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Liban

LIBAN : suivez jour après jour le journal de Mgr Mounir du 10 au 29 août

Publié le 24 août 2020

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Dans sa "Lettre aux amis", Mgr Mounir, évêque de Batroun, diocèse jumelé à celui de Saint-Etienne, partage semaine après semaine, sous forme d'un journal , sa lecture des évènements qui se jouent au Liban.

Samedi 29 août 2020

Un autre chiffre de l’ONU tire la sonnette d’alarme.

Mme Rola Dashti, chef de la Commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie occidentale (Cesao), a appelé, dans une déclaration, « les autorités libanaises à reconstruire en priorité les silos à grains détruits par la puissante double explosion au port de Beyrouth, le 4 août, qui a ravagé la capitale. Ce port est normalement le principal point d’entrée des marchandises dans un Liban qui dépend lourdement des importations alimentaires ». « Par conséquent, plus de la moitié de la population risque de ne pas pouvoir subvenir à ses besoins alimentaires de base d’ici la fin de l’année ». « Des mesures immédiates devraient être prises pour éviter une crise alimentaire : intensifier la surveillance des prix des denrées alimentaires, fixer un plafond pour les prix et encourager les ventes directes des producteurs locaux aux consommateurs ».

L’organisation a relevé que l’inflation devrait dépasser 50% en 2020, contre 2,9% en 2019, avec des prix moyens de l’alimentation en hausse de 141% par rapport à juillet 2019. Et de souligner que les mesures de confinement pour lutter contre la pandémie de nouveau coronavirus ont aggravé la crise économique qui était déjà engagée, entrainant un bond des taux de pauvreté et de chômage.

Je ne peux terminer cette journée sans revenir à l’évangile de ce jour en Luc 14, 15-24 (la parabole des invités remplacés par les pauvres) :

« Je veux que ma maison soit remplie », dit Jésus au nom du Père Céleste. Ce Maître de maison nous invite tous, tous sans exception, à son « grand dîner dans le Royaume de Dieu ». Ceux qui veulent s’excuser, qu’ils portent la responsabilité, mais le Maître veut que sa maison soit remplie. Comment répondons-nous à cette invitation ? Trouvons-nous des excuses, et il y en a en quantité si l’on veut, ou bien acceptons-nous d’entrer avec nos misères, nos tristesses, nos faiblesses, nos déceptions et nos désespoirs ? Cessons de nous tourmenter de nos besoins quotidiens, Jésus nous dit : « Votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît. Sois sans crainte, petit troupeau, car Votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Luc 12, 31-32).  

Vendredi 28 août 2020

La déclaration du président Emmanuel Macron ce matin devant l’Association de la presse présidentielle fait la Une au Liban et en France :

« Si nous lâchons le Liban, (…) ce sera la guerre civile ». « Si nous lâchons le Liban dans la région, si en quelque sorte nous le laissons aux mains des turpitudes des puissances régionales, ce sera la guerre civile et la défaite de ce qui est l’identité même du Liban ».

Macron a évoqué les « contraintes d’un système confessionnel qui, ajoutées – pour parler pudiquement – aux intérêts liés, ont conduit à une situation où il n’y a quasiment plus de renouvellement (politique) et où il y a quasiment une impossibilité de mener des réformes ».

Suivant une ligne d’ « exigence sans ingérence », il a tracé le plan des réformes à conduire: « passer la loi anti corruption, réformer les marchés publics, réformer le secteur de l’énergie et le système bancaire ». « Si on ne fait pas cela, l’économie libanaise va s’effondrer et la seule victime sera le peuple libanais (…) qui ne peut pas s’exiler ». Or le Liban « est peut-être l’une des dernières formes existantes de ce dans quoi nous croyons dans cette région: c’est-à-dire la coexistence la plus pacifique possible des religions (…), d’un modèle pluraliste qui repose sur l’éducation, la culture, la capacité à commercer en paix ».

11h00 : Le bureau de presse de la République libanaise vient d’annoncer depuis le palais de Baabda que le Président Michel Aoun entamera les consultations parlementaires contraignantes, devant mener à la nomination du futur Premier ministre libanais, le lundi 31 août. Elles auront lieu de 9h00 jusqu’à 13h15. Une rapidité record jamais connue. C’est peut-être l’annonce de l’arrivée à Beyrouth du président français lundi après-midi et sa déclaration depuis Paris qui ont accéléré cette prise de position. 

Jeudi 27 août 2020

Il faut signaler trois prises de position internationales pour le Liban : celle du ministre français des affaires étrangères M. Jean-Yves Le Drian, du ministre canadien des Affaires étrangères M. François-Philippe Champagne et de la directrice générale de l’UNESCO Mme Audrey Azoulay.

Le Drian, dans une interview à la radio RTL, a déclaré :

« Nous appelons à la formation rapide d’un gouvernement et à l’adoption par le Liban de réformes d’urgence ». « Le risque aujourd’hui, c’est la disparition du Liban. Donc il faut que ces mesures (de réformes) soient prises ».

« Ces réformes ne peuvent être menées par la classe politique actuelle, conspuée par les Libanais. Les responsables se phagocytent entre eux pour faire consensus sur l’inaction. Cela n’est plus possible et nous le disons avec force. Le président de la République l’a dit lorsqu’il s’est rendu au Liban le 6 août, il va le redire lorsqu’il sera à Beyrouth mardi ».  

« Chacun sait ce qu’il faut faire, mais il n’y a plus de gouvernement en ce moment au Liban ». « Il faut que se reconstitue un gouvernement, il faut qu’ils le fassent vite parce qu’il y a urgence, à la fois urgence humanitaire et sanitaire (…) et puis urgence politique si l’on veut que ce pays tienne ». « Ce pays est au bord du gouffre. Il y a la moitié de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté, il y a une jeunesse désemparée, il y a une situation de chômage qui est épouvantable, une inflation ahurissante. Il faut pour cela former un gouvernement de mission qui puisse rapidement mettre en œuvre les réformes indispensables parce que, autrement, la communauté internationale ne sera pas au rendez-vous ».Champagne, quitte Beyrouth où il était en visite de 48 heures, marqué « par les voix de la population qui aspire à de meilleurs jours et cherche à se faire entendre »,  « par les initiatives de ces jeunes bénévoles qui ont mis de côté leurs responsabilités pour venir en aide aux sinistrés », et « par cette crise qui met en lumière toutes les tragédies du Liban. Il a déclaré à L’Orient-Le Jour, lors d’une interview exclusive au terme de sa visite: « Il n’y a pas d’option. Le Liban est arrivé à la fin du chemin, et l’aide internationale doit aujourd’hui s’accompagner de réformes majeures ». « Le monde est prêt à aider les Libanais, mais ces réformes doivent être engagées et la classe politique doit écouter, voire se réformer elle-même ». « L’impunité doit cesser. La rue a parlé, les jeunes et les femmes aussi. Écoutez la rue. La voie est tracée. Suivez cette voie et agissez».

Madame Azoulay a, de son côté, annoncé deux actions lancées par l’UNESCO « pour venir en aide aux secteurs éducatif et culturel du Liban, lourdement frappés par les crises économique, financière et sanitaire auxquelles sont venues s’ajouter les explosions meurtrières du 4 août à Beyrouth ». « Le relèvement du pays doit passer par l’éducation et la culture ». « L’Unesco va tout faire pour mobiliser l’ensemble des acteurs publics et privés, afin d’aider le secteur éducatif, sur base des besoins identifiés par le ministère de l’Éducation ».

On signale, selon l’UNESCO, que « 160 établissements scolaires ont subi des dommages importants ou légers après la double explosion de Beyrouth ».

 Mercredi 26 août 2020

Trois informations majeures marquent ce mercredi : la visite du Patriarche Raï à Beyrouth, l’annonce de M. Saad Hariri de se retirer de la course à la présidence du Conseil et la confirmation par l’Elysée de la visite du président Macron au Liban le 1er septembre.

Sa Béatitude le Patriarche Raï est en visite à Beyrouth sinistré en compagnie de Mgr Paul Abdessater, archevêque maronite de Beyrouth. Ils se rendent d’abord au siège de l’archevêché, sur la colline d’Acharafieh, ensuite à l’église Saint Maroun, à la cathédrale Saint Georges, à l’église Saint Louis des Pères Capucins ; puis dans les quartiers de Gemmayzé et de Mar Mikhael.

