Sa Sainteté le pape François nous donne une nouvelle leçon applicable à toutes les époques et à tous les pays, et aussi aux nôtres :

Avant l’angélus, le pape François a expliqué la parabole des vignerons homicides lue à la messe de ce 4 octobre 2020. Il a insisté sur l’exercice de l’autorité selon l’Evangile : « Ce qui est vrai, noble, juste, pur, aimable, honoré; qui est vertu et mérite louange, que tout cela soit l’objet de notre engagement quotidien. C’est l’attitude de l’autorité, et de chacun de nous, qui, même dans sa petitesse, a une certaine autorité ».

« Ce n’est pas beau de voir des personnes qui ont de l’autorité chercher leur propre intérêt ». Et nous dirions la même chose pour nos responsables politiques !

Il a fini par en disant : « Nous nous tournons maintenant vers la Très Sainte Vierge Marie, spirituellement unis aux fidèles rassemblés dans le sanctuaire de Pompéi pour la Supplication, et en ce mois d’octobre nous renouvelons l’engagement à prier le Saint Rosaire ».

22h30 : Pour terminer ce dimanche je voudrais moi aussi renouveler mon engagement avec mon peuple, qui tient tant à l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie en ce mois du Rosaire, à prier le Rosaire. Et citer Mère Teresa de Calcuta :

« Je croyais que la prière changeait les choses. Or j’ai constaté que la prière nous changeait pour que nous puissions nous-mêmes changer les choses autour de nous ». C’est la force de notre espérance !

Samedi 3 octobre 2020

Le ministre de l’Intérieur a réagi à la hausse vertigineuse de cas de contamination de Covid 19. Il vient d’émettre une circulaire décrétant « à partir de demain (dimanche) matin, à 6 heures, et jusqu’au lundi 12 octobre à 6 heures, 111 localités du pays, classées zone rouge sur l’échelle nationale de la classification du Covid-19, seront entièrement bouclées. Les habitants de ces régions sont appelés à rester chez eux, à ne pas circuler ou se mêler à d’autres personnes et à porter le masque lorsqu’ils sont obligés de sortir. Tout au long de cette période, toutes les institutions publiques et sociétés privées de ces villes et villages devront fermer leurs portes. De même, les événements sociaux, les fêtes et les rassemblements seront interdits ».

8h30 – 13h30 : Je préside la première réunion mensuelle des prêtres du diocèse à l’évêché à Kfarhay. Je présente le thème de l’année : « Notre ministère pastoral en temps de crises cumulées – Quelle est notre vision pour ce ministère en fidélité à l’Evangile ? », et aussi le programme de la formation continue durant les neuf mois à venir avec des spécialistes dans le domaine.

J’ai eu aussi l’occasion de présenter une initiative proposée par le diocèse de Saint-Etienne (en France) avec qui nous sommes en jumelage depuis 1998 – son évêque Mgr Sylvain Bataille et le Comité de jumelage – qui consiste à organiser des temps de prière tous les 4 du mois et tous les mardis à 18h05 (en souvenir de la double explosion du Port de Beyrouth le 4 août à 18h05).

Un grand signe d’amitié, de solidarité et d’union ecclésiale ! C’est vraiment encourageant pour nous. Nous sommes tous profondément touchés par ce geste et spirituellement reconnaissants.  

J’ai demandé aux prêtres d’adopter la même initiative dans nos paroisses et nos communautés et de nous unir à nos frères et sœurs du diocèse de Saint-Etienne tous les 4 du mois et tous les mardis à 18h05.  

Merci aussi à tous nos amis, partout dans le monde, qui nous portent dans leurs prières et dans leurs coeurs.

Un autre geste qui nous interpelle : Sa Sainteté le pape François signe à Assise sa troisième encyclique « Fratelli Tutti » sur la fraternité et l’amitié sociale. 

Après l’Evangile extrait de saint Matthieu : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur » Mt 11, 28-29), le pape s’est recueilli en silence, sans prononcer d’homélie. Le silence est parfois plus fort que la parole !

Il a aussi tweeté sur son compte, introduisant son geste : « L’effort pour construire une société plus juste implique une capacité de fraternité, un esprit de communion humaine ».

Quelle leçon !

 Jeudi 1er octobre 2020

Premier jour du mois du Rosaire et Fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus  

La Vierge Marie nous enseigne de ne jamais perdre confiance en son Fils Jésus Christ qui nous aime et nous assure que nous avons au Ciel un Dieu Père qui veille sur nous.

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, la bien-aimée des Libanais, témoigne qu’elle est « au cœur de l’Eglise l’Amour », qu’elle n’a « d’autre désir que d’aimer Jésus jusqu’à la folie » et qu’elle « ne demande de tous les trésors de la terre et du ciel que l’amour ». C’est notre vrai trésor si nous savons « nous aimer les uns les autres comme Jésus nous a aimés !». 

Concernant la situation du Liban, Coup de théâtre surprise !!! Des négociations entre le Liban et Israël !!!

A 15h00 : Le Président de la Chambre M. Nabih Berry annonce, depuis le siège de la présidence du Parlement à Aïn el-Tiné, en présence notamment de la ministre sortante de la Défense, Zeina Acar, le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Joseph Aoun, et le commandant de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), le général Stefano del Col, qu’un accord-cadre a été trouvé sur le mécanisme des négociations entre le Liban et Israël concernant la délimitation de leurs frontières terrestre et maritime communes, une question capitale pour le Liban et ses projets d’exploitation des ressources d’hydrocarbures offshore.

J’emprunte à l’Orient-Le Jour les détails de l’annonce de M. Berry :

« L’accord que j’annonce aujourd’hui est un accord-cadre, pas un accord définitif, traçant la voie aux négociateurs libanais ». M. Berry a affirmé que Beyrouth souhaitait que les discussions se déroulent « dans le cadre du respect de la résolution 1701 » et sans séparation des tracés maritimes et terrestres. Le Liban sera représenté par « l’armée, ses officiers et ses spécialistes » et s’engagera dans les discussions « sous le parrainage du président Michel Aoun et du gouvernement en place », a précisé le président du Parlement, se félicitant que son « travail » sur ce dossier qu’il a pris en charge pendant 10 ans « se termine aujourd’hui ».

Selon les termes de cet accord conclu le 9 juillet dernier, « en ce qui concerne les discussions sur le tracé des frontières maritimes, les réunions auront lieu au siège de la Force intérimaire de l’ONU à Naqoura, au Liban-Sud, sous les auspices du bureau du coordinateur spécial de l’ONU pour le Liban (UNSCOL), qui s’est dit prête à rédiger les comptes-rendus de ces réunions qui seront signés par les deux parties », a détaillé M. Berry, mettant en avant « l’expérience positive » des réunions tripartites qui se déroulent régulièrement à Naqoura entre les armées libanaise et israélienne. « Le Liban et Israël ont demandé aux Etats-Unis de jouer le rôle de médiateur et de facilitateur pour la délimitation des frontières maritimes. Washington a affirmé son intention de ne ménager aucun effort pour aider à construire une atmosphère positive et constructive entre les deux parties et la préserver dans la cadre de ces négociations pour qu’elles aboutissent le plus rapidement possible », a précisé M. Berry. « Lorsqu’un accord sera trouvé entre les deux parties, cet accord sera transmis aux Nations unies. Lorsque des accords seront trouvés sur les frontières maritimes et terrestres, elles seront mises en œuvre conformément au tracé de la Ligne bleue, en ce qui concerne les frontières terrestres, et dans le respect des Zones économiques exclusives (ZEE) ».

« Si un accord sur le tracé est trouvé comme le souhaite le Liban, le pays aura une grande marge de manœuvre sur l’exploitation des ressources offshore dans les blocs 8 et 9 de la ZEE. Cela aidera le Liban sur le sujet de sa dette » abyssale, a estimé M. Berry. « Le Liban a été largement vulnérabilisé mais aujourd’hui, le Liban, son peuple, son armée et sa résistance ne peuvent pas être menacés. Nous voulons nos droits, ni plus, ni moins ».

Le litige frontalier entre le Liban et Israël concerne un triangle de quelque 850 km2 revendiqué par les deux pays comme appartenant à leurs propres ZEE. Cette zone se trouve au niveau du bloc 9 de la ZEE libanaise. Pour ce bloc et le bloc 4 (qui se trouve au nord non loin des côtes de Batroun), le Liban a attribué des licences d’exploration et de production d’hydrocarbures offshore, au terme d’une procédure d’appel d’offres remportée par le consortium ENI (Italienne) –TOTAL (Française) et NOVATEK (Russe). Il faut dire que ces trois sociétés avaient commencé leur forage maritime dans le bloc 4 début 2020, mais s’étaient très vite arrêtées sans explication officielle. Nous avions deviné la pression américaine à cause de son absence de ce marché !!!

 

Lors de cette annonce, nous avons découvert un M. Berry tout à fait transformé ! Il est apparu beaucoup plus conciliant :

–          Il a cité nommément l’Etat d’Israël (sans parler d’Etat ennemi) en acceptant des négociations directes sous l’égide des Nations Unies et la supervision des Etats-Unis qui joueront « le rôle de médiateur et de facilitateur ».   

–          Il a même fait appel au président Macron pour faire pression sur la société TOTAL pour revenir et reprendre ses forages dans la mer libanaise.

–          Il se dit avoir accompli son devoir et remet la responsabilité des négociations au Président de la République selon la Constitution ; voulant dire qu’il est enfin décidé à respecter la Constitution, ce qu’il n’a pas fait jusque-là !

Israël, de son côté a confirmé la tenue prochaine de ces « négociations directes qui  se tiendront après la fête juive de Souccot qui se termine le 10 octobre, dans une base de la Finul à Naqoura, au Liban-Sud », selon un communiqué du bureau du ministre de l’Energie israélien, Youval Steinitz.

De son côté, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazy, a remercié dans un communiqué son homologue américain « Mike Pompeo et son équipe pour leurs efforts dévoués qui ont mené à des négociations directes entre Israël et le Liban ».

