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4-5 août, Liban : Lettre de Mgr Bataille à l’évêque de Batroun

Publié le 6 août 2020

liban-explosion

L'évêque de Batroun (Liban) a donné des nouvelles à Mgr Bataille. Vous trouvez la réponse de l'évêque de Saint-Étienne.
Le Diocèse de Saint-Étienne est jumelé avec le diocèse de Batroun.

Lettre de Mgr Sylvain Bataille à Mgr Mounir, évêque de Batroun

Très cher Père Mounir, très chers amis de Batroun et de l’ensemble du Liban,

C’est avec consternation que nous avons appris la très grave explosion de Beyrouth, les épreuves s’ajoutant aux épreuves, et votre lettre nous permet de davantage prendre conscience de la gravité de la situation.

L’ensemble du diocèse de Saint-Étienne se joint à moi pour vous assurer tout particulièrement de notre prière en ce jour de la Transfiguration, pour confier avec vous au Seigneur toutes les victimes, tous les blessés, mais aussi toutes les conséquences liées aux destructions, ce sont des familles qui perdent leur toit, des personnes qui perdent leur travail, l’ensemble du pays qui se trouve encore davantage déstabilisé.

Que le Seigneur vous donne en abondance la vertu d’espérance pour poursuivre le chemin. Nous savons combien le Liban et les libanais ont su faire face à de très rudes épreuves, tout particulièrement ces dernières décennies, et les traverser. Que le Seigneur vous donne sa grâce pour reconstruire, tous ensemble, sur de solides bases de justice et de respect de chacun, votre si beau pays, si riche d’histoire et de promesse, votre pays si cher à notre cœur. C’est à cette intention que je célébrerai la messe de ce jour et que j’invite les prêtres à en faire autant.

En vous remerciant de transmettre à nos amis notre très grande proximité, nous vous sommes très unis dans l’amitié fraternelle et la prière, au cœur de cette épreuve, en restant à votre écoute et à votre disponibilité, si nous pouvons vous aider concrètement.

+ Sylvain Bataille, Évêque de Saint-Étienne

NOTA -Les paroisses du diocèse sont invitées à célébrer une messe pour le Liban, aujourd’hui  6 août 2020 ou dans les prochains jours et à avoir une intention de prière pour le Liban dimanche 9 août, dans la prière universelle.  

 

Lettre de Mgr Mounir, évêque de Batroun

Très chers amis,

Alors que j’étais en train de lire vos réponses à l’envoi de « Mon journal – Lettre aux amis » du 3 août, je suis, comme tous les Libanais, surpris et épouvanté de découvrir grâce aux Média une grande catastrophe !

Mardi 4 août

A 18h05 : on annonce une explosion qui a secoué tout Beyrouth provenant du port, suivie d’une autre deux secondes plus tard ! Je saute à la télévision pour découvrir l’horreur ; et même une vision apocalyptique de Beyrouth ! Les vidéos des deux explosions passées sur toutes les chaînes, vous avez dû les voir vous aussi, donnent l’impression de revoir les effets de la bombe atomique lancée en 1945 sur Hiroshima au japon ! La fumée noire, très noire couvre le ciel de Beyrouth, et le feu est toujours flambant. Tous les pompiers de la ville et de la région sont engagés et ne réussissent pas à éteindre ce feu. Beyrouth est réduite aux décombres !  

18h40 : J’appelle mon confrère l’archevêque de Beyrouth, Mgr Paul Abdessater. Je  réussis à lui parler après plusieurs tentatives. Il me dit la voix tremblante :

« Je suis sorti de l’archevêché, situé en haut du quartier Achrafié, détruit par les déflagrations des deux explosions. L’évêché est atteint de plein fouet : Nous n’avons pas de victimes, mais les dégâts sont énormes. Les murs sont tombés, les portes, les fenêtres, les chaises, les bureaux ont sauté ; les installations électriques, téléphoniques et sanitaires sont coupées. L’église de l’évêché est gravement endommagée ».