En réponse aux questions des journalistes, Sa Béatitude a été très sévère envers la classe politique et envers le Hezbollah qui détient toujours les armes, en répondant :

« Pourquoi qu’à chaque fois que nous nous exprimons, on nous accuse de parler du Hezbollah ? Y a-t-il des divergences sur le fait que le Liban a un problème de prolifération des armes ? Nous appelons l’Etat à récupérer toutes les armes. Il y a des Etats dans l’Etat, et pas seulement un Etat dans l’Etat.

Concernant la double explosion du 4 août, il a estimé que « si les autorités libanaises ne parviennent pas à identifier la cause des explosions dans le port de Beyrouth, une telle catastrophe se reproduira ». « La justice libanaise doit faire son travail, et nous lui faisons confiance. Mais si cette justice commet des manquements, nous devrons avoir recours à la justice internationale ». « Tout Etat se base sur une Constitution et des lois et il revient aux autorités de les respecter ». « Le pays est à genoux alors qu’eux (les responsables) cherchent à se répartir le gâteau. Nous condamnons cela de la manière la plus ferme ». 

Quant à M. Saad Hariri, il a annoncé dans la journée son retrait de la course pour la présidence du Conseil. Dans le communiqué qu’il a fait publier, il affirme : « Sur la base de mes fermes convictions selon lesquelles le plus important en cette période est de préserver l’opportunité du Liban et des Libanais de reconstruire leur capitale, de mettre en œuvre les réformes qui ont tardé et d’ouvrir la voie à une participation de nos amis au sein de la communauté internationale pour aider à affronter la crise et investir en vue d’un retour à la croissance, j’annonce que je ne suis pas candidat à la présidence du nouveau gouvernement ». Puis il ajoute : « La seule porte de sortie passe par le respect par le chef de l’État de la Constitution, l’appel immédiat à des consultations parlementaires contraignantes et la sortie de l’hérésie de la formation du gouvernement avant la désignation d’un Premier ministre ».

Enfin l’Elysée vient de confirmer que « le président Macron arrivera à Beyrouth le lundi soir (31 août) et aura mardi (1er septembre) une journée chargée consacrée au suivi de l’aide à la reconstruction et aux questions politiques alors que le Liban est en quête d’un nouveau gouvernement ».

 Mardi 25 août 2020

A Marseille où il assistait au départ de l’Aknoul, un navire roulier de la CMA-CGM chargé de 2.500 tonnes d’aide pour Beyrouth, M. Jean-Yves Le Drian, Ministre français des Affaires étrangères, a déclaré : « l’urgence humanitaire ne doit pas occulter l’urgence politique. Il ne faudrait pas que la catastrophe serve de prétexte à occulter cette réalité qui existait avant (l’explosion), celle d’un pays au bord du gouffre, (…) qui n’arrive pas à se réformer ». « La France soutient la constitution d’un gouvernement de mission, qui, on l’espère, permettra aux Libanais d’être à nouveau au rendez-vous de leur histoire ». « L’aide humanitaire de la France au Liban est cependant sans conditionnalité ». « Mais nous souhaitons aux autorités libanaises de faire le sursaut nécessaire pour qu’un gouvernement de mission engage les réformes indispensables que tout le monde connaît, dont un audit de la banque du Liban, une réforme du système des marchés publics, une réforme du système d’approvisionnement en électricité et une mise en place de nouvelles méthodes de gestion. Tout cela est connu, (…) mais les discussions n’avancent pas avec le FMI. Il faut maintenant que ce sursaut soit au rendez-vous. Mais nous n’allons pas nous substituer au gouvernement libanais, c’est aux Libanais d’assumer leurs responsabilités ».   Il a enfin confirmé que le président Emmanuel Macron se rendra bien à Beyrouth « dans les prochains jours ».

 Lundi 24 août 2020

L’enquête sur la tuerie de Kaftoun avance. Les services de sécurité ont réussi à arrêter un suspect dans le camp palestinien de Baddawi, à côté de Tripoli, un syrien. Ils sont arrivés ensuite à un autre suspect, un syrien qui travaillait et habitait à côté de Kaftoun ; ses empreintes ont été retrouvées sur la voiture des criminels. Les agents de la police sont  venus le chercher ; il s’était déjà enfui. Mais ils l’ont suivi jusqu’au Akkar, à l’extrême nord près de la frontière syrienne où il s’était réfugié dans une maison abandonnée habitée par une quinzaine de syriens; il avait fait sauter la maison avant de prendre la fuite. Ils ont fini par l’arrêter. Ils ont découvert une bande de criminels professionnels en train de préparer de grands attentats. Les recherches et les investigations se poursuivent dans la discrétion.  

Dimanche 23 août 2020

Je prends ma méditation de la 1ère lecture de ce dimanche, de la 1ère épitre de Saint Paul aux Corinthiens, comme si Saint Paul s’adressait à nous aujourd’hui au Liban :

« Je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels mais seulement comme à des hommes charnels … car vous êtes encore charnels. Puisqu’il y a parmi vous jalousie et querelles, n’êtes-vous pas charnels et ne vous conduisez-vous pas de façon toute humaine ? Quand l’un déclare : Moi j’appartiens à Paul, l’autre : Moi à Apollos, n’agissez-vous pas de manière toute humaine ? … Moi j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui faisait croître » (3, 1- 6).

La jalousie, les querelles, les divisions, en plus de l’individualisme constituent la réalité de nos hommes politiques, comme si la crise très grave et la double explosion de Beyrouth n’avaient pas eu lieu. Leurs consciences semblent anesthésiées ; ils sont insensibles.

Sa Béatitude le Patriarche Raï a pris, de son côté, l’évangile du dimanche en Luc 8, 4-8, la parabole de la semence :

« Le grain qui est tombé dans la bonne terre a poussé et a produit du fruit au centuple ».

« La semence dont parle Jésus est la Parole de Dieu qui est semée dans nos cœurs sensés être ouverts à la Vérité et à la Lumière. (…)

Nous sommes au troisième dimanche après la catastrophe du port de Beyrouth. Les victimes, les blessés, les sans-abri, les disparus sont encore présents dans nos cœurs et devant nos yeux, avec les scènes de destruction et de dévastation. (… )

 Mais ce qui fend le coeur et attise la colère populaire, c’est que certains responsables traitent l’explosion de Beyrouth dans une perspective politique et empêchent une enquête internationale qui déterminerait les circonstances de la déflagration grâce aux moyens techniques et à une investigation impartiale, de même qu’elle fixerait les responsabilités en toute impartialité et intégrité. Le pouvoir doit considérer l’explosion du port de Beyrouth comme un signal d’alarme pour saisir toutes les caches d’armes installées au cœur des quartiers résidentiels. Certaines régions libanaises sont devenues des champs d’explosifs. La présence de ces caches constitue une véritable menace pour la vie des Libanais, laquelle n’appartient à personne, ni à un parti ni à une organisation.

La colère populaire pourrait exploser en voyant les parties prenantes à la formation du nouveau gouvernement qui adoptent une approche électoraliste basée sur les intérêts particuliers et imposent des conditions, comme si le pays ne s’était pas effondré, qu’il n’y avait pas de famine, que l’entité libanaise n’était pas chancelante, que l’explosion de Beyrouth n’avait pas eu lieu, qu’elle n’avait pas fait des centaines de victimes, des milliers de blessés et des centaines de milliers de sans abri, que Beyrouth n’avait pas été détruite, qu’il n’y avait pas de sanctions et qu’il n’y avait pas la pandémie de coronavirus. Le peuple et le monde attendent la formation d’un gouvernement de salut national et économique, sans retard, quelles que soient les raisons, à condition qu’il soit formé de personnalités qui puissent sauver le pays. Pourquoi résister aux réformes ? Pourquoi le pouvoir s’accroche à un système qui a prouvé son échec ? (…) Le pays a besoin d’une personnalité, mue de bonnes volontés, qui rétablisse les relations du Liban avec le monde arabe et la communauté internationale et sorte le Liban de son assignation à résidence économique et diplomatique ».