Le Secrétaire d’Etat américain M. Mike Pompeo a salué « l’accord historique conclu sous l’égide des Etats-Unis ».  Cette entente « est le résultat de près de trois ans d’efforts diplomatiques intense ». « L’accord entre les deux parties sur un cadre commun pour des discussions maritimes permettra aux deux pays d’entamer des pourparlers, qui peuvent aboutir à plus de stabilité, de sécurité et de prospérité pour les Libanais comme pour les Israéliens ». «  C’est une étape cruciale qui sert les intérêts du Liban et d’Israël, de la région, et des Etats-Unis ». 

Après cette annonce de M. Pompeo, un communiqué de la Présidence de la République à Baabda est publié pour affirmer que « le chef de l’Etat le général Michel Aoun va prendre en charge les négociations conformément à l’article 52 de la Constitution selon lequel le président de la République négocie les traités, en commençant par former l’équipe libanaise de négociation. Le président Aoun  exprime  l’espoir que la partie américaine poursuive sa médiation impartiale ».

Est-ce un signe de Dieu par l’intercession de Marie Notre-Dame du Liban et Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ???

Concernant le Covid 19, le Liban a franchi aujourd’hui la barre symbolique des 40.000 cas cumulés depuis l’apparition dans le pays de la pandémie de coronavirus le 21 février, le bilan s’établissant désormais à 40 868 contaminations. Au cours des dernières 24 heures, 1 248 nouveaux cas de Covid-19 et sept décès supplémentaires ont ainsi été enregistrés, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. Le nombre de décès cumulés est de 374 désormais. Au total, 18 152 patients se sont rétablis.

Le président de la Commission parlementaire de la Santé, M. Assem Araji, a déploré « une propagation sans précédent et hors de contrôle du coronavirus », regrettant que « le ministère de l’Intérieur n’applique pas les circulaires qu’il émet ».

Lundi 28 septembre 2020

Nous venons de recevoir de la part du diocèse maronite d’Australie et de son évêque Mgr Antoine Charbel Tarabay (originaire de notre diocèse) dix tonnes de blé, en 400 portions, à distribuer aux familles qui désirent planter du blé pour les jours difficiles qui s’annoncent. Le Gouverneur de la Banque du Liban et le ministre de l’Economie ont annoncé il y a quelques jours qu’ils devaient lever la contribution de l’Etat au financement des matières premières essentielles dont la population a besoin : denrées alimentaires essentielles dont le blé et autres céréales, produits pétroliers et médicaments en provenance de l’étranger.    

C’est un geste de solidarité que Mgr Tarabay a fait aussi à tous les diocèses du Liban. Nos Maronites et nos Libanais d’Australie, comme d’ailleurs ceux du Canada, des Etats-Unis et de l’Europe, mais aussi les amis du Liban à travers le monde, redoublent leurs efforts en ce moment pour exprimer leur proximité et leur solidarité avec leurs frères et sœurs du Liban et de Beyrouth.

Nous les protons dans nos prières.  

Dimanche 27 septembre 2020

« Mais celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-ci sera sauvé » (Mt. 24, 13).

Voilà la leçon de ce dimanche, qui a pour titre « le commencement des douleurs » dans Matthieu 24, 1-14, après la grande déception, encore une, de la récusation de M. Adib.

« Vous allez entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres. Attention ! Ne vous alarmez pas : il faut que cela arrive, mais ce n’est pas encore la fin ».

Jésus nous fait confiance et nous donne confiance et courage.

Je crois qu’on n’est pas encore arrivé à la fin, au stade de la grande déception des apôtres et des disciples après la crucifixion et la mort  du Christ ! Ils avaient cru que tout était fini ! Mais qui tiendra jusqu’à la fin sera sauvé !!!

Nous avons encore à tenir bon. Nous en sommes conscients et nous nous accrochons à notre forte espérance qu’avec nos jeunes nous pourrons reconstruire un Etat et un pays dignes de la mission du Liban, Pays-message !

20h00 : J’ai tenu à ne pas terminer cette semaine et envoyer ma Lettre aux Amis sans avoir rendu compte de la conférence de presse du président français Emmanuel Macron qu’il a tenue à l’Elysée à 19h20, heure libanaise, au sujet du Liban et tant attendue par les Libanais et leurs amis français aussi, et qui s’est prolongée avec des questions-réponses jusqu’à 20h25.

Il a été franc, droit et sévère envers les dirigeants libanais qu’il a accusés d’avoir « trahi leurs engagements » et qu’il a rendus responsables de l’échec de l’initiative française de dernière chance pour le sauvetage du Liban. Il a été aussi très dur, direct et même menaçant envers le Hezbollah et le mouvement Amal. Mais il n’a pas rendu son tablier ! Il a assuré  que « l’initiative française visant à sortir le pays de sa crise restait sur la table ». Il n’a pas omis de saluer la force et le courage du peuple libanais en assurant qu’il ferait tout pour lui fournir l’aide nécessaire et un « soutien inconditionnel » pour la reconstruction.

Voici quelques extraits que nous avons empruntés à l’Orient-Le Jour :

« Seule l’extraordinaire force du peuple libanais a permis au pays de préserver ce qui pouvait encore l’être. La France a été à ses côtés dès les premières heures et le sera toujours. Cette force et cette amitié indéfectibles ont été prises en otage par les jeux mortifères de la corruption et de la terreur de la classe politique. Les forces politiques libanaises, leurs dirigeants, les dirigeants des institutions libanaises n’ont pas souhaité respecter l’engagement pris devant la France et la communauté internationale. Ils ont décidé de trahir cet engagement. Les différentes parties ont fait le choix de faire primer leurs intérêts personnels, de condamner le Liban au chaos au lieu de bénéficier de l’aide internationale dont le peuple libanais a besoin ». « Personne n’a été à la hauteur des engagements pris le 1er septembre. Aucun d’entre vous ne peut gagner contre les autres ». « Je prends acte de cette trahison collective. Les partis libanais portent l’entière responsabilité de cet échec, et elle sera lourde ». « J’ai honte pour les dirigeants libanais ».

Revenant sur les difficultés rencontrées dans le processus de formation du gouvernement, il a reproché notamment l’inclusion dans les tractations « d’un critère confessionnel », introduit par M. Hariri, qui n’était pas prévu dans le cadre de l’initiative française. Il a reproché au mouvement Amal et au Hezbollah d’avoir décidé, « explicitement que rien ne devait changer ». « A chaque étape, ils ont dit qu’ils voulaient nommer leurs ministres et le président Berry a reconnu que c’était une décision du Hezbollah ».

Déplorant qu’« un mois ait été perdu » et que cela risquait de « déstabiliser la région », le président français a tout de même accordé un délai de « de la dernière chance » pour la formation d’un nouveau cabinet et le respect des engagements. Il a garanti que « la feuille de route » présentée par la France le 1er septembre, et qui contient une série de réformes, « demeure ». « Elle est la seule initiative prise sur le plan national, régional et international, elle n’est pas retirée de la table, mais des actions sont indispensables, il appartient maintenant aux responsables libanais de saisir cette dernière chance eux-mêmes ». Il a aussi indiqué qu’il réunirait « d’ici vingt jours l’ensemble des membres du groupe international de soutien au Liban pour consolider l’unité de la communauté internationale sur les prochaines étapes ». La première « sera d’exiger que les résultats de l’enquête sur les causes de l’explosion du 4 août soit enfin établie et rendue publique et que les responsables soient désignés ».

« Notre engagement à l’égard des Libanais ne cessera pas et sur le plan du soutien aux Libanais et de la reconstruction, notre soutien est inconditionnel ». « Sur le plan international, nous allons réunir le Groupe international de soutien (GIS) pour avoir l’accord de la communauté internationale sur la feuille de route ». « D’ici un mois, un mois et demi, nous ferons le bilan des avancées. S’il n’y a aucune avancée sur le plan interne, alors nous serons obligés d’envisager une nouvelle phase. Un gouvernement de mission est encore possible, ou aller dans une voie plus systémique, de recomposition politique au Liban. Je pense qu’elle est aujourd’hui très aventureuse, mais peut-être qu’elle nous sera imposée à ce moment-là ».

Il a réitéré son appel à un « gouvernement de mission » capable de lancer des réformes « sur l’énergie, le port et les attributions des marchés, de mener l’audit de la Banque centrale et des banques privés ». Il a souligné qu’il fallait « réussir à créer un système de confiance. Il faut injecter une aide internationale massive, mais dans un système assaini dans lequel on a confiance ». « Personne ne remettra de l’argent tant que ceux qui ont mené à ce système crapuleux seront là, tant que le système sera tenu par les mêmes, et avec les mêmes règles ».

Enfin il a fait valoir que « le Hezbollah ne peut en même temps être une armée en guerre contre Israël, une milice déchaînée contre les civils en Syrie et un parti respectable au Liban. Il ne doit pas se croire plus fort qu’il ne l’est. Il doit montrer qu’il respecte les Libanais dans leur ensemble et il a montré le contraire ces derniers jours ». « Il existe actuellement deux lignes directrices qui peuvent être suivies concernant le pays : S’engager derrière notre initiative ou la politique du pire, qui consiste à dire qu’il faut déclarer maintenant la guerre au Hezbollah et que le Liban s’effondre avec le Hezbollah ». « J’ai décidé de ne pas suivre cette seconde voie parce que je pense qu’elle est irresponsable mais, aujourd’hui, le choix est entre les mains du Hezbollah et du président Berry : celui de la démocratie et de l’intérêt du Liban ou celui du pire ».

 Que dire après tout cela ? Que Dieu miséricordieux rende conscience à nos responsables, bénisse tous ceux qui volent à notre secours et nous donne la force de garder l’espérance et le courage de tenir jusqu’ à la fin.

« Et celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-ci sera sauvé » !

Samedi 26 septembre 2020

11h25 : le Premier ministre désigné Moustafa Adib sort d’un entretien avec le Président Aoun pour annoncer qu’il rendait son tablier en terminant par ces paroles : « Que Dieu protège le Liban ! ».