Il continue de me parler en marchant, comme si je vivais l’événement en direct :

« Je suis en train de faire mon tour dans les rues dévastées de la ville : les immeubles détruits ou éventrés, les blessés et peut-être des victimes sont jonchés dans les rues. Les gens crient au secours. C’est la désolation. L’hôpital Saint Georges des Orthodoxes à côté est détruit et l’on a fait appel à d’autres hôpitaux de venir prendre les 150 malades déjà hospitalisés. La cathédrale Saint Georges des Orthodoxes et la cathédrale Saint Georges des Maronites ainsi que l’église Saint Maroun du Centre ville et celle de Saint Antoine et d’autres, sont très gravement endommagés ».

Je le laisse, le cœur serré et les larmes aux yeux, en lui disant : « Nous sommes avec toi et avec ton peuple ; nous prions. Nous te confions à la Providence et à la tendresse de la très Sainte Vierge marie. Je vais contacter Sa Béatitude le Patriarche Raï qui demande de tes nouvelles et je vais envoyer un message au groupe des évêques pour leur donner de tes nouvelles ».

19h15 : Le Préfet de Beyrouth, le juge Marwan Abboud (qui est un grand ami, il est de Douma, département de Batroun), qui a pris ses fonctions il y a un peu plus de deux semaines, est le premier à arriver sur les lieux. Il est sur la scène des explosions dans le quartier du port. Il est sidéré par ce qu’il voit ; il essuie ses larmes en remarquant l’étendue des dégâts et déclare Beyrouth « ville sinistrée ».

Peu après arrivent sur les lieux les responsables militaires et politiques. Le ministre de l’Intérieur Mohalmmad Fahmi, puis le Directeur général de la Sûreté générale Abbas Ibrahim. Tous les deux expliquent que les explosions sont dues à « l’explosion dans le Dépôt N°12 du port de Beyrouth où étaient stockées depuis 2014 plus de 2.700 tonnes de nitrate d’ammonium », un produit hautement explosif. Nous ne sommes pas très convaincus étant donné que le nitrate n’est pas facilement explosible, à moins d’être à proximité d’un feu très puissant. D’autres avancent l’hypothèse d’un bombardement israélien du fameux Dépôt N°12 qui servait de dépôt d’armes pour le Hezbollah. Mais Israël n’a pas tardé à nier toute relation avec l’explosion de Beyrouth.   

Le très connu bâtiment des silos de blé, jouxtant le dépôt N°12, est détruit complètement et pourtant l’on a toujours dit qu’il était construit avec du béton surarmé et donc indestructible ! L’immeuble de l’EDL, pourtant un peu loin, est devenu un squelette.    

 21h45 : On découvre en direct sur toutes les chaînes les dégâts, mais aussi des scènes effroyables de blessés courant de toute part dans les rues, et se précipitant vers les hôpitaux. Ils sont soignés sur le champ, car les hôpitaux, déjà endommagés, sont surchargés. On fait appel au don de sang. Les volontaires ne manquent pas. Des milliers de jeunes et de moins jeunes se portent volontaires pour transporter les blessés dans leurs voitures, ou sur les motos ! Oui, sur les motos, ou bien pour aider à dégager des personnes coincées dans les décombres des immeubles. Le ministre de la Santé Hamad Hassan, en visite aux hôpitaux de Beyrouth, a déclaré : « C’est une catastrophe dans tous les sens du terme. Les hôpitaux de la capitale sont tous pleins de blessés. J’appelle à les transporter vers des établissements de la banlieue ». Et concernant le bilan provisoire, il parle de 100 morts et 2.500 blessés.  

01h45 : je suis encore devant la télévision pour suivre en direct les scènes de désolation. Impossible de dormir.

 

Mercredi 5 août

Je me lève très tôt. A 7h00 : je célèbre la Messe à l’intention des victimes, des blessés des sans-abri et du Liban. Puis à 8h20 : j’envoie une circulaire aux prêtres de mon diocèse pour leur donner les consignes d’être prêts à donner de l’aide à tous ceux qui viennent de Beyrouth et à décréter une journée de prière et d’adoration demain jeudi 6 août fête de la Transfiguration.