 

Entre temps, nous avons su que les négociations pour la formation du nouveau gouvernement achoppent, et le président du Parlement M. Berry a déclaré, à la suite d’un long entretien avec M. Gebran Bassil président du groupe parlementaire du « Liban fort » et gendre du président Aoun: « Je me retire des négociations et j’arrête mes concertations ».

Il semble que les protagonistes, hommes politiques, négocient le nouveau gouvernement pensant chacun à la part qui lui reviendra et non au bien commun et au salut du Liban !

C’est vraiment malheureux !

 Samedi 22 août 2020

Dans une déclaration très remarquée à la presse, l’ambassadeur de Russie au Liban, M. Alexander Zaspikin, a affirmé : « L’initiative française pour le salut du Liban est plausible. Il semble qu’il y a une coordination franco-américaine. Les Français peuvent négocier avec le Hezbollah et l’Iran. Nous encourageons cette initiative… Le Liban doit se doter au plus vite d’un gouvernement de salut national qui devra exécuter les réformes urgentes demandées par la communauté internationale et par le peuple ».

L’aide internationale continue d’affluer à Beyrouth de partout : de la France, de l’Italie, de la Russie, de l’Europe, du Qatar, des Emirats Arabes unies, de l’Irak …  Samedi 22 août 2020

Je me réveille avec une mauvaise nouvelle : une tuerie a eu lieu à Kaftoun, le village voisin de chez nous, dans le département du Koura. Dans ce village limitrophe, la sécurité est absente depuis longtemps et plusieurs incidents et cambriolages ont eu lieu dernièrement. Ce qui a porté des jeunes du village à s’engager avec la police municipale pour monter la garde tous les soirs.
A 22h00, en plein couvre-feu, une voiture étrangère se promène dans le village sans plaque d’immatriculation avec à bord trois passagers. Les jeunes de garde l’invite à quitter les lieux. Le chauffeur refuse. Le jeune de la police municipale leur demande leurs cartes d’identité ; ce qu’ils refusent de faire et démarrent à toute vitesse. L’agent de la police municipale les suit et téléphone à un autre pour leur couper la route. Ils s’arrêtent, descendent de leur voiture et tirent à bout portant avec leurs Kalachnikoff tuant les deux jeunes de Kaftoun puis un troisième qui est venu les secourir. Il était 22h25. Ils abandonnent leur voiture contenant des bombes, des revolvers et du matériel détonateur d’explosif, et ils fuient dans le bois vers la vallée.
Kaftoun se réveille à la tuerie et le Maire, dont le fils est tué, contacte les forces de sécurité qui tardent un peu à venir et commencent leur poursuite des trois criminels.
A 7h00, à la Messe je m’arrête à l’évangile du jour dans Luc 13, 1-4 et 23-29, sur « l’urgence de la conversion ». Je médite un instant en pensant que Jésus nous interpelle aujourd’hui en disant : « Je vous le dis, si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière … Il y aura les pleurs et les grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, ainsi que tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, et vous jetés dehors. Alors il en viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, pour prendre place au festin dans le Royaume de Dieu ».
Dieu ne nous punit pas, mails il veut notre salut. Il nous aime tous, tous sans exception, et demande notre conversion !
Dans la matinée, je contacte le Maire de Kaftoun pour lui présenter mes condoléances et celles du diocèse et demander les dernières nouvelles.

J’envoie ensuite ce télégramme à travers les médias et les moyens de communication :

« Nous avons appris avec tristesse, désolation et désapprobation la nouvelle de la tuerie des trois jeunes de Kaftoun, notre voisine bien aimée : Alaa Farès (le fils du Maire), Fadi et Georges Sarkis (cousins).
Après avoir pris contact avec les commandements de l’armée et des services de sécurité, et après avoir présenté mes condoléances au Maire de Kaftoun, au curé et aux autres familles, je tiens à appeler l’armée libanaise et les forces de sécurité à redoubler leurs efforts pour accomplir leurs devoirs, retrouver les criminels et les présenter à la justice, protéger les citoyens et mettre un terme à l’anarchie sécuritaire. Je réclame également avec insistance d’établir un point de contrôle de l’armée au pont de Nahr El Jaowz, un point stratégique reliant les départements du Koura et de Batroun ».

Je rappelle que l’armée d’occupation syrienne avait compris l’importance stratégique de ce passage entre le Koura et Batroun pour entrer dans le Mont Liban. C’est pourquoi elle a établi sur ce pont l’un des points de contrôle les plus surveillés ; et les Syriens ne l’ont démonté que 29 ans après, le jour de leur départ du Liban, le 29 avril 2005. L’Armée libanaise doit le comprendre.
Au début de l’après-midi, j’ai su par les officiers de l’armée que les trois criminels, qui sont toujours en cavale, ont été identifiés : un syrien, un palestinien et un libanais, en train de préparer un grand attentat. Je me suis rendu alors sur place pour être prêt des familles des victimes. Kaftoun, paroisse orthodoxe dépendant du diocèse de Tripoli, maintient des liens familiaux, amicaux et de voisinage avec Boxmaya et Kfarhay (siège de notre évêché) et les autres villages avoisinants du département de Batroun. Accompagné du curé de Kaftoun, Abouna Bassam Nassif, je suis allé chez le Maire, M. Nakhlé Farès, puis chez la famille Sarkis. Tous les habitants de Kaftoun sont là : une colère qui ne cesse de monter, un silence de mort (c’est bien le mot), des larmes abondantes et des reproches à l’Etat. Je les ai entendus prier Dieu et réclamer que l’Etat remplisse ses devoirs. Le Maire m’a dit : « Ce n’est pas la première fois que nous payons un prix aussi cher. Kaftoun est endeuillée et se sent orpheline. Je réclame depuis que je suis le Maire, 22 ans, un poste de gendarmerie dans notre coin éloigné ; mais je n’ai jamais été exaucé. Ils n’ont pas assez d’éléments, m’ont-ils toujours dit, mais ils en ont assez pour les envoyer garder les ministres, les députés ou les hauts fonctionnaires ! Que Dieu leur pardonne ».
Je vais poursuivre mes contacts avec le commandement de l’Armée pour obtenir enfin un point de contrôle fixe.

23h15 : Comment terminer cette longue et triste journée sans confier mon peuple à Dieu, Père miséricordieux, par Jésus Christ son Fils qui a dit à Simon Pierre avant d’être livré à la mort : « Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous secouer dans un crible comme on fait pour le blé. Mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne disparaisse pas. Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Luc 22, 31-32).
C’est notre mission en ces moments difficiles. Seigneur exauce-nous par l’intercession de La Très Sainte Vierge Marie, Ta Mère et la Nôtre.

Vendredi 21 août 2020

10h30-13h00 : Je préside la réunion du Comité Diocésain pour les Etudes et la Planification (CDEP), que j’avais formé, à la suite des travaux du Synode diocésain, de personnalités qualifiées dans les domaines religieux, social, historique, politique, juridique et médiatique. Nous travaillons en ce moment sur un document que j’ai préparé sur l’avenir du Liban : « Quel Liban après le premier centenaire du Grand Liban ? La neutralité ? ». Il est en continuité avec le Mémorandum de Sa Béatitude le Patriarche Raï, auquel j’avais contribué.
Je signale pour ce vendredi qu’une rixe avait eu lieu hier entre le Hezbollah et Amal, les deux partis chiites, et elle s’est terminée par la mort d’un militant d’Amal.
Aux funérailles de cet avant-midi, les militants d’Amal exprimaient leur colère et scandaient : « Il n’y a de dieu que Dieu, et Nasrallah est l’ennemi de Dieu ! ». Une première ! Est-ce un symptôme du malaise qui prend la communauté chiite ?

 

Jeudi 20 août 2020

Concernant la situation politique, il semble que les moteurs de la « machine politique » pour la formation du nouveau gouvernement aient été mis en marche après l’annonce du verdict du TSL et la réaction raisonnable de M. Saad Hariri.
Le président de la Chambre, M. Nabih Berry, est allé se concerter, en fin d’après-midi, avec le président de la République le général Michel Aoun, et il a même déclaré à sa sortie du palais de Baabda qu’il présentait le nom de M. Saad Hariri à la présidence du Conseil.
Il faut cependant noter que le CPL, les Forces libanaises et le parti Kataëb, ainsi que la Rencontre démocratique de M. Joumblatt ne sont pas pour la candidature de M. Hariri.
Le président Aoun a conseillé à M. Berry d’intensifier ses concertations.