« Lorsque j’ai été désigné par une large majorité de députés (…), j’ai accepté cette mission en affirmant que je ne dépasserais pas un délai de deux semaines pour la formation d’un gouvernement restreint, de sauvetage, doté d’une mission de réforme précise basée sur les demandes des Libanais (…), à travers une équipe formée d’experts connus pour leur expérience, leur indépendance et leur non affiliation à des partis politiques. Des experts qui ne seraient pas nommés par ceux-ci. J’étais optimiste, étant donné que tous ces critères avaient été approuvés par les principaux groupes parlementaires qui s’étaient engagés dans ce sens devant le président français Emmanuel Macron, qui avait alors lancé une initiative de sauvetage du pays (…). Mais lorsque le processus de formation du gouvernement a atteint ses étapes finales, il s’est avéré que l’accord sur la base duquel j’avais accepté cette mission nationale (…) ne tenait plus. Sachant que les critères que j’ai fixés pour la formation du gouvernement sont désormais voués à l’échec, et parce que j’ai à cœur la cohésion nationale, je me récuse. Je remercie le président Aoun et les anciens Premiers ministres qui m’ont soutenu dans ma mission. Et je présente mes excuses aux Libanais qui comprennent mon incapacité à réaliser des réformes. Que Dieu protège le Liban ! ».

Le président Aoun a remercié M. Adib et a accepté sa récusation. Car hier vendredi à 17h00 M. Adib était à Baabda pour présenter sa récusation, mais le président Aoun lui avait demandé 24h00 pour tenter un dernier essai. 

Déception et colère chez les Libanais, même si nous attendions cette décision depuis quelques jours. Impossible d’attendre quoi que ce soit de cette classe politique pourrie et corrompue qui insiste à se cramponner au pouvoir et aux intérêts personnels !!!

Les Libanais, de toute appartenance, sont descendus dans les rues à Beyrouth, à Sayda et à Tripoli, et même à Antélias et Jalleddib tentant de reprendre le souffle de la révolution du 17 octobre 2019.

Jeudi 24 septembre 2020     

Le Liban a enregistré ces dernières 24 heures 1.027 nouveaux cas de Covid-19 (dont 21 en provenance de l’étranger) et un seul décès, selon le dernier bilan en date du ministère de la Santé publié jeudi. Ces chiffres font grimper à 32.805 le nombre de cas cumulés depuis l’apparition de la pandémie dans le pays en février, dont 329 décès. Au total, 14.085 patients se sont rétablis, alors que 492 personnes sont encore hospitalisées, dont 139 en soins intensifs. Dans ce contexte de recrudescence des cas, la commission chargée du suivi des mesures de prévention contre le coronavirus au Liban a recommandé le report de 14 jours de la rentrée scolaire en présentiel, initialement prévue le 28 septembre. « Au vu de la hausse du taux de tests positifs au-dessus de 8%, ce qui constitue un grave danger de santé publique, qui peut engendrer une propagation du virus dans le secteur éducatif, la commission recommande un report de 14 jours du début de l’enseignement en présentiel, à l’exception des examens officiels.  

Une recommandation avalisée par le ministre sortant de l’Education, Tarek Majzboub.

Mercredi 23 septembre 2020

J’ai présidé à Kfarabida les funérailles de Mgr Paul Féghali, chorévêque maronite décédé le dimanche 20 septembre à 85 ans. Sa Béatitude le Patriarche Cardinal Raï, m’a chargé de le représenter aux adieux de Mgr Féghali, un grand homme de notre diocèse, en présence d’un nombre restreint d’évêques, de prêtres, de religieux, de religieuses et de la famille en raison des précautions prises pour la pandémie de Covid 19.

Mgr Féghali, que beaucoup de Français et de Libanais connaissent, est un homme biblique exceptionnel connu pour mission au service de la Parole de Dieu.

L’ayant connu et suivi de très près – au Liban, à Paris puis de nouveau au Liban – je peux témoigner de sa grandeur.

La première étape de sa vie sacerdotale (1962-1969) a été connue par sa soif pour la science, les connaissances et l’acquisition de diplômes (licences et masters en philosophie, en théologie, en littérature française, au Liban, et doctorats en théologie biblique et en sciences des religions à Paris de l’Institut Catholique et de la Sorbonne, et plusieurs diplômes en langues anciennes). Mais aussi pour sa passion pour l’enseignement dans les lycées publics de Bécharré et Batroun par son ministère presbytéral dans le diocèse patriarcal à Bécharré et Batroun, et à la paroisse Saint Médard de Paris (1977-1979).

La deuxième étape de sa vie (1979-2019) a été distinguée par l’enseignement, la production notamment biblique et la prédication. Il a été professeur d’archéologie et de langues anciennes à l’Université libanaise et de bible à l’Université du Saint-Esprit de Kaslik, l’Université Antonine, l’Université de la Sagesse, l’Institut de Saint Paul, et plusieurs Centres de formation religieuse permanente à travers le Liban, au Caire à Amman et au Soudan. Il a été pour plusieurs années Directeur des études au Grand Séminaire Patriarcal Maronite de Ghazir.

Concernant sa production, il a plus de 400 livres et 3.000 articles écrits en arabe ; ce qui a fait de lui une grande référence biblique pour tous les pays arabes.

Concernant la prédication, il a mené des séries de programmes pour la formation biblique dans différentes radios et télévisions libanaises et arabes.

Il a été aussi président de l’Amicale du Clergé au Liban, président de la Ligue biblique au Liban et la Ligue biblique en Orient.    

J’ai eu la chance de le suivre et de profiter de son expérience et de ses connaissances : j’ai été après lui dans le diocèse de Batroun, à la paroisse Saint Médard de Paris, et avec lui au Séminaire de Ghazir, à l’Amicale du Clergé et dans le diocèse de Batroun.

Je ne peux pas l’oublier dans mes prières et je lui resterai redevable pour le riche répertoire biblique qu’il nous laisse et la voix qui retentira toujours dans nos églises à l’exemple de Saint Paul auquel « le Seigneur dit une nuit dans une vision : Sois sans crainte, continue de parler, ne te tais pas » (Actes 18,9). C’est d’ailleurs la devise que Mgr Féghali a prise pour sa mission sur la terre !

Dimanche 20 septembre 2020

L’évangile du jour est révélateur de la situation que nous vivons :

La demande de Jacques et Jean (Marc 10, 35-45)

« Accorde-nous de siéger dans ta gloire l’un à ta droite et l’autre à ta gauche ».

Et Jésus de répondre : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? ». Et puisque « les dix autres se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean », comme s’ils voulaient tous les premières places, même dans le Royaume, Jésus leur dit : « Vous le savez, ceux qu’on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. Il n’en est pas ainsi parmi vous. Au contraire, si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. Et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. Car le Fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Si nous avions des oreilles pour entendre, et si nos responsables libanais pouvaient en prendre conscience et prendre une leçon !   

11h00 : Lors de la Messe du quarantième de Joseph Roukoz, décédé à la suite de l’explosion du port, à Qartaba (le quatrième de cette même ville de la montagne de Jbayl), j’ai commenté ce passage de l’évangile en interpellant nos responsables par la bouche de Jésus :

« Si nous, peuple de Dieu, sommes appelés à boire la coupe avec Jésus et à être baptisés par la mort pour mériter la résurrection avec Lui, nos responsables à quoi sont-ils appelés ? Jésus leur dit : Vous chefs des nations qui dominez et détenez le pouvoir, vous êtes appelés à porter vos responsabilités jusqu’au bout et selon vos consciences. Vous pensez uniquement à détenir le pouvoir et vous vous faites la guerre pour partager les quotes-parts ! Il ne reste plus de parts à partager ! Le Liban est devenu victime et l’Etat aussi ! Que voulez-vous alors ? Cela suffit ! Nos martyrs et notre peuple vous disent : Dieu vous aime comme Il nous aime. Revenez à vos consciences et repentez-vous. Dédommagez au peuple ce que vous lui avez volé au cours de décennies. Dieu vous attend pour vous pardonner. Ne perdez pas cette chance. Sinon vous irez au « châtiment éternel » (Mt. 25, 46).     

Sa Béatitude le patriarche Raï, quant à lui a été beaucoup plus loin dans son homélie de la Messe annuelle, pour la 24ème année consécutive, pour les martyrs de la Résistance libanaise à Notre-Dame d’Ilige à Mayfouq :

« A quel titre une communauté réclame-t-elle un ministère, comme s’il lui appartenait, et entrave la formation du gouvernement jusqu’à obtenir ce qu’elle veut, provoquant ainsi une paralysie politique ? Où est disparue l’entente des forces politiques pour la réforme qui consiste à former un gouvernement restreint de salut, des ministres technocrates et indépendants et la rotation dans les ministères ? Où la Constitution permet-elle un monopole sur un portefeuille ministériel ? L’article 95 de la Constitution précise que les fonctions de la Première catégorie, y compris les ministères, sont réparties équitablement  moitié-moitié entre chrétiens et musulmans sans monopole pour l’une ou l’autre confession. Nous refusons pour des raisons constitutionnelles et non communautaires l’exclusivité et le monopole ».

Et en s’adressant au Premier ministre désigné M. Moustapha Adib, il dit : « Nous vous appelons à respecter la Constitution et aller de l’avant dans la formation du gouvernement attendu par le peuple. Il n’est donc pas question de se résigner aux conditions, ni de retarder ni de jeter l’éponge. Ceux qui vous ont nommé vous soutiendront. Formez votre gouvernement et que le Parlement décide. Vous n’êtes pas seul. Nous ne sommes pas prêts à accepter des concessions sur le dos des particularités libanaises et de la démocratie. Nous ne sommes pas prêts à examiner un changement de système avant que toutes les composantes du pays n’entrent dans le giron de la légitimité. Pas de changement au sein de l’État en présence de mini-États et d’une partie surarmée ».  

Jeudi 10 septembre 2020

Encore le Port de Beyrouth ! C’est Incroyable !

A 13h30, Un incendie d’est déclaré dans un entrepôt de pneus et d’huiles de moteurs, dans la zone franche du port. Le feu s’est propagé à une vitesse vertigineuse et une épaisse fumée noire a recouvert le ciel de Beyrouth le plongeant de nouveau dans une ambiance apocalyptique. Les Beyrouthins sont pris de panique craignant une réédition du scénario de la catastrophe du 4 août.