A 9h00 : Je suis à Dimane, siège d’été du Patriarcat maronite, pour prendre part à la réunion des évêques présidée par Sa Béatitude le Patriarche Raï, qui avait déjà rédigé et envoyé un « Appel aux Etats du Monde » dans lequel il demande « une aide immédiate pour sauver Beyrouth ». Il dit notamment :

« Beyrouth est une ville dévastée. Une catastrophe s’y est abattue à cause de la mystérieuse explosion qui s’est produite dans son port. Beyrouth, la fiancée de l’Orient et le phare de l’Occident est blessée. C’est une scène de guerre sans guerre. Destruction et désolation dans toutes ses rues, ses quartiers, et ses maisons. Des dizaines de citoyens et citoyennes ont perdu la vie ; des milliers sont blessés ; des hôpitaux, des églises, des maisons, des institutions, des hôtels, des magasins, et des différents établissements  publics et privés sont détruits. Des centaines de familles sont sans abris. Tout ceci arrive et l’État est dans une situation de faillite économique et financière qui le rend incapable de faire face à cette catastrophe humaine et urbaine ; et le peuple Libanais est aussi dans un état de pauvreté et d’indigence.   

L’Église qui a mis en place un réseau de secours sur tout le territoire libanais, se trouve aujourd’hui devant un nouveau grand devoir dont elle est incapable à elle seule de l’assumer, tout en étant totalement solidaire avec les affligés, les familles des victimes, les blessés, et les déplacés qu’elle est prête à les accueillir dans ses institutions.

Au nom de l’Église au Liban, je remercie tous les États qui ont exprimé leur disponibilité pour aider Beyrouth, ville dévastée, et je m’adresse aux autres pays frères et amis, et aux grands Etats, ainsi qu’aux Nations Unies, pour se mobiliser pour apporter l’aide immédiate afin de sauver la ville de Beyrouth, sans aucune considération politique, parce que ce qui est arrivé est au-delà de la politique et des conflits. J’appelle aussi les organisations caritatives dans les différents pays à aider les familles libanaises, et beyrouthines en particulier, afin qu’elles puissent soigner leurs blessures et restaurer leurs maisons ».

 

Sa Béatitude commence la réunion par une prière bien particulière pour le Liban et les victimes de la catastrophe. Puis il nous présente l’ordre du jour de cette réunion que nous avons tous voulu consacrer à un seul point : comment pouvons-nous faire face à ce drame inattendu. Enfin le communiqué, déjà préparé, semble hors sujet. Sa Béatitude me charge d’écrire un nouveau texte centré sur le volet pastoral et humanitaire et présenté comme appel, et de le soumettre aux évêques. Ce que j’ai fait.

Pendant ce temps, un Conseil des ministres extraordinaire, présidé par le président de la république, est réuni au palais de Baabda.

Le Président de la république général Michel Aoun, ainsi que le Premier ministre Dr Hassan Diab, ont demandé l’ouverture d’une enquête sur la catastrophe de Beyrouth et ont affirmé « aller jusqu’au bout pour juger les coupables ».

Le ministre de la Santé, Dr Hamad Hassan, a donné un bilan, toujours provisoire, de la tragédie : 125 morts, 4.000 blessés, des dizaines de disparus, et 300.000 sans-abri ! 

Plusieurs chefs de pays amis du Liban à travers le monde ont déjà annoncé leur soutien au Liban. Les aides ont commencé à affluer vers l’aéroport de Beyrouth en provenance de la France, du Koweit, de l’Irak ; et d’autres arriveront de l’Arabie Saoudite, des Etats-Unis, de la Russie … arriveront bientôt. Le président français M. Emmanuel Macron a annoncé une visite surprise au Liban pour demain jeudi 6 août.