Mercredi 19 août 2020

Nous découvrons en ce mercredi deux chiffres alarmants :

Le premier nous vient de l’ESCWA (la Commission Economique et Sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale) : « Entre 2019 et 2020, le taux d’extrême pauvreté au Liban est passé de 8 à 23 % ».

Dans un rapport intitulé « La pauvreté au Liban : l’impact de chocs multiples et un appel à la solidarité », l’ESCWA a tiré la sonnette d’alarme concernant la crise au Liban, rapportant que « plus de la moitié de la population du pays est prise au piège de la pauvreté. Plus de 55 % de la population libanaise vit désormais dans la pauvreté et peine à subvenir à ses besoins de base ». Ce chiffre correspond à près du double du taux de pauvreté enregistré pour l’année précédente, qui s’élevait à 28 %. Les statistiques concernant l’extrême pauvreté ont, eux, triplé entre 2019 et 2020, passant de 8 à 23 %.

Le deuxième chiffre nous vient du ministère de la Santé : 

589 nouveaux cas de contamination du coronavirus Covid 19 enregistrés ces dernières 24 heures; ce qui porte le chiffre à 10.347. La barre symbolique des 10.000 est désormais franchie. Les décès sont au nombre total de 109, et le nombre des personnes rétablies est de 2.928.

Les ministres de la Santé et de l’Intérieur imposent un nouveau confinement, une fermeture presque totale du pays, ou plutôt un bouclage, pour deux semaines : du vendredi 20 août au lundi 7 septembre, avec un couvre-feu de 18h00 à 6h00. Exception sera faite pour les quartiers sinistrés par la double explosion du 4 août et pour l’aéroport de Beyrouth.

Mardi 18 août 2020

Nos jeunes du Mouvement Marial des Congrégations ont terminé aujourd’hui leur collecte de denrées alimentaires, de vêtements et de matériels de cuisine ou de réparation des maisons dans toutes les paroisses du diocèse.
Ils sont à l’évêché en train de les trier, remplissant plusieurs salles, pour les envoyer à Beyrouth en coordination avec le comité d’urgence du diocèse de Beyrouth. Nous sommes surpris par la générosité des Batrouniens alors qu’ils sont eux-mêmes dans le besoin et dans des situations précaires. Quel élan de solidarité et quel espoir avec nos jeunes pleins d’enthousiasme !

A 18h00 : Le jugement tant attendu du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) concernant l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri survenu le 14 février 2005 est enfin prononcé. En effet le juge président David RE a donné lecture du verdict, depuis Leidschendam près de La Haye au Pays-Bas, reconnaissant coupable un seul des quatre suspects, Salim Ayache, le principal suspect dans l’assassinat. Il a été condamné en son absence, car il est toujours disparu. Les trois autres ont été acquittés faute de preuves, alors que Moustapha Badreddine, le principal suspect décrit comme le cerveau de l’attentat par les enquêteurs, est mort depuis. Le Juge RE a toutefois précisé que « La Syrie et le Hezbollah ont peut-être eu des motifs d’éliminer M. Hariri et ses alliés politiques, mais il n’y a aucune preuve que les dirigeants du Hezbollah aient été impliqués dans le meurtre de M. Hariri et il n’y a aucune preuve directe de l’implication syrienne ».

M. Saad Hariri, ex Premier ministre et fils de Rafic, était sur place pour suivre en direct l’annonce du verdict. Il a tout de suite déclaré :
« Le tribunal a statué, et au nom de la famille de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, et au nom des familles des martyrs et victimes, nous acceptons la décision du tribunal ». « Nous avons tous découvert la vérité aujourd’hui. Nous demandons désormais que justice soit faite et qu’une juste sanction soit donnée. Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire des assassinats politiques au Liban, les Libanais ont appris la vérité. C’est un jour historique. Le jugement démontre l’objectivité du tribunal et une grande crédibilité, car seul un suspect a été reconnu coupable, alors que les critiques du TSL, parmi lesquels le Hezbollah, s’attendaient à ce que tous soient reconnus coupables par un tribunal qu’ils jugent politisé ».
« Il est clair que le réseau responsable de l’attentat provient des rangs du Hezbollah. J’adresse un message à ceux qui ont exécuté cette opération et à ceux qui l’ont planifiée : le temps des assassinats politiques commis en toute impunité est révolu. Nous ne serons en paix que lorsque la punition sera appliquée. Nous n’accepterons pas que le Liban soit le terreau des meurtres et de l’impunité. Les crimes ont un prix, et vous le paierez. Il est clair pour tout le monde que le but de cet attentat terroriste était de modifier l’identité du Liban. Nous ne transigerons pas avec le sang de Hariri et des victimes. Que plus personne n’attende de nous des sacrifices. Aujourd’hui, le parti qui doit faire des sacrifices est le Hezbollah ».
Au Liban, on avait peur de réactions et de contre-réactions. Mais un calme étrange a régné, Dieu merci, en dehors de quelques déclarations de déception chez des sunnites de Beyrouth. Il semble que M. Saad Hariri veuille calmer les esprits et éviter les réactions violentes dans la rue. Je dois d’ailleurs noter que le Hezbollah et son allié le président Berry avaient déjà déclaré proposer M. Saad Hariri pour le poste de Premier ministre du nouveau gouvernement attendu.

Lundi 17 août 2020

11h00 : Je suis à côté de Sa Béatitude le patriarche Cardinal Raï lors de sa conférence de presse depuis Dimane pour lancer officiellement le « Mémorandum sur le Liban et la neutralité active ». Fruit d’un long travail d’experts, ce document se présente en neuf pages et en 5 chapitres.

Après une introduction qui reprend la fameuse homélie du 5 août et le lancement de l’appel à la neutralité du Liban, Sa Béatitude présente dans un premier chapitre, les raisons d’être de la neutralité du Liban ; dans un deuxième chapitre, le concept de la neutralité active ; dans un troisième chapitre, le statut de neutralité source d’indépendance et de stabilité pour le Liban ; dans un quatrième chapitre, les avantages de la neutralité pour le Liban et son économie ; et dans un cinquième chapitre, ce dont nous avons besoin. Et il conclut :

« L’expérience de ces 100 dernières années a démontré qu’il est difficile pour le Liban d’être le ‘pays-message’ sans adopter le régime de la neutralité ». « Nous appelons les communautés arabe et internationale à comprendre les raisons qui poussent la majorité des Libanais à adopter le système de neutralité active ; comme nous appelons l’ONU et les pays concernés à trouver une solution à la question des réfugiés palestiniens et des déplacés syriens ».

« De par son système démocratique et libéral et ses caractéristiques de diversité religieuse et culturelle consacrée par la Constitution et le Pacte national, et de par sa position géographique entre l’Orient et l’Europe, le Liban a un rôle à jouer dans le renforcement de la paix et de la stabilité dans la région, la défense de la liberté des peuples, la médiation entre les pays arabes de manière à être un espace de dialogue entre les religions, les cultures et les civilisations ».

Nous croyons fermement que le Liban, Pays-Message, le redeviendra par la volonté de ses fils les Libanais et l’aide de tous nos amis à travers le monde, et en tête le Vatican et la France.

Dimanche 16 août 2020

L’évangile du XIIème dimanche de Pentecôte nous raconte « la foi de la Cananéenne » de la région de Tyr et de Sidon qui est venue se prosterner devant Jésus et lui dire : « Seigneur, viens à mon secours » (Mt. 15, 21-28).

Nous sommes toujours émus à la lecture de ce passage, car nous sommes les descendants de cette Cananéenne. Nous voudrions dire avec elle, aujourd’hui : « Seigneur ! Notre cher Liban est cruellement tourmenté par un démon qui sème la haine, la violence, la dévastation et la destruction. Viens à notre secours ! Donne-nous au moins les miettes de tes grâces ! Et nous serons sauvés. Nous attendrons alors ta réponse : Peuple bien aimé ! Votre foi est grande ! ». 