Les pompiers et la Croix Rouge sont vite accourus sur les lieux, alors que l’armée  appelait les employés du port et les habitants des quartiers environnants à quitter les lieux.

La raison de cet incendie ? Encore « des travaux de soudure dans un hangar », disent les responsables. Mais ils nous prennent pour des idiots ?!

Le président de la République Michel Aoun convoque à Baabda une réunion urgente du Conseil Supérieur de la Défense à 19h00, alors que le feu est presque maîtrisé.

« L’incendie d’aujourd’hui peut être un acte de sabotage ou le résultat d’une erreur technique, d’une ignorance ou d’une négligence, et dans tous les cas, la cause doit être connue le plus tôt possible et les auteurs doivent rendre des comptes », a déclaré le président Aoun, lors de cette réunion.

  1. Fabrizio Carboni, directeur du Comité International de la Croix-Rouge au Proche et Moyen-Orient, s’est exprimé dans l’après-midi déclarant : « Images choquantes du port de Beyrouth. Le hangar en feu contient des milliers d’unités alimentaires et un demi-million de litres d’huile. L’étendue des dégâts reste à déterminer. Notre opération humanitaire risque d’être sérieusement compromise ».

Depuis Paris, l’Elysée a fait dire que « la présidence suivait la situation de près ». « La France a des moyens sur place, nous sommes évidemment prêts à répondre aux besoins si nécessaire ».

Pour terminer cette journée, et en attendant toujours la formation du nouveau gouvernement, je ne peux que m’arrêter sur l’évangile de ce jour en Luc 17, 20-33 sur la venue du Règne de Dieu :

« Les Pharisiens lui demandèrent : Quand donc vient le Règne de Dieu ? Il leur répondit : le Règne de Dieu ne vient pas comme un fait observable. En effet le Règne de Dieu est parmi vous. Puis il dit à ses disciples : On vous dira : Le voilà, le voici. Ne partez pas, ne vous précipitez pas … Et comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de l’homme : On mangeait, on buvait, on prenait femme, on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, alors le déluge vint et les fit tous périr. Ou aussi comme il en fut aux jours de Lot : On mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ; mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit tomber du ciel une pluie de feu et de soufre et les fit tous périr. Il en ira de la même manière le Jour où le Fils de l’homme se révélera. … Qui cherchera à conserver sa vie la perdra et qui la perdra la sauvegardera ».

Réussirons-nous à comprendre que tout est éphémère dans cette vie mondaine et qu’il peut être perdu en quelques secondes ?    

Réussirons-nous à comprendre que nous avons tous à nous repentir, à nous convertir, à changer notre style de vie et à porter notre croix avec le Fils de l’homme, Jésus Christ, pour mourir avec Lui et mériter avec Lui la résurrection à une Vie nouvelle ?

C’est toute notre espérance que nous mettons dans les mains du Seigneur.

+ Père Mounir Khairallah, Évêque de Batroun

Mardi 8 septembre 2020

Le Premier ministre italien, M. Giuseppe Conte, est en visite rapide au Liban. Cette visite est accueillie avec satisfaction par les Libanais qui se sentent unis aux Italiens, comme aux Français, par des liens historiques religieux, culturels, économiques et parentaux.

Déjà avant lui, le gouvernement italien avait envoyé, au lendemain de l’explosion du port, le ministre de la Défense M. Lorenzo Guerini qui avait donné le coup d’envoi de l’opération humanitaire « Emergenza Cedri » dans le cadre de laquelle un hôpital de campagne aux capacités avancées a été mis en place à Beyrouth et un détachement du génie militaire a été dépêché pour aider aux opérations de déblaiement. Il a été suivi du ministre des Affaires étrangères M. Paolo Gentiloni.

M. Conte a fait le tour traditionnel des responsables de l’Etat, puis il a tenu à rencontrer la population de Beyrouth et à faire un tour dans le port dévasté

Dans une interview à l’Orient-le Jour, il a déclaré :

« Ma visite fait suite à deux autres effectuées par des membres du gouvernement italien au Liban depuis la tragique explosion au port de Beyrouth. Elle constitue un témoignage concret de la solidarité italienne envers le Liban et son peuple, auxquels nous sommes depuis toujours unis par une profonde amitié et un partenariat historique… Le Liban a urgemment besoin d’un gouvernement qui jouit de la confiance de la population et avec lequel la communauté internationale peut travailler pour la reconstruction. J’espère que le processus en cours pour la formation d’un nouveau cabinet pourra se conclure prochainement et qu’un programme urgent de réformes sera mis en place pour répondre aux aspirations légitimes du peuple libanais. Je partagerai ce message avec tous mes interlocuteurs officiels… La communauté internationale est engagée à fond pour aider le Liban à se lancer dans un processus politique qui devrait l’aider à régler la crise, surtout la crise de confiance ».  

 

Au Vatican, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat et envoyé personnel du Pape François, parle de ses impressions après son voyage au Liban. Il s’est confié à l’agence italienne ANSA et au Site Zénit déclarant :  

« La visite a été vraiment très, très émouvante. J’ai été profondément touché. Il y a deux aspects que je voudrais souligner. Le premier, c’est la destruction ! Quelqu’un l’a qualifiée d’apocalyptique. Je pense que c’est l’adjectif qui convient à la situation. Il y a eu une bombe, je ne sais pas si c’était une bombe atomique ou non, mais dont la force, m’a-t-on dit, a même été assourdie par la présence de la mer ; l’explosion a été, d’une certaine façon, absorbée par la mer, mais là où elle est tombée, elle a causé d’énormes destructions.

Et j’aimerais également souligner le sentiment de douleur, le sentiment de souffrance que j’ai vu lors de mes rencontres avec les familles des victimes. Il y avait une femme qui a perdu trois membres de sa famille, son mari, son frère et son beau-frère qui faisaient partie du groupe de pompiers envoyés sur place après la première explosion.

La deuxième chose dont je voudrais parler, c’est la grande volonté de redémarrer, de recommencer dès que possible. J’ai donc perçu la douleur, la perplexité causées par ce malheur qui ajoute encore aux nombreux problèmes qui touchaient déjà le Liban, mais j’ai compris qu’il y a un grand désir de repartir. Et j’ai été très heureux de voir la proximité de l’Eglise. L’Eglise est vraiment proche des gens ».

Et à la question d’un possible voyage du pape au Liban, il a répondu :

« Un grand nombre de personnes ont demandé que le pape se rende au Liban. Je suppose que si elles l’ont demandé, cela signifie que les conditions, y compris la sécurité, devraient permettre au pape d’y aller. Maintenant, le problème, c’est la Covid-19. Un voyage ne sera pas possible tant que cette situation durera ».

Dimanche 6 septembre 2020

9h45 : Je suis à Beyrouth pour célébrer la Messe à Saint Antoine de Padoue de Gemmayzé, accompagné d’une délégation de jeunes du diocèse (du Mouvement Marial des Congrégations et du Mouvement Marial Apostolique). Père Dany Jalkh, curé, nous attendait avec les fidèles que les circonstances ont permis de venir. Nos jeunes ont aidé à chanter la Messe comme pour les grands jours.  

Dans mon homélie

« Avec grande émotion je suis avec vous ce matin, au nom de votre évêque qui m’a permis de venir partager votre drame, vos épreuves, vos souffrances, mais aussi votre foi et votre espérance. Je suis là pour prier avec vous pour le repos de vos victimes, la guérison de vos blessés et pour le retour des sans-abri. Je suis là pour vous dire comme a dit Jésus à la femme pécheresse : votre foi vous a sauvés !

Nous avons vécu avec vous, même de loin, la catastrophe qui s’est abattue sur vous le 4 août, vous qui êtes les voisins les plus proches du port, et nous avons apprécié combien le Seigneur était présent en chacun de vous, car la double explosion aurait dû causer des milliers de victimes. Or des milliers de jeunes accourus de tout le Liban, et les nôtres parmi eux, sont venus vous donner une main et vous exprimer leur solidarité. Sa Sainteté le pape François, lors de l’audience générale de mercredi dernier, s’est arrêté, a embrassé le drapeau libanais et, en versant des larmes précieuses, vous a dit : ‘n’abandonnez-pas vos maisons et votre héritage ! Ne brisez pas le rêve de ceux qui ont cru en l’avenir d’un pays beau et prospère. Votre pays  représente plus qu’un Etat. Le Liban est un message de liberté et un exemple de pluralisme, aussi bien pour l’Orient que pour l’Occident ‘. Et deux jours après, son envoyé spécial au Liban le Cardinal Parolin vous a répété : ‘N’ayez pas peur ! Nous reconstruirons avec vous Beyrouth’.

Il nous reste aujourd’hui de hausser la voix et de s’adresser aux responsables en leur disant : ‘Dieu le Père vous aime, vous aussi, comme Il a aimé Zachée et la femme pécheresse, vous pardonne tous vos péchés et désire votre salut. Repentissez-vous donc, tant que Dieu vous offre l’occasion, réparez vos offenses et dédommagez ceux que vous avez volés et rendez le quadruple à ceux à qui vous avez fait tort; car vous aussi vous êtes les fils d’Abraham et vous avez votre place au Royaume ». 

Après la Messe, je suis resté avec mon groupe de Batroun écouter les doléances des fidèles de  la paroisse. Ils nous ont répété ce que les autres nous avaient dit jeudi dernier lors de notre tournée.

Nous avons constaté que :

1-      Très peu de familles (7 familles sur 400) restent sur les lieux, alors que les autres vont chercher refuge en dehors de Beyrouth chez des membres de la famille ou des amis, et reviennent le jour réparer leurs maisons.

2-      Les habitants du quartier sont dégoutés des promesses vides de la part des ONG ou des associations officielles, et de la distribution des colis alimentaires, de pain et de l’eau. Ils attendent plutôt des subventions pour réparer leurs maisons ou leurs appartements pour revenir y habiter avant la saison des pluies. Ils se demandent : où sont parties les aides internationales qui arrivent au Liban ?

3-      Le coût des restaurations est très élevé vu la crise économique et monétaire et la dévaluation de la Livre libanaise face au dollar et tout est coté en dollar. Ceci en plus que la zone est classée patrimoine historique, et il est difficile d’obtenir le permis de restaurer sous conditions….