Voici la traduction du communiqué que j’ai lu à la presse à la suite de la réunion :

1-      « Nous avons découvert avec stupéfaction la nouvelle de la terrible explosion qui a secoué la capitale Beyrouth hier soir, et nous avons suivi toute la nuit les détails de la catastrophe qui a causé des dizaines de victimes et des milliers de blessés, une destruction de maisons, d’institutions, d’hôpitaux, d’écoles, d’églises, de couvents, de lieux de prière, et a frappé de plein fouet les citoyens dans leurs propriétés et dans leurs vies. Nous avons été impressionnés par les scènes affreuses passées sur les moyens de communication sociale locales et internationales. Nous avons versé des larmes sur les victimes innocentes et les martyrs de la patrie déjà saignante sous le joug de la crise économique, sociale et vitale. Beyrouth est en ce moment occupée à remédier à ses blessures et essaie de se relever de ses cendres avec des citoyens attachés à la foi et à l’espérance de reconstruire un jour.

Nous ressentons avec les Libanais la tristesse de tout le pays et la souffrance de Beyrouth et de sa banlieue, car nous sommes tous Beyrouth, la capitale ouverte sur le monde, détruite à plusieurs reprises et  ressuscitée de ses cendres pour rester le lieu de rencontre des civilisations, des cultures et des religions et la forteresse de la liberté et de la convivialité.

2-      Nous proclamons notre solidarité avec nos frères et sœurs les fils et filles de Beyrouth et les Libanais, notamment les familles des victimes, les blessés, les souffrants, les sans-abri. Nous leur exprimons notre proximité, notre charité et notre fraternité humaine. Notre Eglise, avec ses clercs et ses fidèles, a toujours été pionnière dans le champ humanitaire et la première combattante pour les droits de l’homme, notamment la liberté et la dignité.

3-      Pour incarner cette solidarité, nous déclarons que nous ouvrons nos évêchés, nos institutions et nos couvents, et nous mettons à disposition toutes nos moyens pour aider les sinistrés de la terrible catastrophe, les accueillir et s’occuper d’eux, notamment de leurs besoins urgents en nourriture et en médicaments, en collaboration avec Caritas Liban et les autres associations qui se chargent du service social. Les diocèses et les ordres religieux ont déjà annoncé mettre à la disposition des centres, des écoles et des couvents pour l’accueil des sinistrés.

Nous demandons en outre à nos enfants généreux de se porter au secours des sinistrés par tous les moyens disponibles pour les aider à se relever de leur détresse.

4-      A l’occasion de la fête de la Transfiguration et de celle de l’Assomption, nous demandons aux prêtres et aux fidèles de consacrer une journée de jeûne, de prière et de conversion, le samedi 8 août, à l’intention du Liban ensanglanté. Nous prions ensemble pour le repos des âmes des martyrs et pour leurs familles, pour la guérison des blessés, pour les équipes médicales, les secouristes, les unités des Forces de sécurité intérieure et militaires, de la Défense civile et de la Croix Rouge ; et nous supplions le Seigneur, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie et de nos saints, de nous procurer, ainsi qu’à nos responsables et concitoyens, le courage nécessaire pour nous repentir et renier nos intérêts personnels en faveur de l’intérêt national afin de  reconstruire le Liban, pays de la liberté, de la fraternité et du droit. Nous sommes capables de le faire. Voilà notre espérance ».    

A la fin de cette longue journée, et alors que Beyrouth continue de panser ses blessures, grâce à un mouvement extraordinaire de solidarité des Libanais – des milliers de jeunes libanais volontaires sont arrivés en effet dans la journée de toutes les régions du Liban – je peux dire en soupirant : avions-nous vraiment besoin de cette catastrophe pour bénéficier de l’aide internationale ? Nous savons que tout était bloqué à cause de la classe politique pourrie et des responsables faisant la sourde oreille aux appels de tous les pays amis pour initier les réformes. Vont-ils changer de comportement ? Vont-ils abandonner leur politique clientéliste ? Je ne suis pas sûr ! Mais je suis au moins sûr d’une chose : que nous Libanais – forts de notre histoire, de nos liens d’amitié avec tants de pays et de peuples à travers le monde, de notre foi, de notre espérance, de notre solidarité et de nos valeurs communes – nous sommes capables de reconstruire Beyrouth pour la ennième fois et de reconstruire notre cher Liban, comme nous le voulons à l’instar de nos pères, un Pays Message de liberté, de démocratie, de convivialité et du vivre ensemble et de respect des diversités.

5 août 2020

+ Père Mounir Khairallah, Évêque de Batroun

 

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