Dans son homélie dominicale, Sa Béatitude le patriarche Raï est allé encore plus loin dans sa critique contre la classe politique et dans son soutien aux réclamations du peuple :

« … Les responsables politiques, les groupes parlementaires et les formations politiques se rendent-ils compte de la défiance internationale à leur encontre, de la nécessité de lancer immédiatement le changement, de hâter l’organisation d’élections législatives anticipées sans attendre une nouvelle loi électorale et de former un nouveau gouvernement comme le veut le peuple qui est la source des pouvoirs comme le stipule le préambule de la Constitution ? ».

« Le peuple veut un gouvernement de rupture, pas de continuité, qui rompt avec le passé de la corruption nationale, morale et matérielle. Le peuple veut un gouvernement de sauvetage du Liban, pas de sauvetage du pouvoir et de la classe politique. Le peuple veut un gouvernement en harmonie avec lui, pas avec l’étranger, dont les composantes s’entendent sur un projet de réformes. Des réformes pas seulement administratives, mais concernant la décision nationale sur les plans politique, sécuritaire et militaire ».

« Que tout le monde sache qu’il n’y a pas de gouvernement d’union nationale sans une véritable unité, qu’il n’y a pas de cabinet de sauvetage sans personnalités capables de sauver le pays et qu’il n’y a pas de gouvernement de consensus sans un consensus sur les réformes. Nous voulons, avec le peuple, un gouvernement de l’État et du peuple libanais, pas un gouvernement de partis, de communautés et de pays étrangers ».

«  Nous demandons aux forces de sécurité d’embrasser et de protéger les jeunes qui se révoltent. Il n’y a pas de sécurité sans liberté, et pas d’autorité sans le peuple. Nous nous élèverons contre tous les projets préparés au détriment du Liban, comme le patriarcat l’a fait à chaque fois que le pays est en danger. Nous n’accepterons pas que le Liban soit une carte aux mains de pays qui veulent restaurer leurs relations au détriment du peuple libanais ».

Dans l’après-midi, les trois émissaires – américain David Hale, iranien Mohammad Javad Zarif et français Mme Florence Parly, ont quitté le Liban.

Quant au virus Corona Covid 19, il continue de sévir chez nous.

  • Hier samedi, on avait enregistré un triste record de cas de contamination, 397 cas.  Nouveau record ce dimanche avec 439 cas. Ce qui porte le total des cas depuis le 21 février à 8881.  
  • En une semaine, Du dimanche 9 au dimanche 16 août, 2360 cas pour un total de 8881 depuis le 21 février ; 103 décès et 2724 personnes rétablies. C’est trop pour le petit Liban.

Samedi 15 août 2020, Fête de l’Assomption

Malgré nos douleurs et nos détresses, nous continuerons de chanter avec Marie : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit s’est rempli d’allégresse à cause de Dieu mon Sauveur, parce qu’Il a porté son regard sur son humble servante … Il est intervenu de toute la force de son bras ; Il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et Il a élevé les humbles ; les affamés, Il les a comblés de biens et les riches, Il les a renvoyés les mains vides » (Lc. 46-55). 

Notons que M. Hale a tenu une conférence de presse dans la soirée pour transmettre un message clair de son gouvernement et dire clairement que « Tous les responsables libanais ont une part de responsabilité dans la catastrophe du 4 août ».

« Nous nous tiendrons aux côtés des Libanais dans le processus de reconstruction et de récupération après cette catastrophe ». « Nous  appelons à une enquête transparente et crédible sur les circonstances des explosions », rappelant que des agents du Federal Bureau of Investigation (FBI) arriveraient sous peu pour aider à cette tâche. « Cet événement tragique n’est qu’un symptôme de maux bien plus profonds dont souffre le Liban et qui n’ont que trop duré ». « Toutes les personnes au pouvoir assument d’une façon ou d’une autre des responsabilités dans ce qui s’est passé à cause des décennies de mauvaise gestion, de corruption et les échecs répétés des autorités libanaises à mener des réformes significatives et durables ». « Le Liban vit un moment de vérité, et les responsables libanais doivent répondre enfin aux demandes légitimes du peuple pour une meilleure gouvernance, des réformes économiques et financières et la fin de la corruption endémique. Il ne peut pas y avoir d’échappatoire pour les dirigeants ». « Ce sont les Libanais, pas les pays étrangers, qui doivent établir leur vision de l’avenir du pays ».

Cette dernière phrase est devenue un refrain sur les lèvres des émissaires étrangers. Mais nous laisseront-ils faire ?

Vendredi 14 août 2020

Vigile de la fête de l’Assomption

Je suis à Tannourine, dans la haute montagne, à l’autre bout du diocèse par rapport à la ville de Batroun sur le littoral, pour célébrer l’eucharistie de la fête en l’église de Notre- Dame de l’Assomption.Les fidèles sont venus nombreux malgré les précautions à prendre pour le Corona. Tout le monde prie et crie : « Ya ‘adra, O vierge Marie, O tendre Mère de Dieu, porte-nous sous ton manteau ». J’ai tellement entendu ce cri comme je l’avais entendu à Beyrouth après la double explosion ! Marie est là, elle veille en silence, comme elle était à la noce de Cana. Elle dit à son fils Jésus : « ils n’ont pas de vin » (Jn. 2,3). Ils n’ont pas de paix, ils n’ont pas de sécurité, ils n’ont pas de quoi vivre dignement, ils n’ont plus de larmes dans les yeux, ils n’ont plus d’espoir pour le lendemain … Ils n’ont que les guerres, les destructions, la dévastation, la désolation, …. Et une classe politique corrompue !  Puis elle nous dit : « Quoi qu’il vous dise, faites-le ». Nous le ferons.  

Sa Béatitude le patriarche Raï a dit dans son homélie de la Messe qu’il a célébrée à la chapelle de l’ancienne résidence patriarcale de la Vallée sainte de Qannoubine :

« Nous sommes heureux de nous joindre aux générations qui proclament Marie Bienheureuse, et de nous joindre aux générations d’ermites et de moines qui ont vécu dans cette vallée sainte, aux Patriarches qui ont vécu ici de 1440 à 1843.  Nous ne pouvons en cette fête que prier Dieu par l’intercession de Marie, Notre-Dame du Liban, et nous confier à Lui. Nous prions spécialement pour les responsables chez nous afin qu’ils tournent la page et soient conscients qu’un temps nouveau commence après la double explosion du port de Beyrouth et que le changement doit se faire. Nous avons tous été atteints par la tristesse et la stupeur lorsque nous avons su que des entremetteurs ont commencé à négocier l’achat de maisons dans le quartier d’Achrafié détruit. Je les qualifie de corbeaux qui planent autour des cadavres sans pudeur. Ceux-ci on peut les freiner ; mais il y a des corbeaux d’une autre espèce, les corbeaux politiques, qui profitent de cette catastrophe pour leurs intérêts personnels. Ceux-ci n’ont pas senti que les choses ont basculé et que la voix de la rue est plus forte que celle des canons. Ils ne peuvent donc rester sur place ».

Le Secrétaire d’État adjoint américain pour les affaires politiques, David Hale, et la ministre française des Armées, Florence Parly, ainsi que  le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif  se retrouvent en même temps au Liban. Trois émissaires de poids qui viennent en concurrent pour négocier du Liban de l’après–4 août et de l’après-démission du gouvernement Hassan Diab ; mais aussi du nouveau découpage du Moyen Orient, et un « Nouveau Moyen-Orient » selon les Américains, pour nous rappeler la partition de cette région entre les Anglais et les Français selon les accords de Sykes-Picot (1917-1919).  

Ce que je peux dire c’est que les deux géants de ce monde, les Etats-Unis et la Chine, se font la guerre par des pays interposés, Israël pour le premier et l’Iran pour le deuxième, en faveur de leurs intérêts respectifs. Et cette guerre se fait, comme toujours malheureusement, au Liban qui se présente comme la plate-forme facile étant le maillon faible.

Mais je reste convaincu que la France porte le Liban dans son cœur et que les présidents Macron et Poutine peuvent négocier la protection du Liban Pays Message comme leurs pays avaient négocié au XVI° et au XIX° siècle la protection des chrétiens d’Orient.