Nous avions décidé, après notre tournée de jeudi, de contribuer, selon nos pauvres moyens, à aider des familles, l’une après l’autre, à restaurer leurs maisons ou appartements et leur donner la possibilité de revenir y habiter.  

A Dimane, Sa Béatitude le Patriarche Raï secoue le Premier ministre et l’invite à former au plus vite son gouvernement :

« Monsieur le Premier ministre désigné, formez un gouvernement d’urgence, réduit, qualifié et fort, qui se démarque par son sérieux, et composé de ministres compétents ; un gouvernement qui ait confiance en soi et obtienne la confiance du peuple, sa seule garantie. La période cruciale que traverse le Liban, frappé par une multitude de crises, oblige la mise sur pied d’un gouvernement qui vienne du peuple et travaille pour le peuple. Il ne doit pas être lié à une monopolisation des portefeuilles et ne doit pas consacrer la politique du partage des quote-parts ni l’hégémonie d’une partie spécifique. La période cruciale que nous traversons nécessite la formation d’un gouvernement qui négocie de manière responsable avec le Fonds monétaire international, lance des réformes efficaces et tient le Liban à l’écart des conflits. Il   devra assurer la reconstruction de Beyrouth et du port et mette un terme à l’exode des familles et des jeunes générations ». 

Etant parti de l’évangile du jour, « la Femme pécheresse » (Luc 7, 36-50), Sa Béatitude dit que le repentir de la femme pécheresse, le pardon obtenu et la transformation de sa vie sont un appel à nous tous, et en particulier à la classe politique. Cette dernière ne peut continuer son mode de vie après l’explosion du port de Beyrouth et la dégradation aggravée de la situation économique, monétaire, sociale et vitale des citoyens ; ce qui nécessite la formation au plus vite d’un gouvernement qui soit à la hauteur de l’événement ». 

Depuis Paris, le ministre français des Affaires étrangères M. Jean-Yves le Drian, est revenu à la charge lors d’une interview à la presse, en affirmant :

« Les Libanais doivent mettre en œuvre des réformes. Tout le monde sait les réformes qu’il faut faire et la France doit ensuite parallèlement aider à la reconnaissance de ces réformes par la communauté internationale. Chacun est dans son rôle ; nous, nous sommes dans un rôle d’ami et je constate aussi à cet égard que la communauté internationale a valorisé, soutenu les efforts du président Macron que ce soit les Nations Unies ou le pape ».Lettre aux Amis du 5 septembre 2020

Vendredi 4 septembre 2020

La journée de prière et de jeûne recommandée par Sa Sainteté le pape François est  suivie dans tout le Liban et à tous les niveaux, mais aussi dans le monde, selon les informations qui nous arrivent un peu de partout. Le Cardinal Parolin a adressé un message vocal enregistré de sa voix au nom du pape François :

« Le pape François invite à faire confiance à la fidélité de Dieu, en priant : Seigneur, nous croyons que tu veilles sur ta Parole, pour la réaliser, et nous espérons, contre toute espérance ou tout malheur. Nous Te remercions pour ton amour qui s’est exprimé par la solidarité de nombreuses personnes. Nous Te confions notre pays, le Liban, son peuple, ses leaders religieux et politiques et ses jeunes, afin qu’ils réalisent sa vocation de message de paix et de fraternité à laquelle tu l’as appelé. Amen. »

10h00 : Le Cardinal Parolin commence sa deuxième journée par une visite au président de la République le général Michel Aoun à Baabda où il a insisté sur l’importance de « préserver l’identité du Liban ». Il est descendu à Beyrouth où il s’est arrêté pour « un moment de prière devant les hangars tordus du port de Beyrouth », à l’issue duquel il a déposé une couronne de fleurs contre la rambarde bordant le trottoir. Il a ensuite visité les deux hôpitaux du Rosaire et de Geitaoui où il a félicité  les religieuses et le personnel des deux hôpitaux les considérant comme « les véritables héros de la catastrophe, puisqu’ils ont oublié de panser leurs propres plaies, pour continuer à servir leurs frères et sœurs ». Il a également annoncé qu’une somme de 400 000 euros sera remise à chacun des deux hôpitaux, collectés par L’Œuvre d’Orient. Il a visité aussi l’école du Sacré-Cœur des Frères des Ecoles Chrétiennes à Gemmayzé.

13h00 : Le Cardinal Parolin est arrivé à Bkerké où il était attendu par les Patriarches catholiques du Liban pour une rencontre suivie d’un déjeuner à la table de Sa Béatitude le Patriarche Cardinal Raï. En conversation avec les journalistes, le Cardinal Parolin a répondu à la question de « la neutralité active du Liban » : « C’est une question à l’étude ;  mais il importe que le Liban soit mis à l’abri des conflits externes et il importe essentiellement au Vatican que le Liban préserve son identité et son rôle au Moyen-Orient et dans le monde  comme modèle de vivre ensemble, de pluralisme et de liberté ». Concernant les craintes nourries par les chrétiens du Liban pour leur avenir, il a affirmé : « Je crois que les chrétiens ne doivent avoir aucune crainte. Notre présent et notre avenir sont entre les mains de Dieu. L’expression “ne crains pas” se retrouve souvent dans les Saintes Écritures. Je n’ai fait que le répéter durant mon court séjour. J’ai pris la mesure de vos souffrances. Les destructions que j’ai vues sont inimaginables. Mais j’ai touché du doigt aussi votre volonté de reconstruction et votre désir de repartir. Je suis sûr qu’avec l’aide de Dieu, toutes les épreuves seront surmontées. Le Liban n’est pas seul. Toute l’Église est à ses côtés ».

Après le déjeuner, il s’est rendu dans le quartier de la Quarantaine et s’est arrêté à la caserne des pompiers de Beyrouth qui ont donné dix victimes. Face aux familles endeuillées, le Cardinal était profondément ému ; il a parlé « de gestes qui vont plus loin que les paroles, et de la prière qui traverse toutes les barrières. le Dieu de toute miséricorde est aussi le Seigneur de l’histoire », a-t-il ajouté. Et s’adressant aux religieux et religieuses qui lui ont consigné une lettre adressée au pape François pour « lui transmettre nos cris, nos larmes et nos souffrances de l’enfantement au pris de beaucoup de vies de nos jeunes, ainsi que nos remerciements filiaux », il a dit :

« Vous avez la capacité de vous en sortir et de trouver le chemin, peut-être avec des compromis. Mais vous pouvez le faire avec la grâce de Dieu. Vous l’avez fait par le passé. Les moments de crise sont aussi des moments d’opportunité pour la foi, la croissance et la solidarité. Je transmettrai vos sentiments au pape. On espère qu’il pourra venir et vous réconforter personnellement par une visite ».

Puis il a quitté pour l’aéroport en direction de Rome.

Tous les Libanais vivent dans l’espoir que la visite du pape François se réalisera un jour prochain, comme ont fait ses prédécesseurs Jean Paul II et Benoît XVI à des moments critiques de l’histoire du Liban !

+ Père Mounir Khairallah, évêque de Batroun

Jeudi 3 septembre 2020

09h40 : Je suis à Beyrouth avec le groupe du service de la charité du diocèse qui poursuit sa mission dans la paroisse de Saint Antoine de Padoue dans les quartiers sinistrés. Je suis accompagné par le vicaire général Mgr Pierre Tanios, P. François Harb coordinateur du groupe du Service de la Charité, Dr Charles Zaiter Médecin Maire représentant l’Union des municipalités de Batroun, M. Elie Samarani architecte président de Caritas diocésaine, M. Jospeh Ajaltouni directeur provincial des Conférences de Saint Vincent de Paul, M. Ziad Wakim ingénieur civil représentant les jeunes du Mouvement marial.  

Le curé, Père Dany Jalkh, nous accueille dans son église provisoirement remise en état d’accueillir les fidèles alors que le complexe paroissial, que nous avons visité, est toujours en état sinistre. Après avoir prié ensemble pour les victimes, les blessés et les sinistrés, Père Dany nous a expliqué que 7 familles seulement, sur les 400 familles que compte sa petite paroisse de ce Beyrouth dévasté, logent le soir sur les lieux, alors que les autres viennent le jour pour essayer de déblayer leurs maisons ou appartements et de commencer les réparations. 

Nous sommes partis ensuite, avec le Père Dany, à la rencontre des gens, de ses paroissiens, pour les écouter dire leurs doléances en visitant leurs maisons :

« Nous avons tout perdu ! Et ce que l’explosion du 4 août n’a pas détruit, des malfaiteurs sont venus voler ce qui restait dans nos maisons ! ». « Un mois après le désastre, nous n’avons pas les moyens de réparer nos maisons ou nos appartements. Un grand nombre d’agents de ONG sont venus enquêter sur notre situation en remplissant des formulaires, mais nous n’avons toujours pas de réponses, ni de financement ». « Nos maisons, comme celles du quartier, sont classées monuments historiques. Nous ne pouvons pas y toucher sans la permission de la Direction générale du Patrimoine qui n’a cependant les moyens pour financer les restaurations ».

« Nous ne voulons pas vendre nos maisons et nous ne voulons pas les quitter. Mais que l’on nous aide à y rester et à réparer avant la saison des pluies ». « Nous rendons grâce au Seigneur pour la présence du Père Dany au milieu de nous ».  

A la fin de notre tournée, vers 12h10, nous sommes revenus à l’église pour faire le point avec le Père Dany sur l’aide que nous pouvons apporter. A vrai dire les coûts des réparations sont énormes, mais nous essayons d’assurer une proximité avec les habitants et leur assurer un petit financement mais surtout une main d’œuvre volontaire pour les travaux de réparation. Dimanche prochain je reviendrai célébrer la Messe à Saint Antoine avec des jeunes volontaires de Batroun de toutes les spécialisations et je lancerai une permanence pour assurer l’accompagnement spirituel, social, psychique et familial de ceux que le Père Dany désignera.

Dans l’après-midi, L’envoyé de Sa Sainteté le pape François le Cardinal Secrétaire d’Etat Pietro Parolin arrive à Beyrouth. Il se dirige immédiatement vers le Centre ville, à l’évêché maronite où il est accueilli par S. Exc. Mgr Paul Abdessater, en présence du Nonce apostolique au Liban S. Exc. Mgr Joseph Spiteri ainsi que du Directeur général de l’œuvre d’Orient Mgr Pascal Gollnisch. Ils commencent la visite de la ville dévastée. A la cathédrale maronite de Saint Georges, le Cardinal Parolin rencontre les chefs religieux, chrétiens et musulmans, de la ville. Le Cardinal prononce un mot au nom du pape :

« Nous sommes encore choqués de ce qui s’est passé.  Nous demandons à Dieu de donner sa paix à toutes les victimes… Nous prions pour que Dieu nous fortifie afin de prendre soin de tous ceux qui ont été affectés et pour reconstruire Beyrouth ».  « Le pape François m’a demandé de venir vous rencontrer ».

« Vous n’êtes pas seuls !… Nous sommes à vos côtés en silence et dans la solidarité… A vos côtés, nous trouvons le courage de crier ensemble : “assez”. Notre souffrance peut nous aider à purifier nos intentions et à renforcer notre résolution à vivre ensemble dans la paix et dans la dignité ».

« Ensemble nous pouvons vaincre la violence et toutes les formes d’autoritarisme, en promouvant une citoyenneté inclusive fondée sur le respect des droits et des devoirs fondamentaux ». « Personne ne devrait manipuler les rêves des jeunes générations, mais plutôt faciliter leur participation active dans la construction de la société ». « Puissiez-vous continuer à offrir un exemple de solidarité sincère, fidèle aux traditions libanaises de résilience, de créativité et de soutien mutuel ». Et de répéter l’appel du pape François à la communauté internationale : « Ne laissez pas le Liban seul ! Le Liban a besoin du monde, mais le monde aussi a besoin de l’expérience unique de pluralisme, de convivialité dans la solidarité et dans la liberté, qu’est le Liban. »

Il a ensuite effectué des visites de solidarité aux cathédrales grecque-orthodoxe où il est accueilli par le métropolite Elias Aideh, et grecque-catholique où il est accueilli par le métropolite Georges Bacouni, ainsi qu’à la mosquée Mohammad el-Amine.

A 20h30 : Le Cardinal Parolin est à Notre-Dame du Liban à Harissa pour présider la célébration eucharistique au nom du Pape François. Et face à une assemblée de  jeunes, dont beaucoup en ce moment pensent à l’émigration, (certains avancent le chiffre de 300.000 demandes de visa !), Son Eminence lance : 

 « Vous n’êtes pas seuls dans vos épreuves, le monde entier se solidarise aujourd’hui avec vous ». « Encore très peu, le Liban se transformera en verger, et le verger en forêt », citation du prophète Isaïe. « Je vous invite à reprendre des forces, à tenir bon, à espérer ». Il a ensuite a répété les mots prononcés par le pape la veille en annonçant la Journée de prière et de jeûne : « Reprenez courage, que la foi et la prière soient votre force. N’abandonnez pas vos maisons et votre héritage, ne brisez pas le rêve de ceux qui ont cru à l’avenir d’un pays beau et prospère ».

Mercredi 2 septembre 2020

9h30 : Nous sommes à Dimane pour la réunion mensuelle de l’Assemblée des Evêques maronites sous la présidence de Sa Béatitude le Patriarche Raï.

Après la prière, Sa Béatitude nous met au courant de sa rencontre avec le président français M. Macron. Il a dit notamment :

« Entouré de son ministre des Affaires étrangères M. Jean-Yves Le Drian, de l’ambassadeur de France au Liban M. Bruno Foucher, et du Directeur général de l’Oeuvre d’Orient M. Pascal Gollnisch, le président Macron nous a accueilli à la Résidence des Pins, là où le général Henri Gouraud avait prononcé, il y a cent ans, la Déclaration du ‘Grand Liban’ réclamé par le Vénérable Patriarche Elias Hoyek au Congrès de Versailles à la fin de la Première Guerre mondiale. Je lui ai présenté le ‘Mémorandum sur le Liban et la neutralité active’, et je lui ai demandé si la France appuie la neutralité du Liban. Il m’a répondu : oui, nous sommes avec la neutralité qui fait partie de la mission et du rôle du Liban dans la région.

Je lui ai parlé ensuite de nos appréhensions majeures :

La première concerne les réfugiés syriens. Nous considérons qu’ils sont des citoyens syriens et ils ne doivent pas perdre leur nationalité, leur appartenance et leur pays. Il faut qu’ils rentrent et qu’ils regagnent leur terre. Le président Macron a avancé des raisons politiques comme conditions au retour des réfugiés.

La deuxième concerne l’éducation. Vu le rôle séculaire de l’Eglise dans l’Education et la Culture en partenariat avec la France, le Liban compte sur l’aide de la France pour permettre aux institutions scolaires et universitaires de réparer les dégâts et reprendre leur mission au service des citoyens libanais et non libanais. Le président Macron a promis de redoubler l’aide de la France dans ce domaine.   

La troisième concerne le Hezbollah. Les armes du Hezbollah sont illégales et devaient être remises à l’Etat selon les accords de Taëf (1989) et la nouvelle Constitution. C’est un facteur de déséquilibre national qui empêche les Libanais de se rencontrer autour d’une même table pour discuter de leur avenir. Le président Macron a répété la position de la France qui est celle de considérer le Hezbollah comme parti politique et représentatif d’une partie des Libanais au Parlement et au Gouvernement, mais qui refuse catégoriquement les armes du Hezbollah comme étant illégales et devraient être remises à l’Etat, le seul chargé de défendre le Liban.

Ma quatrième concerne le nouveau contrat politique réclamé par nous-mêmes et dernièrement par le président Macron. Notre crainte réside dans le fait qu’on discute,  sous la table, un nouveau système politique basé sur une trilogie de chrétiens, sunnites, chiites. C’est une formule de pouvoir que nous refusons catégoriquement car elle renforce le confessionnalisme ; alors que nous réclamons, depuis le Patriarche Hoyek en 1919, la mise en place de l’Etat civil et la promotion de la citoyenneté. Le président Macron a répété ce qu’il avait dit à Baabda hier que la France est attachée au pluralisme du Liban qui « est au fond l’idée de dire que lorsqu’on a décidé d’être citoyen d’un même pays quelque soit son clan, quelque soit sa famille, quelque soit sa religion, quelques soient ses intérêts, on est avant tout citoyen de ce pays, et dans un rapport à l’universel ».

11h40 : Alors que nous discutions de la situation de notre peuple, et particulièrement de la population de Beyrouth, toujours aussi critique à la suite de la double explosion du 4 août, nous avons reçu du Vatican la surprise de l’appel de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II pour « une journée universelle de prière et de jeûne pour le Liban vendredi prochain 4 septembre » à la fin de son audience générale et l’envoi de son Secrétaire d’Etat le Cardinal Parolin au Liban. La nouvelle nous a soulagés et nous a réconfortés dans nos épreuves. Le Pape, le Vatican et l’Eglise, comme d’ailleurs la France de manière spéciale et les pays amis, ne nous abandonnent pas à notre triste sort. Nous avons alors recommandé à tous nos prêtres et religieux d’organiser cette journée de prière et de jeûne dans nos diocèses et nos couvents.

Voici le texte intégral du mot du Pape François qui se retrouve d’ailleurs avec les messages du Saint Pape Jean-Paul II et du président Emmanuel Macron :

 « Chers frères et sœurs,

A un mois de la tragédie qui a touché la ville de Beyrouth, mes pensées vont encore au cher Liban, à sa population particulièrement éprouvée.  Et ce prêtre qui est ici à l’audience, a apporté le drapeau du Liban.   Saint Jean Paul II l’avait dit il y a trente ans à un moment crucial de ce pays. 

Moi aussi aujourd’hui je répète, face aux drames répétés que chacun des habitants de cette terre connaît, nous prenons conscience de l’extrême danger qui menace l’existence même du pays. Le Liban ne peut pas être abandonné à sa solitude.

En plus de cent ans le Liban a été un pays d’espérance même durant les périodes les plus sombres de son histoire. Les Libanais ont gardé leur foi en Dieu et démontré leur capacité de faire de leur terre un lieu de tolérance, de respect, de convivialité continue, unique dans cette région. Le Liban représente plus qu’un Etat ; le Liban est un message de liberté et un exemple de pluralisme, aussi bien pour l’Orient que pour l’Occident. Et pour le bien même de ce pays mais aussi du monde entier, nous ne pouvons pas permettre que ce patrimoine soit perdu. 

J’encourage tous les Libanais à continuer à espérer et à retrouver la force et l’énergie nécessaire pour repartir.  

Je demande aux dirigeants politiques libanais et aux leaders religieux du pays de  s’employer avec sincérité et transparence dans l’œuvre de reconstruction, laissant tomber les intérêts de parties et en considérant le bien commun et l’avenir de cette nation. Je renouvelle aussi l’invitation à la communauté internationale à soutenir ce pays pour l’aider à sortir de la grave crise, sans être impliquée dans les tensions régionales.

Tout particulièrement je m’adresse aux habitants de Beyrouth durement éprouvés :  Reprenez courage, frères, la foi et la prière soient votre force ; n’abandonnez-pas vos maisons et votre héritage ! Ne brisez pas le rêve de ceux qui ont cru en l’avenir d’un pays beau et prospère.

Chers pasteurs, évêques, prêtres, consacrés, hommes et femmes laïcs, continuez à accompagner vos fidèles. Vous évêques et prêtres, je vous demande zèle apostolique ; je vous demande pauvreté, pas de luxe, pauvreté avec votre peuple pauvre qui souffre.   Donnez l’exemple de pauvreté et d’humilité. Aidez votre peuple et vos fidèles à se relever et à être protagonistes d’une nouvelle renaissance. Soyez tous des artisans de concorde et renouez au nom de l’intérêt commun avec une véritable culture de la rencontre, du vivre ensemble dans la paix, dans la fraternité, ce mot si cher à Saint François, la fraternité. Que cette concorde soit un renouveau de l’intérêt commun. Sur ce fondement on pourra assurer la continuité de la présence chrétienne et votre contribution  au pays, au monde arabe et à toute la région, dans un esprit de fraternité entre toutes les traditions religieuses qui existent au Liban.