Déjà à son arrivée hier soir jeudi, M. Zarif avait rencontré le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Aujourd’hui, il vient de déclarer, comme pour mettre en garde : « Si le peuple libanais permet à ceux qui ne veulent pas le bien de son pays de le diviser, alors il y aura des craintes sur l’avenir du Liban ». « La communauté internationale doit reconnaître l’indépendance du Liban et éviter les ingérences dans les affaires du pays ». « Nous soutenons ce que veut le peuple libanais. Nous n’avons jamais imposé quoi que ce soit à qui que ce soit au Liban. L’Iran n’a aucun candidat pour diriger le prochain gouvernement. Nous coopérerons avec toute personne sur laquelle les Libanais s’accordent ».

De son côté, M. Hale, qui a été reçu hier à Baabda par le président Aoun, au Sérail par le Premier ministre démissionnaire M. Diab, et à Aïn el-Tiné par le président de la Chambre M. Berry, sans faire de déclarations, a tenu à rencontrer Sa Béatitude le patriarche maronite Béchara Raï. À sa sortie de Bkerké, après avoir présenté ses condoléances au peuple libanais et l’avoir assuré de l’aide humanitaire de son pays, David Hale a fait le bilan de sa journée et ajouté : « Sur le long terme, nous n’accepterons plus davantage de promesses creuses et de dysfonctionnement dans la gouvernance. Je constate qu’il existe des demandes pour de véritables réformes, pour la transparence et la reddition des comptes. Les États-Unis sont prêts à appuyer un gouvernement libanais qui reflète la volonté populaire, y réponde positivement, et s’engage et agit sincèrement pour un changement réel ».

Quant à Mme Parly, qui avait accueilli le porte-hélicoptères « Tonnerre » transportant de l’aide humanitaire à Beyrouth, elle a souligné « la nécessité de constituer le plus rapidement possible un cabinet de mission, en charge pour une durée limitée de mener des réformes profondes avec efficacité ». 

Sur le plan international, les aides internationales et levées de fonds se poursuivent. Les Nations unies ont ainsi lancé un appel de fonds d’un montant de 565 millions de dollars en faveur du Liban. Cette aide sera notamment destinée aux efforts de reconstruction succédant à la phase de première urgence dans la capitale. Il s’agit de financer la remise en état des hôpitaux et des écoles et de fournir un toit aux sinistrés et sans abri

Mercredi 12 août 2020

Concernant les chiffres des conséquences de la catastrophe, on avance aujourd’hui les  chiffres de 171 morts et 6.000 blessés ; il reste encore 30 disparus. Les pertes sont estimées à 15 milliards de dollars !  

Du côté de la France, on annonce que le président Emmanuel Macron, lors d’un entretien téléphonique avec le président iranien Hassan Rohani, « a mis en garde, contre toute interférence extérieure au Liban », en rappelant « la nécessité, pour toutes les puissances concernées, d’éviter toute escalade des tensions, ainsi que toute interférence extérieure et de soutenir la mise en place d’un gouvernement de mission en charge de gérer l’urgence ». M. Macron a également souligné « l’urgence d’agir dans le cadre mis en place par les Nations Unies lors de la Conférence internationale de soutien et d’appui à Beyrouth et au peuple libanais ».

Le président Macron a également évoqué le dossier libanais dans un entretien téléphonique avec son homologue russe M. Vladimir Poutine en soulignant « l’importance pour les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU de travailler ensemble à l’apaisement dans l’intérêt de la stabilité du Liban et de toute la région, et de soutenir la mise en place d’un gouvernement de mission ». Et il « a sollicité la participation de la Russie au mécanisme mis en place lors de la Conférence internationale de soutien à Beyrouth et au peuple libanais ».  

Je dois signaler que le petit comité issu de la « Cellule de la Charité », présidé par le vicaire général Mgr Pierre Tanios, s’est rendu à Beyrouth pour une rencontre de coordination de la campagne de la charité avec S. Exc. Mgr Paul Abdessater. Ils sont rentrés satisfaits des mesures prises par le diocèse de Beyrouth et forts d’un plan de travail que nous exécuterons, nous diocèse de Batroun avec les municipalités et les élus locaux du département, dans le cadre de la paroisse de Saint Antoine de Gemmayzé.  

Entre temps, le virus Corona Covid 19 continue de faire des ravages au Liban

En battant tous les records depuis le 25 février. En une semaine, du 6 au 13 août, on a signalé 2.290 cas ! 

D’un autre côté, et contrairement à toutes les attentes, après la démission du gouvernement, le dollar américain a marqué une baisse sur le marché noir : 1 dollar valait le 5 août 8.500 L.L. ; Le 10 août, il était à 7.500 L.L. ; Le 12 août, à 6.900 L.L. ; le 13 août à 5.700 L.L. ! Ce qui a porté les bureaux de change à fermer leurs portes. Faut-il encore une preuve de plus pour confirmer que le pays est tenu par des mafias ?  

Jeudi 13 août 2020

La première information de ce jeudi nous vient du Parlement qui s’est réuni en séance exceptionnelle, qui a duré un peu plus d’une heure, et qui était prévue initialement pour questionner le gouvernement sur la catastrophe de Beyrouth. Elle a été consacrée à entériner l’état d’urgence à Beyrouth décrété après la double explosion du port, et les démissions de huit députés (celles des trois députés Kataëb, Samy Gemayel, Nadim Gemayel et Élias Hankache, de la députée indépendante Paula Yacoubian, ainsi que celle des députés de Zghorta Michel Moawad, du Kesrouan, Nehmat Frem, de Aley, Henri Hélou et du Chouf Marwan Hamadé affiliés à la Rencontre démocratique de Walid Joumblatt).

La question des démissions avait été posée, dès hier, par Dr Samir Geagea, pour les députés des Forces libanaises, qui avait tenté de convaincre les députés de Saad Hariri et de Walid Joumblatt. Mais sans succès. Ce qui l’a porté en matinée à retirer les démissions, « pour ne pas laisser la place libre aux députés du pouvoir d’enfoncer encore plus le pays dans la faillite », a-t-il expliqué.

La deuxième information nous vient de la visite à Beyrouth du Secrétaire d’État adjoint américain pour les affaires politiques, David Hale, et la ministre française des Armées, Florence Parly. Les deux visiteurs de marque se sont notamment rendus, séparément, sur les lieux de l’explosion, puis dans  les quartiers dévastés de Gemmayzé et de Mar Mikhaël pour constater les dégâts.

Hale a annoncé que le Federal Bureau Investigation (FBI) allait se joindre aux enquêteurs libanais et internationaux, « à l’invitation des libanais, pour aider à répondre aux questions que tout le monde se pose sur les circonstances qui ont mené à l’explosion ». M. Hale devrait s’entretenir demain avec les responsables libanais pour  leur demander « de mettre en œuvre les réformes nécessaires au déblocage de toute aide internationale structurelle ».

Il semble que l’initiative de la France entraîne une dynamique diplomatico-politique occidentale qui se met en place.

A la fin de cette journée, je reviens à méditer ce passage de l’Évangile de ce matin :

« Et vous, ne cherchez pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez, et ne vous tourmentez pas. Tout cela, les païens de ce monde le recherchent sans répit, mais vous, votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît. Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Luc 12, 29-32).

Notre petit troupeau a confiance en Celui qui le guide, et porte l’espérance de renaître après les douleurs de l’enfantement

Mardi 11 août

Tôt le matin, je pars avec les prêtres du diocèse pour une journée spirituelle dans la Vallée sainte de Qanoubine, au monastère de Saint Antoine de Kozhaya. C’était une journée décidée depuis longtemps, et nous n’avons pas voulu la remettre. Au contraire nous avions besoin d’un recul et d’une plongée dans nos racines spirituelles et érémitiques en ces temps difficiles. J’avais demandé à l’ermite Père Youhanna Khawand de nous prêcher cette halte. Arrivés sur place, et dans le calme de la vallée sainte, nous avons commencé par la prière du matin dans la chapelle. Puis l’ermite, Père Khawand bibliste, nous a entretenus sur Marie dans le Nouveau Testament et les qualités qui  ont caractérisé sa vie, à la veille de la fête de l’Assomption.   « En cette période de haute tension que nous vivons au Liban, a-t-il dit, et que je qualifie de douleurs de l’enfantement, nous n’avons de meilleur exemple que celui de Marie ». Et il est parti dans une lecture tout à fait nouvelle dans sa simplicité et sa profondeur de la vie de Marie qui a su dire oui à la volonté de Dieu dès le premier signe qui lui est venu de l’Ange Gabriel jusqu’à la mort et la résurrection de son Fils Jésus Christ, et l’accompagnement de la Première Eglise jusqu’à sa dormition. Une longue discussion a suivi, puis un temps de méditation à la chapelle. Nous avons ensuite célébré l’Eucharistie à l’intention de notre diocèse, de notre Eglise, de notre peuple, et des victimes, des blessés et des sinistrés de la double explosion de Beyrouth. Le supérieur nous a invités à déjeuner. Et nous sommes rentrés dans l’après-midi avec une réserve d’oxygène spirituelle pour poursuivre notre mission auprès de notre peuple dans le courage et l’espérance.     