C’est pour cette raison que je souhaite inviter à vivre une journée universelle de prière et de jeûne pour le Liban vendredi prochain 4 septembre. J’ai l’intention d’envoyer un représentant ce jour-là au Liban pour accompagner la population. Le Secrétaire d’Etat partira au Liban en mon nom. Il ira pour exprimer ma proximité et toute ma solidarité. Offrons nos prières pour tout le Liban et pour Beyrouth. Nous sommes aussi proches avec l’engagement de la charité

Comme dans d’autres occasions semblables, j’invite aussi les frères et sœurs d’autres confessions de traditions religieuses à s’associer à cette initiative dans les modalités qu’ils estimeront les plus opportunes. Et tous ensemble, je vous demande de confier à Marie, Notre-Dame de Harissa, nos angoisses et nos espérances ; qu’elle soit Elle à soutenir ceux qui pleurent leurs proches et à donner du courage à tous ceux qui ont perdu leurs maisons et une partie de leur vie. Qu’Elle intercède auprès du Seigneur Jésus afin que la terre des Cèdres puisse renaître et diffuse le parfum du vivre ensemble dans toute la région du Moyen-Orient.

Maintenant je vous invite, vous tous, à vous mettre debout en silence et à prier pour le Liban en silence ». 

Mardi 1er septembre 2020

La journée de la commémoration du premier centenaire de la Déclaration du Grand Liban commence pour le président Macron à 9h30 dans la forêt des Cèdres de Jaj (une des plus anciennes du Liban où on a tiré les cèdres destinés à la construction du temple du roi  Salomon à Jérusalem), dans les hauteurs de Jbayl-Byblos, où il est arrivé en hélicoptère pour une petite cérémonie au cours de laquelle il a planté un cèdre.

Il s’est ensuite envolé pour Beyrouth où il s’est rendu dans le secteur dévasté du port pour s’entretenir avec des représentants de l’ONU et des ONG locales sur le porte-hélicoptères « Le Tonnerre » (arrivé le 14 août). A l’issue de la rencontre, il a déclaré : « Il faut qu’on continue à mobiliser toute la communauté internationale (…) Je suis prêt à ce qu’on réorganise, autour peut-être de mi-fin octobre, une conférence internationale de soutien avec les Nations unies ». « Je suis tout à fait prêt même à l’accueillir à Paris (…), qu’on puisse à nouveau demander un soutien à tous les Etats pour financer les besoins sur le terrain ». 

Après un tour dans les quartiers dévastés d’Achrafieh où il a écouté les doléances des citoyens, il s’est rendu au palais présidentiel de Baabda où le président Aoun a offert un déjeuner en son honneur en présence de tous les leaders politiques et des ambassadeurs des pays européens et de certains pays arabes.

Au cours du déjeuner, M. Macron a prononcé un discours, émouvant et imbibé de l’histoire de l’amitié franco-libanaise, qui restera pour l’histoire. J’ai réussi à obtenir l’enregistrement de ce discours qui n’a pas été diffusé à la presse. Voici le texte intégral :

« Merci Monsieur le Président, merci à vous tous, de nous accueillir aujourd’hui avec cette délégation composée de plusieurs ministres, de parlementaires, de fonctionnaires, de militaires, d’humanitaires, d’artistes, d’entrepreneurs, vu la richesse qui est la nôtre et la volonté d’être au côté du Liban aujourd’hui.

Vous l’avez rappelé, Monsieur le Président ; c’est un bel anniversaire, c’est un centenaire qui se tient quelques jours à peine après la terrible explosion du 4 août dernier. Vous rappeliez les termes de Gouraud lors de la fondation du Grand Liban, espoir et fierté. Dans ce discours très court, il appelait chacun à servir au-dessus des ses intérêts particuliers ; ce qui est d’ailleurs le principal message de son discours ; et il est d’une actualité aussi virulente que cruelle. Je ne sais ce que donneront les prochaines semaines et les prochains mois. Je sais une chose : c’est que si cet appel à dépasser les intérêts personnels n’est pas exaucé, même cent ans après, la promesse sera trahie, parce que votre pays est une promesse. Une promesse pour lui-même, un pays frère et ami pour le nôtre.

Et cette amitié ne se justifie pas simplement à travers des dates, des engagements, des destins croisés, même si c’est énorme, à travers tant de destins de femmes et d’hommes, artistes, intellectuels, entrepreneurs, contemporains ou passés ; c’est parce qu’il y a quelque chose dans ce message que le Liban est dans le cœur de la France, un amour inconditionnel de la liberté, un attachement à l’égalité entre les citoyens, et un attachement à ce qu’on appelle le pluralisme ; et c’est au fond l’idée de dire que lorsqu’on a décidé d’être citoyen d’un même pays quelque soit son clan, quelque soit sa famille, quelque soit sa religion, quelques soient ses intérêts, on est avant tout citoyen de ce pays, et dans un rapport à l’universel.

Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, tout particulièrement dans cette région, le message du Liban est encore plus important qu’il y a cent ans , car vous en êtes sans doute parmi les derniers dépositaires, alors que ce qui n’a pas été réussi par d’autres avant dans des temps plus faciles le soit aujourd’hui par vous parce que c’est vous dans des temps plus durs presque impossibles. Nous, nous serons là avec la même amitié, la même fidélité ; fidélité dans cette histoire et dans ce qui l’unit ; c’est une exigence de la souveraineté et de l’amour inconditionnel de la liberté.

Voilà ce que je voulais vous dire en cette journée. Elle n’est pas une simple célébration, mais je l’espère profondément le début d’une nouvelle ère

Vive le Grand Liban, vive le Liban, vive l’amitié entre le Liban et la France ».  

Dans l’après-midi, il a visité l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth, un établissement en première ligne dans la lutte contre le Covid-19. 

Puis il est revenu à la Résidence des Pins pour rencontrer les responsables politiques du Liban qu’il avait rencontrés lors de sa première visite. Mais avant ce rendez-vous, il a tenu à rencontrer, à 18h30, notre Patriarche maronite le Cardinal Béchara Raï qui lui a remis le « Mémorandum sur le Liban et la neutralité active », en présence du ministre des Affaires étrangères M. Jean-Yves le Drian et l’ambassadeur de France au Liban M. Bruno Foucher et le Directeur général de l’Oeuvre d’Orient Mgr Pascal Gollnisch.

A 19h00, il a rencontré les leaders politiques en leur consignant « la Feuille de route de la France – Le programme du nouveau gouvernement » qui contient les lignes directrices des réformes à effectuer, « une condition sine qua non pour que le Liban obtienne l’aide internationale promise ».

Je les résume comme suit :

1)      La lutte contre le Covid 19 et la protection sociale.

2)      L’urgence de remédier aux conséquences de l’explosion du 4 août au niveau de l’aide humanitaire internationale et de sa gouvernance dans la transparence, ainsi que la poursuite de l’enquête indépendante sur les causes de l’explosion.

3)      Les réformes urgentes : le secteur de l’électricité et de l’énergie, le Capital Control, la gouvernance publique et une meilleure gestion de la Banque centrale et du système bancaire, l’indépendance de la Justice.

La lutte contre la corruption et la contrebande et la réforme des douanes (des mesures à prendre en l’espace d’un mois). 

La réforme des marchés publics et la coopération entre les secteurs public et privé (des mesures à prendre en l’espace d’un mois).

Les finances publiques : le vote d’une loi, en l’espace d’un mois, qui rectifie les comptes publics et revoie les dépenses de 2020 ainsi que la préparation du budget de 2021.

4)      Les élections : le nouveau gouvernement réformera la loi électorale de sorte à impliquer la société civile et organisera des élections législatives dans un délai d’un an au maximum.

Ce n’est qu’à 22h30, qu’il a tenu sa conférence de presse avant de quitter le Liban.

Lundi 31 août 2020

A 9h00 : Le président Michel Aoun entame au palais de Baabda les consultations parlementaires devant amener à la nomination du Premier ministre, en commençant par les anciens Premiers ministres qui avaient déjà déclaré dans la nuit qu’ils proposeraient le nom du Dr Moustafa ADIB de Tripoli. Les différents blocs parlementaires sont passés successivement à Baabda ; mais on savait déjà qu’il y avait un consensus sur le nom du Dr Adib.

A 13h30 : le Directeur général de la présidence de la République annonce que le président Aoun vient d’appeler Dr Moustafa Adib pour lui signifier, en présence du président du Parlement M. Nabih Berry, comme le veut la Constitution, les résultats des consultations (90 voix sur 120 pour Adib, seul le bloc des Forces libanaises avait nommé M. Nawwaf Salam) et sa nomination comme Nouveau Premier ministre du Liban

Dr Moustafa Adib est né (curieusement) le 31 août 1972 à Tripoli, deuxième capitale du Liban. Marié avec une française et père de cinq enfants.

Titulaire de diplômes en droit et en sciences politiques de Montpellier – France, il a débuté sa carrière en l’an 2000 comme professeur de droit public international à l’Université libanaise et dans d’autres universités au Liban et en France. En 2004, il devient président du Centre d’études stratégiques pour le Moyen-Orient, au sein duquel il a conduit de nombreuses études dans le domaine politique. Il est président de l’Association libanaise de droit international (ALDI).

De 2000 à 2004, il a été directeur de cabinet de Najib Mikati, alors ministre des Travaux Publics. En 2011, il a été directeur de cabinet de M. Mikati au moment de son deuxième mandat à la tête du gouvernement. Puis tiré de son poste de professeur à l’Université libanaise pour être nommé, hors cadre, ambassadeur du Liban en Allemagne en 2013.

Et de l’Allemagne qu’il est appelé à être Premier ministre à un moment crucial de l’histoire du Liban.

Que dire de cette nomination ? Il est tôt de juger. Mais on peut déjà avancer, à son avantage qu’il est nommé par les anciens Premiers ministres (sunnites) et la majorité des députés sunnites qui le soutiendront, et la majorité des autres blocs parlementaires qui ont acquiescé ! Il est un universitaire, un homme d’Etat et un diplomate reconnu pour sa compétence, sa loyauté, sa transparence et son ouverture. Il faut compter aussi sa formation française qui fait de lui un homme d’analyse et de méthode.

Et à son inconvénient, on peut dire qu’il risque d’être à la solde de ceux qui l’ont nommé, donc qui les couvrira par la suite, avec son gouvernement, de tout jugement pour leur passé (car ils font partie de la classe politique corrompue),  et de ne pas être tout à fait indépendant et libre de ses décisions qui seraient, pourtant, décisives pour l’avenir du  Liban et pour la crédibilité de son gouvernement. Ils le chargent donc de mettre en marche immédiatement les réformes exigées à condition de ne plus revenir en arrière pour demander des comptes et juger ceux qui ont pillé le trésor public et l’argent des citoyens !   

Attendons de voir.  

Tout de suite après sa nomination, et à l’issue de son entretien avec le président Aoun, le nouveau Premier ministre a fait une courte déclaration :

« En ces circonstances, notamment après la double explosion meurtrière de Beyrouth le 4 août dernier, le temps n’est plus aux paroles, aux promesses ou aux espérances. Le temps est à l’action, avec la coopération de tous, pour que le pays se rétablisse et pour que le peuple retrouve la confiance en l’avenir, car l’inquiétude est grande ». « L’opportunité qui s’offre à nous est mince. Nous voulons former une équipe de travail homogène, formé d’experts et de personnes compétentes, et lancer rapidement, en coopération avec le Parlement, les réformes nécessaires face à la crise économique et financière, avec comme point de départ un accord avec le Fonds monétaire international ».

Il a ensuite rapidement quitté Baabda pour se dirigé vers les quartiers de Gemmayzé et de Mar Mikhaël, dévastés par la double explosion du 4 août.

Aux journalistes qui l’ont suivi, il a affirmé qu’il voulait « effectuer cette visite par solidarité avec les Beyrouthins ». « Il n’y a pas de mots pour exprimer l’ampleur de la dévastation ».

« Nous espérons que la reconstruction se fera le plus rapidement possible et que les résultats de l’enquête sur les causes de l’explosion puissent être présentés rapidement devant l’opinion publique ».

Certains habitants de ces quartiers ont accepté de parler brièvement avec lui alors que d’autres ont refusé de lui adresser la parole et ont scandé « Révolution ! » à son passage.

21h00 : le président Emmanuel Macron arrive au Liban pour une deuxième visite en trois semaines ! Son avion atterrit à l’aéroport de Beyrouth. Il est Accompagné du ministre des Affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian, et du ministre des Solidarités et de la Santé, M. Olivier Véran. A son arrivée il a écrit sur Twitter le message suivant, émouvant et encourageant pour les Libanais :

« Libanais, vous êtes comme des frères pour les Français. Je vous en ai fait la promesse : je reviens à Beyrouth pour faire le point sur l’aide d’urgence et bâtir avec vous les conditions de la reconstruction et de la stabilité ».

Il a été accueilli par le président le général Michel Aoun, avec qui il a eu un entretien au salon d’honneur. Puis il a déclaré aux journalistes :

« Je suis heureux de revenir, comme je l’avais promis, au Liban et d’être ici ce soir à Beyrouth, comme je m’y étais engagé le 6 août dernier. Revenir d’abord pour rendre compte de l’aide internationale, de l’aide humanitaire qui a suivi l’explosion et sur laquelle je m’étais engagé … J’aurai l’occasion demain de me rendre au port pour faire le point sur ce sujet et l’ensemble des projets. On regardera également les éléments de coopération d’urgence en matière sanitaire en allant notamment à l’hôpital Rafic Hariri, car je n’oublie pas que le Liban est touché aussi par le Covid-19. J’aurai l’occasion aussi d’aborder les sujets d’école, d’éducation, de reconstruction (…) et de revenir sur le soutien au peuple libanais. (…).

« Nous aurons l’occasion demain de, non seulement commémorer les cent ans du Grand Liban, mais aussi d’en tirer toutes les leçons et de nous projeter vers l’avenir. Et enfin, et peut-être surtout, l’objectif de cette visite est de faire le point d’étape sur la situation politique. Ma position est toujours la même : l’exigence sans ingérence ».

Il a donc donné son programme très chargé de demain. Il a ensuite salué la nomination du nouveau premier ministre et affirmé qu’il voulait s’assurer « que c’est bien un gouvernement de mission qui sera formé au plus vite pour mettre en œuvre les réformes que nous connaissons au service des Libanaises et des Libanais ». Il a tenu à énumérer  ces réformes, qu’il transmettra par écrit demain comme feuille de route aux responsables politiques : « La réforme des marchés publics, de la justice, lutte contre la corruption, la réforme de l’énergie et de l’électricité, la réforme du port, une meilleure gestion de la Banque centrale et du système bancaire. Autant de réformes indispensables sur lesquelles de mon côté je me suis engagé, pour que, si elles sont prises par un gouvernement de mission, la communauté internationale, et en premier chef la France, puisse s’engager en soutien du Liban et des Libanais ».

Il a quitté l’aéroport en direction de Rabieh, non loin d’Antélias à l’Est de Beyrouth, avec un retard d’une heure et demie, où il était attendu à dîner par « l’icône de la chanson libanaise et du monde arabe » la chanteuse Fayrouz qu’il a avait tenu à visiter en premier lieu pour « vénérer le symbole d’unité du Liban et des Libanais en sa personne et confirmer son rôle culturel pour le Liban et le monde arabe. Le dîner est annulé, mais la rencontre fut très amicale et appréciée, alors que Fayrouz avait refusé la présence des Médias ; car elle est enfermée chez elle depuis quinze ans en signe de deuil pour la situation dégradante du Liban.

Le président Macron est enfin redescendu à Beyrouth pour y rencontrer M. Saad Hariri.  

Dimanche 30 août 2020

8h30–13h30 : Je suis en visite pastorale dans deux petites paroisses de montagne (Rachkeddé et Sourate) pour encourager les fidèles en ces temps difficiles et en pleine recrudescence de la propagation du virus Corona Covid 19 qui nous oblige à rester confinés. Et pourtant, ils  sont venus nombreux mais en prenant toutes les précautions nécessaires. Ils ont besoin, comme moi d’ailleurs, d’une bouffée d’oxygène spirituel pour reprendre le courage de l’espérance.   

L’évangile de ce dimanche dans notre liturgie maronite nous invite à aller avec Jésus « chez Marthe et Marie » (Luc 10, 38-42).

Je voudrais imaginer Jésus entrer ce dimanche dans l’une de nos maisons délabrées de Beyrouth : Il nous trouvera en train de nous « affairer à un service compliqué » ; mais il trouvera aussi qui se mettra « assis au pied du Seigneur » pour l’écouter nous donner confiance en Notre Père céleste dans la tourmente, pour prier avec Lui disant : « Père si Tu veux écarter de nous cette coupe … Pourtant que ce ne soit pas notre volonté mais la tienne qui se réalise » (Luc 22,42) et pour le supplier de raccourcir notre chemin de croix au Liban ! Il écoutera notre supplique et nous dira comme Il a dit à Marie : « Une seule chose est nécessaire. C’est bien vous qui avez choisi la meilleure part en votre foi et votre espérance; elle ne vous sera pas enlevée ».     

20h30 : Le président de la République le général Michel Aoun s’adresse aux Libanais, dans un discours télévisé suivi d’un dialogue en direct avec le journaliste Ricardo Karam, à l’occasion de la commémoration du premier centenaire de la déclaration du Grand Liban (faite par le général Henri Gouraud le 1er septembre 1920). Il a affirmé entre autre :   

« Pour que le 1er septembre 2020 complète le 1er septembre 1920, et parce que je suis convaincu que seul un État civil est capable de protéger le pluralisme, de le préserver en le transformant en unité réelle, je demande que le Liban soit déclaré État civil. Je m’engage à appeler au dialogue les autorités spirituelles et les dirigeants politiques afin d’arriver à une formule acceptable par tous et pouvant être mise en place à travers des amendements constitutionnels appropriés ». « Il est temps d’améliorer, d’amender ou de changer le système libanais, appelez-le comme vous le voulez. Mais le Liban a besoin d’un nouveau système de gestion de ses affaires, basée sur la citoyenneté et un Etat civil ». « Le système communautaire basé sur les droits des communautés et des quotes-parts a été bon à une certaine époque. Mais aujourd’hui, il constitue un obstacle contre toute avancée ou progression, contre les réformes et la lutte contre la corruption. Il est devenu le terreau de la sédition, de la provocation et des divisions ».  

Le président Aoun retrouve ainsi une idée chère au Patriarche Elias Hoyek qui concevait le Liban en 1920 comme un Etat civil où les communautés vivraient dans le respect mutuel de leur diversité. Et c’est ce que le Patriarche Béchara Raï ne cesse de réclamer.

Cette affirmation du président Aoun est prise tout de suite par la presse française, qui rapporte cependant que « le président Aoun appelle à déclarer le Liban Etat laïc » (et non Etat civil, et pour nous la nuance est importante), à la veille de l’arrivée au Liban du président Macron qui a déjà exigé de la classe politique libanaise d’aller vers un nouveau contrat politique et social qui réviserait le système confessionnel

Plus tôt la journée, le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, qui  avait pris l’habitude depuis un bon moment de faire ses interventions télévisées avant toute apparition du président Aoun, a affirmé que son parti « est disposée à discuter d’un nouveau pacte politique au Liban, proposé par le président Macron ». « Nous sommes ouverts à toute discussion constructive sur le sujet mais à la condition que ce soit la volonté de toutes les parties libanaises ». « Ces derniers jours, nous avons entendu de la part de responsables français des critiques sévères contre le système confessionnel libanais. Nous sommes ouverts à toute discussion constructive à ce sujet, pour aboutir à un nouveau pacte politique, mais ce débat doit être le fruit de la volonté de toutes les composantes politiques du pays. Nous devons respecter les appréhensions des autres ».

Lire le journal de Mgr Mounir Kairallah depuis le 4 août 2020

 

 

 

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