Revenant à la situation de Beyrouth et du Liban.

Une semaine jour pour jour après la catastrophe de la double explosion du port de Beyrouth, je peux dire, d’un côté, que la colère des Libanais ne fait qu’augmenter, et de l’autre, que la classe politique semble toujours apathique et insensible aux conséquences catastrophiques de la tragédie sur la population. Des centaines de Libanais se sont rassemblés vers 18h00 face au port pour rendre  hommage aux victimes de la tragédie, pour crier leur colère « contre le crime du siècle »  et réclamer la chute des dirigeants. Ils ont observé une minute de silence, à l’heure exacte de la seconde déflagration, alors que dans la ville de Beyrouth les églises sonnaient leurs cloches et les mosquées lançaient des appels à la prière. Puis,  bougies allumées, ils se sont ensuite dirigés vers la place des Martyrs pour rejoindre des milliers de manifestants venus de toute part du Liban.

De l’autre côté, les responsables politiques ne semblent pas conscients de l’ampleur des crises que traverse le pays, ni des conséquences de la catastrophe. Et loin d’avoir compris le message adressé par la rue en colère au cours des derniers jours, ils ne sont  pas pressés de faciliter la formation d’un nouveau gouvernement. L’espoir des Libanais reste cependant accroché à l’initiative du président Macron.   

En ce qui me concerne, je crois que le président Macron est conscient que la France est l’interlocuteur, et je dirais peut-être le seul, à pouvoir traiter avec toutes les parties. D’abord avec les Puissances internationales, comme les Etats-Unis, la Russie, l’Europe, la Chine, et ensuite avec les parties régionales, comme l’Iran, l’Arabie Saoudite, la Syrie et Israël, et aussi avec les parties libanaises. La France est la seule à pouvoir réunir le Hezbollah, le Mouvement Amal, le Courant Patriotique libre, le Courant du Futur, le Courant des Marada, la Rencontre démocratique, les Forces libanaises, les Kataëb, le PSNS, etc… autour de la même table. C’est ce que le président Macron a fait à Beyrouth lors de sa visite le jeudi 6 août.

Lundi 10 août 2020

11h50 : J’ai été à Batroun pour prendre part à l’accueil populaire de la dépouille du caporal Estéphan Rouhana, 26 ans, de la Brigade marine du Port de Beyrouth, succombé aux explosions de mardi. La procession a traversé les rues de Batroun, avec la présence massive de militaires camarades d’Estéphan, avant d’arriver à la cathédrale sainte Etienne où j’ai présidé la cérémonie des obsèques. Dans mon homélie, j’ai interpellé les responsables politiques en leur disant : « Dieu vous aime, vous aussi. Ayez le courage de vous repentir avant que ce ne soit trop tard, et de dire avec Zachée : Eh bien, Seigneur, nous faisons don aux pauvres de notre peuple de la moitié de nos biens et, si nous avons fait tort à quelqu’un, nous lui rendons le quadruple. Vous serez alors sauvés ».

16h00 : J’ai présidé la réunion extraordinaire de la « Cellule de Charité » dans le diocèse (qui réunit les responsables des associations et mouvements d’Eglise travaillant dans le domaine du service social, dont la Caritas diocésaine et la Conférence de Saint Vincent de Paul),  pour mettre au point une action de secours pour Beyrouth. Il y avait aussi le petit comité représentant l’Union des municipalités du département de Batroun et l’Union des élus locaux, qui veulent collaborer à notre campagne de charité ; et ce n’est pas la première fois que nous travaillons ensemble au service de nos frères et sœurs. Ils veulent tous se donner à l’action charitable « sous l’égide de l’Evêque ». 

Nous avons convenu que je contacte l’archevêque de Beyrouth S. Exc. Mgr Paul Abdessater pour lui proposer de prendre en charge une paroisse, qui pourrait être celle de Saint Antoine à Gemmayzé, le quartier le plus détruit, où j’étais avec mes jeunes vendredi dernier (qui y sont toujours), et de dresser une tente qu’on appellerait « Tente Batrounienne de la Charité ». Un grand nombre de nos jeunes, surtout des architectes, des techniciens et des ouvriers du bâtiment, sont déjà prêts à se porter volontaires pour aller assurer une permanence à long terme pour une mission humanitaire et porter toute aide nécessaire aux habitants.

A la fin de la réunion j’appelle Mgr Abdessater pour lui annoncer le projet. Profondément ému, il me dit : « c’est une première ». Et il accepte volontiers la paroisse de Saint Antoine, surtout que le curé, Père Dany Jalkh, est le camarade de promotion de notre Vicaire général Mgr Pierre Tanios, et qu’un bon nombre de Batrouniens habitent ce quartier. J’ai pris alors rendez-vous avec lui, mercredi matin, pour le petit comité issu de la Cellule de Charité. 

19h32 : Après une série de démissions de ses ministres dans la journée (Damianos Kattar, Raoul Nehmé, Zeina Abi Acar Vice-Premier ministre), le Premier ministre, Hassan Diab, annonce sa démission en direct à la télévision dans une allocution employant des mots très dure contre la classe politique corrompue ; (la traduction est de l’Orient-Le Jour) :

« Nous sommes toujours sous le choc de la tragédie qui a frappé le Liban. Ce désastre qui a frappé les Libanais au cœur, est le produit d’une corruption endémique au sein de l’Etat. Ce système est profondément enraciné, et je me suis rendu compte qu’il est plus grand que l’Etat qui, les mains liés, n’a pas réussi à le combattre ou à s’en débarrasser ». « Une des nombreuses manifestations de la corruption a explosé dans le port de Beyrouth, et la calamité s’est abattue sur le Liban ; mais les cas de corruption sont répandus dans le paysage politique et administratif du pays ». « La classe politique menace la vie des gens, falsifie les faits, survit grâce aux séditions et exploite le sang des Libanais ».

« L’ampleur de la tragédie est indescriptible, mais certains ne s’en préoccupent pas. Ils vivent dans un autre temps. Ils veulent juste marquer des points politiques, prononcer des discours populistes et détruire ce qui reste de l’Etat. Ils auraient dû avoir honte d’eux car cette catastrophe est le produit de leur corruption, et Dieu sait combien de catastrophes se cachent derrière leur corruption. Ils n’ont rien compris à la révolution du 17 octobre ».

« Il faut les changer car ils sont la véritable catastrophe du pays. Les opposants au gouvernement ont tenté de faire porter au cabinet la responsabilité de l’effondrement économique et de la dette ». « Nous avons combattu avec honneur, mais nous étions seuls face à eux. Ils ont utilisé toutes les armes en leur possession, comme la falsification de la vérité ».

« Mais ce gouvernement n’a épargné aucun effort pour dessiner une feuille de route qui pourrait sauver le pays. Tous ses ministres ont fait de leur mieux, sans intérêt personnel. Tout ce qui nous importait, c’était de sauver le pays. Nous avons été la cible de nombreuses insultes, mais nous avons refusé d’entrer dans des polémiques car nous voulions travailler ». « Mais cette bataille est inégale. Nous étions seuls et ils étaient tous contre nous. Ils ont utilisé toutes leurs armes, déformé les faits, falsifié les preuves, lancé des rumeurs, menti aux gens (…) Ils savaient que nous représentons une menace pour eux, et que le succès de ce gouvernement signifie un réel changement au niveau de la classe dirigeante de longue date ». « Nous voilà aujourd’hui, avec ce séisme qui a frappé le pays. Notre principale préoccupation est de traiter ses conséquences et mener rapidement l’enquête pour déterminer les responsabilités de chacun. Nous sommes aux côtés de ceux qui réclament que les responsables de ce crime soient traduits en justice ». « Nous faisons un pas en arrière pour mener la bataille du changement avec les gens. C’est pour cela que j’annonce aujourd’hui la démission de ce gouvernement. Que Dieu protège le Liban. Vive le Liban ! ».

1- Diab s’est rendu au palais de Baabda pour présenter officiellement la démission de son cabinet au président Michel Aoun, qui l’a accepté, et qui a chargé le gouvernement d’expédier les affaires courantes.

Entre temps, la démission du gouvernement n’a pas satisfait le mouvement de protestation populaire. Les manifestations dans le centre-ville ont même redoublé de violence. Des heurts se déroulaient aux abords du Parlement où certains cherchaient de forcer les barrages de la police et de l’armée pour entrer dans l’enceinte du Parlement. Les manifestants réclament le départ de toute la classe politique, et la démission des députés à l’instar de celle des ministres.

On ne sait pas ce qui nous attend ! Mais nous restons confiants qu’un changement profond est en train de se faire, et que tout enfantement est accompagné de douleurs, comme nous dit Jésus : « Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de son accablement ; elle est toute à la joie d’avoir mis un homme au monde » (Jn. 16, 21). Oui, un Liban nouveau renaîtra, nous disait hier le Pape François.Dimanche 9 août 2020

Très chers amis,

17h00 : Le président Emmanuel Macron avait promis à Beyrouth le 6 août ; il a tenu parole le dimanche 9 août. Quelle rapidité et quelle efficacité !

Macron et M. Antonio Guterres Secrétaire général de l’ONU ont appelé et tenu effectivement à 15h00, heure du Liban, une « Visioconférence de soutien pour la population du Liban », à laquelle ont participé une trentaine de pays amis du Liban,  dont le président Donald Trump pour les Etats-Unis, la présidente de la Commission européenne Mme Ursula Von Leyen, L’émir du Qatar cheikh Tamim Ben Hamad al-Thani, et bien d’autres.

L’aide d’urgence « engagée ou mobilisable à brève échéance est de 252,7 millions d’euros, dont 30 millions d’euros de la part de la France », a annoncé l’Elysée.

« Les participants ont convenu que leur assistance devrait (…) être bien coordonnée sous l’égide des Nations Unies et fournie directement à la population libanaise, avec le maximum d’efficacité et de transparence ». Ils ont aussi insisté sur la nécessité d’une « enquête impartiale, crédible et indépendante sur les circonstances de la catastrophe et proposé une assistance aux autorités libanaises en ce sens ».

L’ONU a chiffré à 85 millions de dollars le coût des seuls besoins de santé. « L’objectif immédiat est de pourvoir aux besoins d’urgence du Liban, à des conditions qui permettent que l’aide aille directement à la population », a expliqué l’Élysée, en visant « la consolidation des bâtiments endommagés, l’aide médicale d’urgence, l’aide alimentaire et la restauration des hôpitaux et écoles ». « La méthodologie est celle que les organisations internationales utilisent. Il y a une nécessité qu’on ne fasse pas de chèque en blanc au gouvernement libanais ».  

Le président libanais Michel Aoun, qui prenait part à la conférence, a appelé à « un acheminement rapide des aides au Liban pour la reconstruction de Beyrouth ». II a tenu à « remercier le président français et le secrétaire général de l’ONU pour l’organisation de cette conférence après la catastrophe qui a frappé notre capitale ». Il a rappelé que « ce drame était survenu alors que le pays traverse déjà des crises économique et financière, en sus de la crise des réfugiés syriens et des répercussions de la pandémie de coronavirus », soulignant « l’importance d’une solidarité internationale rapide ». « La reconstruction de ce qui a été détruit et les travaux nécessaires pour redonner son éclat à Beyrouth nécessitent beaucoup de choses et les besoins sont très nombreux. Les réponses à ces besoins doivent être envoyées le plus rapidement possible, avant l’hiver, au cours duquel les souffrances des citoyens risquent d’augmenter, surtout ceux qui n’ont plus de domicile ».

Quant à Sa Béatitude le Patriarche Raï, il a été très dur envers les responsables politiques dans son homélie dominicale :

« Les explosions dans le port de Beyrouth sont une catastrophe qui a secoué le monde entier ». Qualifiant l’explosion de « crime contre l’humanité », il a appelé au lancement « d’une enquête internationale sur les causes obscures de ce drame, et notamment les raisons pour lesquelles 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium étaient stockées dans un hangar du port ». Il a encore réclamé que « tous les responsables de ce massacre soient traduits en justice ». Il a par ailleurs salué « du fond du cœur toutes les organisations, associations et personnes qui se sont mobilisées pour venir en aide aux sinistrés et déblayer les rues de la capitale ». Ces « jeunes de la révolution civilisée sont le futur prometteur du Liban ». Il a salué « l’initiative lancée par le président français, Emmanuel Macron, et le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, qui ont invité à une conférence internationale de donateurs cet après-midi, afin de soutenir le Liban en mobilisant des aides à la reconstruction, des vivres, du matériel médical et un soutien à l’éducation ». 

Sa Béatitude a réclamé « des décisions courageuses » de la part des dirigeants. « La démission d’un député par-ci et d’un ministre par-là ne suffit pas » ; Invitant les responsables à faire preuve d’empathie avec les Libanais, il a appelé « le gouvernement à démissionner s’il n’est pas capable d’assurer la renaissance du pays ». Il a aussi réclamé « le départ du Parlement devenu incapable de faire son travail », souhaitant « des élections législatives anticipées ».

A midi, Sa Sainteté le pape François est revenu à la catastrophe du Liban en adressant un message plein de tendresse et d’encouragement pour le Liban et les Libanais :

« En ces jours-ci, ma pensée se tourne souvent au Liban. Je vois un drapeau libanais sur la place. Il y a un groupe de Libanais sur la place. La catastrophe du mardi dernier nous rappelle tous comment font les Libanais pour collaborer au bien commun de ce pays très cher.

Le Liban a une identité particulière, fruit de rencontre de plusieurs cultures, qui a fleuri au cours des temps, comme un modèle du vivre ensemble. Cette convivialité est très fragile en ce moment, on le sait. 

Je prie pour qu’avec l’aide de Dieu et la participation de tous puisse renaître un Liban plus libre et plus fort. J’invite l’Eglise au Liban à être proche au peuple en ce calvaire qu’il traverse, comme elle le fait ces jours-ci, avec solidarité et compassion, avec le cœur et les mains ouverts au partage. En outre j’appelle à l’aide généreuse de la part de la communauté internationale.

S’il vous plaît, je demande aux Evêques, aux prêtres et tous les religieux du Liban, qu’ils soient proches du peuple avec un style de vie avec l’empreinte de la pauvreté  évangélique sans luxe, car votre peuple est dans la souffrance et souffre beaucoup ».

En outre, Sa Sainteté a décidé d’envoyer un don de 250.000 Euros d’aide au Liban.  

23h00 : Les manifestations qui avaient repris ce dimanche au centre-ville réclamant le départ de toute la classe politique, et qui ont connu de nouveau le débordement de quelques réfractaires comme hier soir en cassant et brûlant, se sont calmées.

Il faut noter que la ministre de l’Information Manal Abdessamad a présenté sa démission du gouvernement. D’autres ministres voulaient la suivre, tels Damianos Kattar et Raoul Nehmé, mais ils ont été prié par le Premier ministre d’attendre jusqu’à demain, réunion du Conseil des ministres.

Le député de Zghorta Michel Moawad a présenté sa démission, ainsi que le député Neemat Frem qui l’a présenté depuis Dimane après un entretien avec le patriarche Raï.

Samedi, les trois députés du parti Kataëb, avaient annoncé leur départ de la Chambre, ainsi que la députée Paula Yacoubian, issue de la société civile. Mercredi, au lendemain de la catastrophe, le député Marwan Hamadé, du bloc socialiste de Walid Joumblatt, avait déjà annoncé sa démission.

 

+ Père Mounir Khairallah, Evêque de Batroun

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